Réplique à Alain Dubuc
publié le 20 février 2007 dans le quotidien La Presse
Olymel - Une valeur sûre : la démocratie syndicale
Selon l’éditorialiste Alain Dubuc, la CSN a un « gros examen de conscience à faire » dans le dossier Olymel, « où le bluff et la pensée magique ont failli mener à la fermeture de l’usine ». Cette menace de fermeture s’expliquait, selon lui, essentiellement par « les braquages de la CSN, qui ont failli mener ses membres à l’abattoir. »
Cher M. Dubuc, c’est bien mal connaître les principes de démocratie et d’autonomie syndicale défendus par la CSN. Est-il besoin de vous rappeler que l’assemblée générale est souveraine et que ce sont les travailleurs qui votent et qui décident de leurs conditions de travail. Est-il besoin de vous rappeler que c’est le comité exécutif local qui fait les recommandations à ses membres.
Comme tout le monde, les 1100 travailleurs d’Olymel à Vallée-Jonction suivent l’actualité, particulièrement celle qui concerne leurs emplois. Au cours des dernières années, ils ont constaté des changements majeurs dans leur secteur d’activité. Par exemple, leur usine a plus que doublé ses effectifs en peu de temps, il y a moins d’une décennie. Comme d’autres, ces travailleurs ont observé qu’Olymel a connu une expansion fort rapide au Québec et aussi ailleurs, notamment en Alberta.
Ils ont aussi observé un virage à 180 degrés d’Olymel, depuis environ un an, avec plusieurs tentatives de mettre la clef aux portes de ses installations de Saint-Simon et de Saint-Valérien, le tout se traduisant par la disparition de près de 600 postes. Ils ont observé aussi des difficultés de toutes sortes dans l’ensemble de la filière porcine : des facteurs intérieurs et extérieurs, qui ont fait dire, tant au président de la Fédération des producteurs de porc du Québec qu’à celui de l’Union des producteurs agricoles, qu’une restructuration majeure s’impose.
Puis, du jour au lendemain, des menaces de fermeture se mettent à planer sur l’usine de Vallée-Jonction, jugée encore moderne, à moins que les travailleurs ne consentent à rouvrir leur convention collective pour concéder 30 % de leur rémunération totale !
La première assemblée syndicale sur ces lourdes demandes patronales a eu lieu le 26 novembre dernier. Les travailleurs se sont prononcés quatre autres fois, entre le 14 janvier et le 13 février, sur des offres comportant toujours les mêmes reculs. Chaque refus était un NON catégorique à une approche autoritaire et continuellement fondée sur des ultimatums.
Quand vous êtes confronté à une offre patronale qui a pour effet de vous appauvrir de 12 000 $ par année, pour une période d’au moins sept ans, que vous êtes contraint d’accepter une telle offre sinon c’est la fermeture, la perte massive d’emplois et l’hécatombe économique dans votre famille, votre localité et votre région, n’est-il pas raisonnable de se saisir collectivement de toutes les possibilités pour tenter d’amoindrir au maximum les conséquences d’un tel recul ?
Il n’est pas question ici de bluff ou de pensée magique, mais bien de gros bon sens, d’appréciation des rapports de force et de réflexes de survie ; en somme de juger d’une situation complexe dans de très brefs délais.
Au cours de toute cette période, d’une grande intensité syndicale et sociale, ils ont pris connaissance des propos d’autres observateurs qui en appelaient à des approches différentes de la part de l’entreprise.
Olymel a été invité à revoir ses façons de faire. Les questions du syndicat CSN concernant des nécessaires changements à apporter au sein de l’entreprise ou sur la nature de la contribution des dirigeants au redressement de la situation sont demeurées sans réponse. La première chose qu’Olymel a faite, après avoir obtenu des concessions majeures de la part de ses travailleurs, c’est de les prévenir qu’il fallait augmenter la productivité !
Tout ce contexte, négatif, voire malsain, n’a pas empêché les travailleurs tout au long de cette saga de mandater leur direction syndicale à poursuivre des négociations avec l’employeur.
Le 5 février dernier, même à la suite d’un rejet à 97 % des offres patronales, le syndicat a déposé une contre-proposition globale égalant le montant de réduction de rémunération exigée par la direction d’Olymel, soit 11,4 M$ par année, 240 $ par semaine par travailleur !
Les travailleurs d’Olymel à Vallée-Jonction ont assumé leurs responsabilités, la direction du syndicat CSN et toutes les autres composantes de la centrale ont combiné leurs efforts pour trouver une issue.
La CSN a fait son travail. Jamais elle n’a souhaité faire de la chair à saucisses avec ses membres pour quelques principes que ce soit ou par dogmatisme. La CSN a fourni toute l’expertise technique requise et tout le respect nécessaire dans cette terrible épreuve. C’est le professionnalisme de la Fédération du commerce de la CSN, du Conseil central de Québec-Chaudières-Appalaches, de MCE Conseils et des différents services de la CSN, de ses conseillers et négociateurs, et finalement l’immense effort consenti par les travailleurs, qui ont fait en sorte que le pire a été évité.
Claudette Carbonneau
Présidente de la CSN
Source : CSN
20 février 2007
