Michel Chartrand a plutôt parlé qu’écrit. Voici des extraits de deux entrevues qu’il accordait, l’une à la revue Maintenant, en 1971, l’autre à la revue Zone libre, en 1977. Des extraits publiés dans « Portrait d'un mouvement » en juin 2000.

 
Le nationalisme

« Le nationalisme, je n’ai pas à discuter cela, je dois le prendre comme une donnée de la nature aussi fondamentale que l’instinct de conservation. Pour moi, le nationalisme est à un peuple ce que l’instinct sexuel est à la personne. On sait ce qui se produit quand on essaie de nier ou de refouler la sexualité : ça donne de la folie furieuse qui se jette n’importe où, dans la soif de puissance ou de domination. Nier le nationalisme d’un peuple, c’est créer un climat propice à la violence, c’est courir au désastre. Or le capitalisme, pour se survivre, ne peut laisser libre cours au nationalisme : le capitalisme, par essence, est apatride, a-national, a-familial, amoral, parce que tous les liens humains entravent la course folle des affaires. Or le capitalisme a besoin d’être libre de traiter avec n’importe qui, car sa seule morale, c’est la maximisation du profit et la suppression des concurrents.

Le vrai nationalisme qui veut être au service de tout un peuple et servir son épanouissement ne peut donc cohabiter avec le capitalisme. Ce qui n’empêche pas certains capitalistes de se prétendre nationalistes. Duplessis était un bandit et il se croyait nationaliste.

Le nationalisme, c’est le préalable de l’ouverture sur le monde : on ne peut accéder à l’international que par la médiation de la nation. Une personne ne peut entrer en relation avec une autre que si elle se connaît et se définit elle-même d’abord. C’est la même chose pour la nation canadienne-française. Les anthropologues situent les Canadiens français plus proches des Russes que des Anglo-Saxons, et l’on essaie malgré cela de nous persuader qu’une voie ferrée entre deux trous d’eau, ça peut nous tenir lieu de pays et d’unité nationale ! Ça, c’est un peu l’histoire de ma vie : j’ai commencé à comprendre et à dire ces choses-là vers 1934. On peut donc dire que je suis indépendantiste depuis près de 40 ans !

 

Nationalisme et socialisme

Nationalisme et socialisme convergent obligatoirement car ils sont absolument nécessaires l’un et l’autre à la réussite des transformations de la société auxquelles ils tendent respectivement.

Les nationalistes s’apercoivent ou s’apercevront tôt ou tard qu’ils ne peuvent réaliser le plein emploi, la planification ou le dirigisme économique, la démocratie de participation au sein du capitalisme de l’entreprise privée. Il n’y a pas, je le répète, de bon capitalisme, parce qu’il est gouverné par la morale du plus fort et l’écrasement du petit. Tant qu’une compagnie sera libre de fermer ses portes le jour où elle décide de le faire, quelle sécurité réelle peut espérer donner une convention collective ? 

 

Un instinct de conservation

Le nationalisme fait partie de l’instinct fondamental de conservation. Ce n’est pas une notion triviale comme le prétend Pierre Trudeau. Il s’agit d’une manière d’être contre laquelle on ne peut être. Une sorte de vérité qui repose sur les origines et qui façonne la nation. On est comme on est, en raison de la société dans laquelle on vit. La géographie, la nourriture, les ancêtres, la langue et la culture deviennent autant d’éléments qui font de nous ce que nous sommes comme Québécois.

Alors, qu’on ne vienne pas nous dire, comme le fait Trudeau, que le nationalisme conduit au racisme. Trudeau ne semble pas avoir compris que l’on atteint l’internationalisme par la médiation de la nation et que le nationalisme n’interdit nullement le multiculturalisme. »

 

Hommages à Michel Chartrand >>

 

 

     Extrait du documentaire
     « La liberté en colère »
     de Jean Daniel Lafond