Allocution de Lise Poulin secrétaire générale à l’occasion de la commémoration du coup d’État au Chili survenu le 11 septembre 1973

Le 11 septembre 1973 marque, au Chili mais aussi en Amérique du Sud, la volonté hargneuse et criminelle des classes les mieux nanties de la société, appuyées par les États-Unis, non seulement de protéger leurs seuls intérêts, mais surtout de tenter de mettre un frein définitif aux mouvements de démocratisation, de libération économique et sociale et d’indépendance nationale. L’espoir qui, lentement mais sûrement, se réalisait au Chili et ailleurs en Amérique devait être éteint.

C’est une véritable chape de plomb qui s’est abattue sur le peuple chilien. Des militantes et militants qui, la veille, travaillaient ensemble, n’osaient plus se reconnaître dans la rue.

Les militaires ont décrété l’arrêt du mouvement et l’implantation de force des nouveaux modèles de développement.

On connaît la suite : tortures, meurtres et disparitions ; rupture dramatique de la légalité et violation de la Constitution ; assassinat des militantes et militants politiques ; destruction des mouvements et partis politiques progressistes et, au surplus, éradication de l’idée même de faire de la politique.

Para limpiar la ciudad souvenons-nous, tel était le slogan des forces de la droite dès le lendemain du coup d’État. Il s’agissait de faire disparaître les individus, les institutions, les traces mêmes de la vie politique progressiste et démocratique.

Sous prétexte de lutte aux communistes et aux étrangers subversifs, c’est toute la militance, et particulièrement le mouvement syndical, qui a été visé. Mais visé pourquoi ?

Pour protéger des intérêts, certainement. Mais, surtout, pour casser tout projet collectif politique et économique. Mettre fin à la volonté et à la réalisation de projets collectifs de société, mettre tout bonnement fin à la démocratie elle-même. Implanter définitivement un modèle économique de libre marché.

Les deux allaient de paire, ne l’oublions pas : abattre la démocratie et forcer l’application radicale des politiques de libre marché.

À travers cette période de trente ans, et dès les toutes premières années, la CSN a aidé et accompagné les camarades militantes et militants chiliens. J’ai en mémoire la première Conférence internationale de solidarité ouvrière organisée par la CSN et le Conseil central de Montréal dans les années 1990, centrée sur l’appui et la solidarité à l’égard du peuple chilien. J’aperçois ici des militantes et militants qui ont oeuvré à la CSN. Plusieurs autres y militent toujours. La CSN salue toutes les militantes et tous les militants chiliens qui ont trouvé refuge au Québec et qui s’y sont implantés.

Nous avons gardé des liens permanents avec les forces progressistes chiliennes. En 1988, la CSN a participé à la délégation québécoise d’observation du plébiscite ; en 1989, nous étions aussi là pour les élections parlementaires et, en 1991, au congrès de la CUT. Durant les années 1990, la CSN a maintenu des activités de jumelage avec des régions et organismes chiliens. En 1998, la CSN a fait partie de l’organisation du Sommet des peuples à Santiago.

Aujourd’hui est un jour nécessaire de mémoire ; mais aussi un jour d’exigence : exigence de justice, exigence de vérité, exigence de respect des droits, exigence de fin de l’impunité, exigence de jugement pour les auteurs de ces crimes contre les hommes et les femmes du Chili, crimes contre la vie et la liberté.

Mais cela doit aussi être une journée de joie et d’espoir retrouvés. La CSN est heureuse de saluer une communauté chilienne unie dans son désir de démocratie, de paix et de liberté. La CSN va continuer à soutenir et accompagner les Chiliens et les Chiliennes dans leur marche vers la justice et la démocratie en toute SOLIDARITÉ.

11 septembre 2003