Lettre au ministre François Legault

La transparence pour améliorer la performance

Michel Tremblay

Président de la Fédération des professionnèles (CSN)

La date des élections n'est pas encore fixée que déjà on se bouscule aux portes pour réinventer le système québécois des soins et services de santé. Sauf que diagnostics et remèdes ne brillent pas toujours par leur originalité : abolition de la sécurité d'emploi chez les fonctionnaires d'un côté, abolition des régies régionales de l'autre, et promesses de financement qu'on ne se gêne même plus de chiffrer dans les milliards de dollars. Et, dit-on, ce n'est qu'un début.

 

À titre de président de la Fédération des professionnèles (CSN), j'aimerais réagir à la méthode utilisée par le ministre Legault pour régler la crise qui sévit depuis trop longtemps dans l'organisation des soins de santé au Québec. Je voudrais d'abord lui suggérer de se délester un peu de ses habits d'inspecteur d'école, totalement obnubilé par ses bulletins de performance, et d'utiliser davantage la transparence, un remède bien classique, très économe et qui a déjà fait ses preuves.

Après avoir publié les bulletins de santé de tous les centres hospitaliers du Québec, le ministre Legault récidive maintenant avec l'idée de demander aux différents gestionnaires des établissements de retourner sur les bancs d'école, assurant par le fait même, prétend-il, une performance accrue du système. Cette solution émanerait de son analyse du bobo livrée en conférence de presse la semaine dernière alors qu'il avançait l'idée que le tiers des problèmes dans le réseau de la santé provenait de l'organisation des soins et les deux tiers d'un manque flagrant de financement.

Depuis les études de la commission Clair, depuis les crises à répétition dans les hôpitaux, autant chez les médecins, les infirmières, les professionnels et l'ensemble des employé-es, crises dues en grande partie au manque de personnels, tous les acteurs impliqués s'entendent pour dire qu'il y a dans le réseau un grave problème de surcharge de travail, conduisant inévitablement à l'épuisement professionnel. Les statistiques du ministère de l'automne dernier sont d'ailleurs éloquentes à ce sujet. On parle de 10 500 employés ETP (équivalent temps plein) qui sont absents sur base annuelle, soit un chiffre alarmant de 7,5 % de la main-d'oeuvre.

N'oublions pas que nous parlons ici d'un secteur où ce sont des personnes humaines qui viennent en aide à d'autres personnes humaines. Infirmières, ergothérapeutes, travailleurs sociaux, préposé-es aux bénéficiaires, médecins, etc. Pour faire adéquatement leur travail, ces personnes doivent être en forme, en santé.

À court terme, je crois qu'on est en droit de s'attendre à des solutions concrètes. Revoir en profondeur l'organisation du travail, éradiquer le problème à ses racines mêmes est une nécessité. Mais pas à n'importe quel prix. Les syndiqué-es sont d'accord pour trouver des solutions concrètes afin d'améliorer l'efficacité et l'efficience de leurs services. Toutefois, pour obtenir ce que le ministre Legault qualifie de meilleure performance, il faudra d'abord et avant tout trouver des solutions qui garantiront une meilleure qualité de vie au travail, qui donneront le goût aux professionnels de la santé de se présenter au travail, des solutions qui insuffleront un nouveau dynamisme dans tout le réseau de la santé.

Ce que le ministre ne semble pas comprendre, c'est que des solutions existent déjà. À titre d'exemple, la convention collective de la Fédération des professionnèles (CSN), en vigueur depuis juin 2000, offre la possibilité de mettre en place un mécanisme privilégié de communication et de coopération, de consultation et de recherche de solutions entre les parties locales. Ce mécanisme prend la forme de comités conjoints dans chaque établissement, comités fondés sur " la nécessité pour les organisations de s'adapter rapidement aux changements (dans le réseau) et de revoir les façons de faire en vue d'améliorer la qualité et l'efficience des services, ainsi que la qualité de vie au travail des personnes salariées ". J'aimerais rappeler au ministre que ce mécanisme fonctionne, à la condition que la volonté des parties locales soit au rendez-vous.

L'idée de M. Legault de retourner les gestionnaires sur les bancs d'école n'est pas inintéressante. Oui, il faut former les gestionnaires. La désorganisation du travail dans chaque établissement du réseau l'exige. Mais il ne faudrait surtout pas négliger les possibilités d'amélioration qui existent déjà et, surtout, donner le mandat aux gestionnaires actuels de les utiliser.

La recherche dynamique de solutions à l'organisation du travail entre les parties locales devrait donc occuper une bonne partie des cours qui seront dorénavant proposés aux gestionnaires. Cette approche, basée sur une très grande transparence, a malheureusement le désavantage de n'être pas très " vendeuse " en période électorale. Pour être appliquée correctement, elle nécessitera beaucoup plus que les 300 jours annoncés avant la fin de la course effrénée aux promesses électorales.