Le secteur privé dans le réseau de la santé

Un réel débat s'impose

Lettre d'opinion de la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, publiée dans le Journal de Montréal, le 13 juin 2007


 

La mise en place du groupe de travail dirigé par Claude Castonguay a de quoi faire sourciller. Cette annonce survient moins d’un an après que le ministre Philippe Couillard, ait affirmé, en août 2006, que le financement ne posait pas de problème. « Il ne faut pas aborder la question de façon catastrophiste ou fataliste », déclarait-il, avant d’ajouter que, par rapport au PIB, il ne constatait pas de croissance incontrôlée des coûts.

Deux mois plus tôt, une commission parlementaire étudiait le document de consultation « Garantir l’accès », pour répondre à l’arrêt Chaoulli. À la fin de l’exercice, le ministre approuvait le consensus selon lequel un débat public distinct était nécessaire sur la question du financement. Les suites de cette consultation se sont concrétisées par une loi qui a ouvert la porte au secteur privé. En campagne électorale, le ministre a toujours affirmé que la population n’avait pas à s’inquiéter de la place du privé en santé.

Comment peut-on maintenant faire un tel virage ? Confier la direction du groupe de travail à M. Castonguay revient à faire entrer le loup dans la bergerie. Ses solutions sont connues depuis longtemps. Déjà en 1970 il prônait un système à deux vitesses avec le recours aux assurances privées et la possibilité pour les médecins de travailler à la fois dans le public et le privé. En matière judiciaire, on dit qu’il doit y avoir impartialité. On a plutôt l’impression, ici, que les conclusions du rapport sont écrites d’avance.

Un financement privé implique que les individus devront investir plus d’argent. Mais ont-ils la capacité de payer ? exergue-citation du texteLe recours aux assurances peut paraître intéressant mais il existe de fausses perceptions. Tout le monde n’a pas les moyens de se payer un régime d’assurance. Pour les groupes qui ont des régimes collectifs, la hausse importante des primes ces dernières années, causée principalement par l’augmentation des prix des médicaments, a déjà eu pour résultat que plusieurs ont réduit la couverture de leur régime. La marge pour l’ajout de nouvelles protections semble bien mince.

Ce débat survient alors que les problèmes d’accès sont en bonne partie attribuables à la pénurie de personnel. Il est inadmissible de profiter de cette crise pour faire avancer la cause du privé. On laisse miroiter que l’accès aux soins serait amélioré si on laissait les personnes qui en ont les moyens se payer des services. Nous croyons plutôt que toutes les ressources disponibles doivent être investies à sortir le système de cette crise. Les baisses d’impôts contenues dans le dernier budget sont donc tout à fait inappropriées dans les circonstances.

Le gouvernement doit non seulement remettre en question la nomination de Claude Castonguay, mais il doit respecter son engagement et rendre possible un réel débat public.

Présidente de la CSN
Claudette Carbonneau


Source : CSN - 13 juin 2007