Décès de Michel ChartrandUne figure marquante du 20e siècle québécois « Avec le décès de Michel Chartrand, le rideau tombe sur une époque très riche et particulièrement enlevante du syndicalisme québécois », a déclaré la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, pour qui ce militant, qui s'est porté durant sept décennies à la défense inconditionnelle des travailleuses, des travailleurs et du Québec, a atteint aujourd'hui un statut quasiment mythique. Avec le décès de ce syndicaliste hors norme, c'est toute une époque au cours de laquelle l'action syndicale s'est inspirée de l'anarcho-syndicalisme qui prend fin. Au nom des membres du comité exécutif de la centrale et des membres de la CSN, elle a offert à sa famille sa solidarité la plus sincère.« C'est sans relâche et sans l'ombre d'une compromission qu'il a défendu, envers et contre tous les possédants, les bien-pensants et les élites, de sa voix puissante qui résonne encore aujourd'hui, les valeurs de justice, d'équité et de fraternité qui ont constamment nourri son action syndicale et politique », a-t-elle ajouté. Depuis longtemps, sa notoriété avait traversé les frontières de l'action syndicale. Toutes les classes sociales, toutes les régions du Québec, toutes les générations connaissaient Michel Chartrand. Semblable phénomène est extrêmement rare. « Il témoigne à mon avis, au-delà d'une présence continue dans les médias, d'une affection certaine et constante dans laquelle le peuple québécois l'a tenu durant des décennies. » Une défense inconditionnelle des travailleurs et du Québec Selon la présidente de la CSN, quelqu'un a-t-il, plus que Michel Chartrand, mis davantage de fougue, de passion, de hargne même à la défense de la classe ouvrière québécoise ? À son avis, il n'est pas exagéré de soutenir que la question de la santé et de la sécurité au travail n'aurait jamais évolué dans le sens du respect de l'intégrité physique et psychologique des hommes et des femmes, comme ce fut le cas depuis quarante ans, si, tant par sa parole que par ses actions, il n'avait embrassé cette cause pour la porter à bout de bras. En accumulant au passage altercations avec les juges, outrages au tribunal et menaces d'emprisonnement. Claudette Carbonneau rappelle qu'on l'a retrouvé dans tous les grands conflits qui ont marqué l'histoire du Québec dans la deuxième partie du vingtième siècle. Il a harangué les foules à Thedford Mines et à Asbestos en 1949, lors de la grève de l'amiante, s'attirant les foudres du régime duplessiste. On l'a retrouvé sur les piquets de grève au moment de la grève chez Dupuis Frères en 1952. Il a mené le combat contre la Consolidated Bathurst en 1956, à Shawinigan et à Grand-Mère. Il a soutenu les Métallos contre la Gaspé Copper Mines en 1957, à Murdochville. En 1966, alors qu'il est employé par le Syndicat de la construction de Montréal, il mène le combat lors de l'enquête conduite par le juge Trahan à la suite de la mort de six ouvriers sur le chantier de l'échangeur Turcot, à Montréal. Quand le journal La Presse décrète un lock-out en 1971, Chartrand, qui préside alors le Conseil central de Montréal, lance un quotidien, La Presse... Libre. Un grand nationaliste L'action comme moteur Ce que Chartrand avait par-dessus tout, c'est l'instinct de l'action, la qualité, qui ne s'enseigne pas, de savoir saisir au bond l'actualité pour la retourner en sa faveur. Le meilleur exemple en est cette décision prise sur un coup de tête de louer, le 2 novembre 1971, le Forum de Montréal quatre jours après la manifestation d'appui aux travailleuses et travailleurs de La Presse où une manifestante avait perdu la vie. Pas moins de 17 000 personnes s'y regroupèrent dans un enthousiasme débordant. Le Conseil central n'avait pas les moyens de payer la location mais qu'importe, il fallait agir ! La vie de Michel Chartrand s'est déroulée comme un roman épique. Aussi n'est-il pas étonnant qu'on en ait fait une série télévisée qui a connu un énorme succès avec Luc Picard empruntant ses traits, sa faconde et une passion jamais assouvie. « Il a beaucoup donné, à la CSN, aux travailleuses et aux travailleurs, à ce Québec aussi, qu'il n'aura pas vu indépendant. Après avoir souvent fait l'histoire, il passe désormais à l'histoire », de conclure la présidente de la CSN. En hommage à ce grand Québécois, la CSN a mis son drapeau en berne.
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« Avec le décès de Michel Chartrand, le rideau tombe sur une époque très riche et particulièrement enlevante du syndicalisme québécois », a déclaré la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, pour qui ce militant, qui s'est porté durant sept décennies à la défense inconditionnelle des travailleuses, des travailleurs et du Québec, a atteint aujourd'hui un statut quasiment mythique. Avec le décès de ce syndicaliste hors norme, c'est toute une époque au cours de laquelle l'action syndicale s'est inspirée de l'anarcho-syndicalisme qui prend fin. Au nom des membres du comité exécutif de la centrale et des membres de la CSN, elle a offert à sa famille sa solidarité la plus sincère.