La CSN participe à l'assemblée syndicale internationale de RIO. Nathalie Guay du Service des relations du travail y représente notre centrale syndicale. Elle a suivi les débats de cette rencontre et nous en fait part.

Rio de Janeiro, Brésil

Les syndicats en route pour Rio+20

Les syndicats réclament des gestes concrets

14 juin 2012 — À l'issue de trois jours d'assemblées, les centrales syndicales des cinq continents demandent aux États de s'engager concrètement dans un modèle de développement durable de tous les secteurs de l'économie pour la survie de l'humanité et des écosystèmes.

Dans la déclaration finale de cette rencontre, les syndicats demandent aussi la reconnaissance du droit à la protection sociale et réitèrent leur soutien à l'adoption d'une taxe sur les transactions financières à l'échelle mondiale. Les sommes que rapporteraient cette taxe serviraient à la lutte contre les changements climatiques et à la régulation du secteur financier. 

Sharan Burrow

« Assez de discours ; les gouvernements doivent à présent assumer des engagements réels en faveur du changement. », a indiqué Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI). Elle a précisé que le mouvement syndical sera présent à la Conférence Rio+20 aux côtés d’autres mouvements sociaux pour faire en sorte que cela soit possible.  Lire la résolution finale de l'Assemblée internationale >>

D'ici là, les organisation syndicales, dont la CSN, prendront part, à compter de samedi, au Sommet des Peuples qui réunit un grand nombre d'acteurs de la société civile de tous les continents. Ce sommet populaire se tient aussi à RIO, juste avant celui des chefs d'État. Nathalie Guay nous en parlera dans son prochain texte ainsi que de la participation de la CSN à ce sommet.
 

L’économie verte en débat

14 juin 2012 — La dernière journée de l’assemblée syndicale a de nouveau été l’occasion de parler de l’économie verte, un concept récent qui est toujours sujet à des interprétations différentes. Selon Peter Poschen de l’OIT, qui vient de publier une étude intéressante sur le travail décent dans le cadre d’une économie verte, l’économie verte n’est pas un gage d’équité et d’inclusion sociale et elle ne suffira pas à relever tous les nombreux défis auxquels l’humanité doit faire face.

La création d’emplois décents dans certains secteurs de l’économie verte serait une condition nécessaire pour le développement durable, car nous assistons déjà à des pertes d’emplois en liens avec des questions environnementales, notamment dans des domaines d’emplois liés aux ressources naturelles. Cependant, il faut aussi développer des politiques sociales, des systèmes de protection sociale, il faut accroître ou développer le dialogue social, des politiques industrielles et des politiques de relations de travail. Massiel Figuero, de la Confederación Nacional de Unidad Sindical (CNUS) de la République Dominicaine, a souligné le potentiel très positif que représente la création d’emplois verts dans son pays. Par contre, elle mentionne aussi que c’est l’ensemble du système de production et de consommation qu’il faut modifier sans quoi on ne changera pas véritablement le modèle actuel et toutes les problématiques qu’il génère.

Dans la même logique, Kingsley Ofei-Nkansah, du Congrès syndical du Ghana, affirme qu’il ne faut pas créer des emplois verts sur la base de la seule logique capitaliste, par exemple, il ne souhaite pas que des entreprises étrangères se procurent des terres au Ghana pour faire pousser du carburant et réduire, au dépend de la sécurité alimentaire des populations locales, leurs émissions de CO2.

De plus, s’il faut considérer l’atteinte des objectifs sociaux du développement durable, il faut aussi viser la création d’emploi dans les services publics, afin d’améliorer les conditions de vie des populations. En soi, les demandes visant la bonification de la protection sociale pour les personnes sont aussi susceptibles d’être créatrices d’emploi. Un camarade en provenance du Népal suggérait que l’on pouvait aussi créer plusieurs emplois si l’on faisait en sorte que les enfants aillent à l’école plutôt qu’ils ne travaillent. Un illustration, à la fois inspirante et évidente, de la complémentarité possible entre progrès social et logique économique.



Assemblée syndicale internationale

Ajouter un 4e pilier au développement durable

12 juin 2012 — Pour la Confédération syndicale des Amériques (CSA), le développement durable ne comporte pas 3 piliers, mais 4! Victor Baez, secrétaire-général de la CSA explique qu’en plus des piliers

Victor Baez

écologique, social et économique, il faut inclure le pilier politique du développement durable. Plus précisément, il faut instaurer des mécanismes de démocratie participative pour renforcer la démocratie représentative. Selon Victor Baez, il est aussi très important que les organisations syndicales participent au Sommet des peuples de Rio + 20. Il rappelle que les mouvements sociaux, dont les syndicats, ainsi que certains gouvernements progressistes ont réussi, grâce aux mobilisations lancées depuis les Sommets des peuples, à faire échouer le projet de Zone de libre-échange des Amériques en 2005.

« Un autre monde n’est pas seulement possible, il est nécessaire ! »

Artur Henrique

C’est par cet appel au changement qu' Artur Henrique, président de la Centrale unique des travailleurs (CUT) du Brésil, a ouvert la 2e Assemblée syndicale sur le travail et l’environnement, qui réunit environ 500 syndicalistes à Rio de Janeiro.

Les organisations africaines croient aussi en la nécessité d’un 4e pilier qui englobe la dimension politique. Mais comme l’explique Kwasi Adu Amankwa, secrétaire-général de la CSI Afrique, c’est plutôt de bonne gouvernance dont il faudrait parler et cette dimension serait incontournable en Afrique afin que l’on puisse assister à de véritables progrès sur les questions sociales, écologiques et économiques. Cette lecture s’inscrit dans un nouveau paradigme de développement pour l’Afrique, où l’idée d’émancipation est centrale, et qui inclus un certain nombre d’idées phares : intégration régionale, obtention de bénéfices pour l’extraction minérale, approche sud-sud pour les échanges, formalisation de l’économie informelle, développement de l’économie sociale, etc.

Abordant la situation en Europe, Anne Demelenne, secrétaire-générale de la FGTB Belgique, soulignait qu’il y a quelques années, le modèle européen était encore pour les organisations syndicales une source de fierté. Elle mentionne qu’aujourd’hui, un enfant européen sur 4 risque de grandir dans la pauvreté. Alors qu’augmente la précarité des emplois, les revenus de remplacement ainsi que les services sociaux déclinent progressivement. Pour elle, l’une des solutions réside dans une fiscalité plus juste et dans la mise en place de mesures pour encadrer les banques afin que les gouvernements investissement dans une relance écosolidaire.

Elisabeth Thompson

L’assemblée syndicale a pu compter sur la participation de représentants d’organisations non-syndicales, comme Elisabeth Thompson, qui est la coordinatrice exécutive pour la Conférence Rio + 20. Madame Thomson soulignait qu’il fallait prévoir des mesurer pour que les femmes occupent aussi des emplois verts, que l’on retrouve dans de nombreux secteurs à prédominance masculine. Elle a également parlé du défi que représente la nécessité de développer un indicateur PIB+ pour être en mesure de tenir compte des dimensions sociales et environnementales liées à la croissance.

Soulignons que les participants ont pu prendre part à des ateliers de discussions sur cinq thèmes différents à partir de textes qui avaient été préparés à l’avance. Ces échanges vont permettre de générer une résolution, qui sera adoptée le 13 juin dans l’assemblée et qui sera soumise par la CSI au Sommet officiel.

D’ici au 15 juin

Prononcez-vous sur les enjeux du Sommet de la Terre de Rio
Visitez le site de Rio + 20 Dialogues pour voter  >>
Les résultats seront rendus publiques le 16 juin.

 

Repères

20 ans plus tard

Un contexte fort différent

Plusieurs syndicalistes ont souligné lors de cette assemblée les différences entre le contexte du premier Sommet de la Terre de 1992 et la réédition actuelle. La dimension politique est importante : alors qu’en 1992, la chute du mur de Berlin, quelques années plus tôt, consacrait la domination des politiques néolibérales, nous nous retrouvons aujourd’hui dans un contexte de crise multiple, mais qui est aussi la crise du système capitaliste, comme le soulignait Adolfo Aguirre, secrétaire des relations internationales de la Centrale des travailleurs de l’Argentine (CTA).

Vingt ans plus tard, il faut aussi constater que la situation globale de notre planète s’est plutôt détériorée et que les engagements qui avaient été pris à Rio n’ont pas eu les résultats escomptés. Plusieurs syndicalistes veulent donc durcir le ton et exiger des gouvernements un changement de cap réel. Par contre, nous sommes aussi dans un contexte géopolitique fort différent, où la domination étatsunienne, particulièrement importante en Amérique latine au long du 20e siècle, et plus largement celle de l’Occident, ont cédé la place à une dynamique multipolaire où plusieurs pays comme le Brésil prennent leur place. À Rio, le G77 est un groupe dont les positions sont affirmées et avec lequel il faut compter. Et comme le soulignait Nalu Faria, de la Marche mondiale des femmes, les mouvements sociaux ont aussi appris à faire des alliances à l’échelle mondiale et leurs luttes sont de plus en plus intégrées.

 

Enfin, le texte final de Rio 2012 sera bien sûr un reflet du rapport de force actuel entre les nations, mais aussi entre les diverses forces de la société, dont l’industrie et les syndicats.

 

 

L'assemblée syndicale de RIO

Organisée par SustainLabour et la Confédération syndicale internationale (CSI), cette assemblée permet aux délégués syndicaux de s’approprier les positions de la CSI sur les enjeux qui seront traités au Sommet de la Terre « Rio +20 » du 20 au 22 juin prochain, de discuter plus en profondeur de questions comme celles des emplois verts, du développement durable, de l’économie verte, de la transition juste et de la protection sociale.

 


Les revendications de la CSI

  1. La création de millions d’emplois verts et décents, notamment pour les jeunes et les femmes. Une étude récente de la CSI nous apprend que des investissements de 2% du PIB d’une douzaine de pays dans l’économie verte pourraient générer 48 millions emplois sur 5 ans.
  2. Le socle de protection sociale, qui inclut des mécanismes de sécurité du revenu ainsi que les services publics.
  3. Une taxe mondiale sur les transactions financières, pour financer des mesures de riposte au changement climatique dans le pays en développement et de l’aide au développement, en plus d’accroître la régulation des institutions financières, grandes responsables de la crise.

 

 

La CSN à RIO

Cette assemblée syndicale est la première étape pour la CSN vers le Sommet de la Terre qui culminera du 20 au 22 juin. La CSN participe activement au Sommet des peuples dès le 15 juin, de même qu’aux diverses mobilisations prévues, dont la grande manifestation du 20 juin. Louis Roy, président de la CSN, Judith Carroll, adjointe au comité exécutif, de même que Patrice Benoît, président du comité environnement et développement durable du Conseil central du Montréal métropolitain, rejoindront Nathalie Guay, conseillère syndicale au service des relations du travail (recherche) dès le 16 juin.