Lettre au premier ministre Charest des lock-outés du Journal de Montréal
Aider Quebecor à acheter le club des Canadiens est « immoral »
Le Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal (STIJM–CSN) a écrit au premier ministre Jean Charest lui demandant de ne pas soutenir financièrement Quebecor dans une transaction visant à acquérir le Club de hockey Canadiens de Montréal.« Nous croyons qu’il serait immoral que l’argent des contribuables québécois soutienne une compagnie qui traite ses employés de manière aussi cavalière », écrit-on au premier ministre. Le ministre des Finances, Raymond Bachand a déclaré cette semaine qu’il pourrait offrir une aide de quelque 100 millions de dollars à tout groupe d’acquéreurs composé majoritairement d’intérêts québécois.
Le STIJM estime « qu’il serait inopportun que l’État, qui représente le bien commun et l’intérêt public, vienne en aide à une entreprise qui s’est distinguée ces dernières années par ses longs conflits de travail, souvent marqués par des lock-out, comme se fut le cas chez Vidéotron, au Journal de Québec, et maintenant au Journal de Montréal et au Réveil de Saguenay. (…) Si elle a les moyens financiers d’acheter le Canadien, le Centre Bell et le Groupe Gillett, Quebecor a les moyens de mettre fin au lock-out qu’elle a déclenché au Journal de Montréal le 24 janvier dernier et qui a jeté à la rue 253 travailleurs. Malgré les accommodements et les tentatives de rapprochement faites encore tout récemment par notre syndicat, la haute direction de Quebecor refuse de reprendre les négociations », précise la missive.
Au cours des 14 dernières années, soit depuis que Pierre Karl Péladeau siège à la direction de Quebecor, l’empire des communications a mis 14 syndicats en lock-out, un palmarès peu enviable qui qualifie l’entreprise comme l’un des plus mauvais employeurs au Québec.
Le syndicat souhaite que l’État québécois ne se montre pas complice de Quebecor en cautionnant, par une aide financière, les agissements d’une entreprise qui génère autant de conflits de travail et qui cherche à transférer des emplois à l’extérieur du Québec.
Dans cette lettre, le syndicat exprime aussi son inquiétude au premier ministre sur «l’ampleur que prend Quebecor au Québec, avec ses activités convergentes dans les médias, la musique, les livres, le commerce de détail, la câblodistribution, bientôt la téléphonie et peut-être le hockey ». Il est de la responsabilité du gouvernement « de faire en sorte que cette entreprise n’occupe pas un espace public excessif pendant que le plus important quotidien québécois se retrouve sans ses artisans (et leur code de déontologie) pour assurer la diffusion d’une information neutre, de qualité et qui ne soit pas à la remorque d’intérêts commerciaux. »
La lettre signée par le président du STIJM, Raynald Leblanc, est également adressée au ministre des Finances, au ministre du Travail, David Whissell, au chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, au président de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, au pdg de la SGR, Pierre Shedleur, au président de Investissement Québec, Jacques Daoust, au député de Québec solidaire, Amir Khadir, au pdg du Fonds de solidarité de la FTQ, Yvon Bolduc, au président de la FTQ, Michel Arsenault, et à la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Québec, le 2 février 2011 - Devant la Commission parlementaire de l’économie et du travail, le président du STIJM, Raynald Leblanc, a affirmé que la direction du Journal de Montréal avait planifié de longue date le lock-out décrété en janvier 2009. Quebecor a pu publier le quotidien durant ce lock-out malgré les dispositions anti-briseurs de grève du Code du travail.