Saint-Charles-Borromée

Lettre ouverte de Pierre Lamy, président de la FSSS

(Lettre ouverte publiée dans Le Devoir du 2 décembre 2004) - L'affaire Saint-Charles-Borromée, comme certains se plaisent à la nommer, a refait surface au cours de la dernière semaine. Les résidents, la direction et l'ensemble des employés ont une fois de plus subi les impacts des allégations de Me Jean-Pierre Ménard à propos de la situation qui prévaut dans cet établissement depuis les événements de l'automne 2003. Le jugement de Me Ménard est radical, universel et sans nuance.

Cela est d'autant plus vrai que ces allégations ne sont fondées sur aucune nouvelle enquête ou preuve qui puisse les rendre crédibles. Surtout, le message est porteur d'une profonde antipathie à l'endroit des centaines de travailleurs de Saint-Charles-Borromée qui se remettent difficilement des événements malheureux de l'année dernière. Ce sont, faut-il le redire, des travailleurs qui s'efforcent de donner des soins de qualité à des personnes vulnérables et, pour plusieurs, lourdement handicapées.

Notre fédération et le syndicat ont réprouvé les attitudes ou les gestes totalement inappropriés dont quelques personnes ont pu faire preuve, en 2003, à Saint-Charles-Borromée. La mise en tutelle a été une sanction sévère et les dommages associés ont été tout aussi graves lorsqu'on voit l'image de l'établissement ternie aux yeux de la population, l'insécurité qui s'est propagée chez les résidents et leurs proches ainsi que la baisse de l'estime à l'endroit du personnel.

Après la mise en tutelle de l'établissement, de nombreux efforts ont été faits de toute part afin de réévaluer les plans de soins et de favoriser une approche encore plus sensible aux besoins des bénéficiaires. Voilà qu'un nouveau pavé est lancé dans la mare par Me Ménard. À notre avis, ce type d'intervention ne sert pas l'intérêt public ou celui des résidents de Saint-Charles-Borromée. On ne soigne pas une personne blessée en lui infligeant une autre blessure pour rendre la première insensible.

Ignorance et incompréhension

Ce qui caractérise le traitement fait à Saint-Charles-Borromée et à son personnel provient, à mon avis, d'une ignorance malsaine ou d'une incompréhension des pressions que subit depuis des années le réseau d'hébergement de longue durée. Il existe une grande méconnaissance des conditions de travail très minimales dans le cadre desquelles oeuvrent les personnes qui donnent les soins.

La Commission des droits de la personne avait sonné l'alarme dans un rapport sur les conditions de vie des personnes hébergées pour des soins de longue durée en 2001. Depuis, presque rien n'a bougé sur le plan des ressources, et on a réussi à faire dévier le blâme sur les personnes qui donnent les soins. Me Ménard n'a pas visé la bonne cible.

Ce qui est tout aussi incompréhensible et outrageant, ce sont les propos récents du ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, qui a fait état d'une « culture du mépris qui est chose du passé » dans les centres de soins de longue durée. S'il croyait aider, le ministre s'est une fois de plus enlisé dans un préjugé médiocre et, il faut le dire, qui transpire le mépris.

Comme l'écrivait Pierre Foglia, certains tentent de faire des événements à Saint-Charles-Borromée un crime contre l'humanité. Je crois que la démesure et l'acharnement ont dépassé les limites du bon sens. Qui arrêtera cette paranoïa morbide autour d'une autopsie qui n'en finit plus ? Me Ménard n'est pas le Robin des Bois des centres d'hébergement. Pour entrer dans la légende, il devrait savoir qu'une cause juste doit être inspirée par une connaissance précise et complète de toutes ses caractéristiques sans créer de nouvelles injustices.

Notre organisation continuera de défendre les valeurs d'équité et de respect à l'égard des usagers et, plus que jamais, nous allons accompagner les travailleurs de Saint-Charles-Borromée qui, depuis un an, se sont engagés dans la démarche proposée par la direction de l'établissement. Ils n'ont pas à rougir d'un crime qu'ils n'ont jamais commis.

Pierre Lamy
Président de la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN