Une éducatrice c’est plus qu’une surveillante !
Lettre ouverte publiée le 20 février dans le Journal de Montréal
Une éducatrice de centre de la petite enfance (CPE), ça ne se remplace pas par une surveillante ! C’est pourtant ce que suggère aux parents l’Association patronale qui regroupe 24 employeurs de la région de Montréal et de Laval. Bien qu’il existe au Québec près de 1000 conseils d'administration de CPE, cette association patronale est la seule à prôner la création de ce que nous qualifions de sous-catégorie d’emploi, soit celle d’aide-éducatrice.
L’automne dernier, sous le couvert d’apporter du soutien aux éducatrices – qui en ont bien besoin, par ailleurs ! – cette association a proposé à la table de négociation d’introduire une nouvelle catégorie d’emploi dans les conventions collectives : celle d’aide-éducatrice. Selon la proposition patronale, l’aide-éducatrice serait appelée à remplacer une éducatrice pour de courtes périodes pouvant aller jusqu’à deux heures par jour. Pour les membres du syndicat, cela constituerait un recul majeur en ce qui concerne la qualité des services en CPE. Les éducatrices assurent un encadrement pédagogique aux enfants tout au long de la journée. Elles accordent également une attention particulière aux échanges avec les parents afin d’être en mesure d’intervenir adéquatement en toute situation.
Pendant ce temps, tant du côté de l’Association québécoise des CPE (AQCPE), qui regroupe 750 employeurs de CPE, de l’Association des enseignantes et enseignants en techniques d’éducation à l’enfance au collégial que de celui des regroupements régionaux de CPE, les intervenants du milieu se sont formellement prononcés contre l’introduction de ce titre d’emploi en remplacement de l’éducatrice dans les CPE. Et au sein même de l’Association patronale, cette orientation a mené quelques CPE à quitter ses rangs...
Saviez-vous que l'Association patronale veut remplacer l'éducatrice par une aide-éducatrice pour une période allant jusqu'à deux heures par jour ?
Saviez-vous que cette aide-éducatrice effectuerait les mêmes fonctions que l'éducatrice, mais avec un salaire moins élevé ?
Saviez-vous que le syndicat reconnaît les besoins de soutien à l'éducatrice (désinfection des jouets, aide à l'habillage des enfants, etc.) et a proposé la création de postes d’aide-générale à l’employeur ?
Saviez-vous que l'Association patronale retient dans ses coffres, depuis le mois de juillet 2006, les subventions accordées par l'État québécois pour couvrir l’augmentation salariale de 2 %, convenue entre la CSN et le gouvernement, alors que les autres CPE de la région ont versé cette augmentation salariale ?
Pourquoi la grève ?
Accorder un mandat de grève générale illimitée à son syndicat ne se fait pas à la légère. Il s’agit d’un dernier recours. Les travailleuses de 24 CPE de Montréal et de Laval ont choisi de déclencher un arrêt de travail illimité à compter du 5 mars prochain. Elles n’avaient pas d’autres choix, malgré les nombreux appels lancés à l’employeur. Elles sont déterminées à se faire respecter. Les luttes qu’elles ont menées depuis quelques décennies ont conduit à la valorisation et à la reconnaissance de leur travail ainsi qu’à une plus grande professionnalisation de leur métier.
Les travailleuses des CPE ont voté en faveur de la mission première des centres de la petite enfance : éduquer vos enfants, 100 % du temps ! Comme parent, n'est-ce pas là votre première préoccupation ?
Véronique Lapierre
Éducatrice et présidente du Syndicat des travailleuses(eurs) des CPE de Montréal et Laval-CSN
Source : CSN
28 février 2007
