Marc Bellemare et la mairie de Québec

« On nous le présente comme le prochain sauveur »

(Lettre ouverte parue dans Le Soleil du 10 décembre 2004) - Alors que les médias ont comme principal rôle d'informer la population, il est étonnant de constater, du même souffle, à quel point ils peuvent influencer et même orienter l'opinion publique par leur façon de présenter les nouvelles.

Prenons, par exemple, la couverture médiatique accordée par Le Soleil à l'éventuel candidat à la mairie de la ville de Québec, Marc Bellemare. Alors que la campagne électorale n'a pas encore débuté et que l'avocat Bellemare se laisse désirer, ce quotidien semble en faire son chou gras à partir de sondages, dont les sources sont inconnues, et qui rapporte à la une ses faits et gestes, ses différentes sorties publiques, son implication « sociale » (sic), etc. Plusieurs articles ont paru dernièrement dont celui dans l'édition du lundi 6 décembre 2004, où on pouvait voir une photo de l'actuel maire Jean-Paul L'Allier et M. Marc Bellemare, qui portait l'inscription « l'actuel et le futur ? ». Cette photo a été prise lors du brunch parrainé par le maire au profit de la Fondation St-Roch qui œuvre pour les démunis du centre-ville. D'ailleurs, depuis que cette activité existe, je ne me rappelle pas y avoir rencontré M. Bellemare. Quelle coïncidence pour lui d'avoir découvert l'importance de combattre la pauvreté à ce moment-ci ! Pourquoi une telle promotion de M. Bellemare alors que d'autres candidats potentiels à la mairie étaient aussi présents ? De là à fabriquer ou à conditionner l'opinion publique, il n y a qu'un pas que Le Soleil semble franchir.

Mais là ne s'arrête pas la beauté de l'affaire, car le journal en question en rajoute le mercredi 8 décembre en faisant paraître une lettre ouverte (ce qui est tout à fait correct) de l'ancien ministre qui louange le premier ministre Charest et les retombées sur la Capitale nationale. Mais plus encore, nous pouvons lire également un article qui annonce cette même lettre ouverte.

Que la mémoire collective est de courte durée ! Lors de sa brève carrière politique au sein du gouvernement Charest, M. Bellemare était critiqué par la plupart des médias pour diverses raisons dont, entre autres, pour son incapacité à faire accepter, par ses collègues du conseil des ministres, sa réforme en matière d'assurance automobile (le no fault), en plus de s'attirer une forte opposition de plusieurs groupes et de citoyens. Il avait même été rabroué par des ministres parce qu'il outrepassait ses mandats et faisait des déclarations surprenantes sur des sujets qui ne relevaient pas de sa fonction. On tente aujourd'hui de nous le présenter comme un rassembleur. De plus, il avait déclaré que le monde politique n'était pas fait pour lui ! Dites-moi pourquoi spontanément la politique municipale lui siérait mieux aujourd'hui d'autant plus qu'il a trahi la confiance de l'électorat de son comté en démissionnant après seulement un an de mandat. Changer d'opinion au gré du vent semble relever davantage de l'opportunisme politique. Un jour, il critique le gouvernement et le lendemain, pour des raisons qui lui sont propres, il se porte à sa défense. Aujourd'hui, on nous le présente comme le prochain sauveur de la ville de Québec, à titre de maire.

Ce qui est désolant dans tout ça, c'est qu'on tente de nous vendre l'image d'une personne plutôt que d'aider le public à connaître les véritables enjeux et l'ensemble des candidats pour ainsi éclairer leur choix démocratique.

J'ai cessé de croire aux contes de fées depuis longtemps, de même qu'aux héros qui sont tout simplement une création issue d'une vaste opération charme de relations publiques. Et M. Bellemare d'avoir l'ai étonné lorsqu'il se demande : « pourquoi les citoyens mentionnent son nom lorsqu'ils se font demander qui ferait un bon maire ? »

Ann Gingras, présidente
Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches (CSN)