Maternelles 4 ans : un gain pour les enfants ?

La ronde de négociation 2023 du secteur public est lancée. Pour cette ronde, la CSN, la CSQ, la FTQ et l’APTS unissent leur force et travaillent en Front commun pour défendre les travailleuses et les travailleurs. Apprenez-en plus.

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Services de garde éducatifs

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Maternelles 4 ans : un gain pour les enfants ?

L’objectif des maternelles 4 ans serait d’améliorer la scolarisation des enfants, de faciliter le passage à l’école des tout-petits qui vont moins bien. Et si ce remède n’était pas le bon ?

Si on en croit le renommé pédiatre Jean-François Chicoine, on pourrait bien provoquer l’effet contraire à celui recherché. Dans une longue entrevue accordée au Point syndical, le docteur Chicoine de l’hôpital Sainte-Justine, qui est également professeur à l’Université de Mont­réal, nous explique son point de vue très critique envers les maternelles 4 ans pour tous.

« Une maternelle 4 ans, plutôt qu’un CPE, pour un petit enfant de quatre ans, c’est moins d’apaisement et de soins personnalisés puisque le rapport à l’adulte n’est pas le même. C’est donc, éventuellement, un petit qui pourrait se dire dans sa tête d’enfant qu’on ne l’aime pas ou encore, qui pourrait devenir plus stressé, plus peureux. Et ces éléments-là vont se manifester comme des empêchements à la scolarisation », a résumé Jean-François Chicoine.

Pour ce spécialiste, les enfants les plus à risque ont besoin d’un référent stable au fil des jours, pérenne d’une année à l’autre. L’aspect affectif est important. « Les enfants les plus pauvres, les plus démunis, qui viennent de familles très marginalisées, on a avantage à les mettre dans un milieu de garde dès l’âge de six mois ou un an », affirme le docteur Chicoine, qui se souvient même d’avoir donné des « prescriptions de CPE ». Il déplore d’ailleurs le fait que le réseau des services de garde éducatifs n’ait jamais été complété et que nous n’ayons pas plus investi collectivement dans ce projet.

Pour ces enfants plus fragiles, le pédiatre ne prévoit aucun gain avec la maternelle 4 ans. « Ce sont des enfants qui, du point de vue éducatif, cognitif et de leurs connaissances, ne vont pas progresser plus vite que d’autres », estime celui qui précise que la seule étude québécoise sur le sujet (Christa Japel, 2017) conclut qu’il n’y a « rien de bénéfique » aux maternelles 4 ans pour les enfants issus de milieux défavorisés.

« À mon sens, c’est beaucoup nuire aux enfants qui ont déjà des problématiques affectives. C’est que ces enfants ne sont pas capables de faire face à la situation sur le plan académique », conclut Jean-François Chicoine.

L’importance du jeu libre
Jean-François Chicoine ne s’entend pas avec son ancien collègue de Sainte-Justine, Lionel Carmant, ex-chercheur spécialiste de l’épilepsie chez les enfants, aujourd’hui ministre délégué dans le gouvernement de la Coalition avenir Québec. Le docteur Chicoine estime qu’il faut préserver au minimum trois heures par jour de jeu complètement libre à cet âge. « Si on force les enfants à ne plus jouer librement, et ça, c’est vraiment mon dada, j’ai peur qu’on diminue beaucoup l’imagination de ces enfants-là, leur capacité à se réfugier dans un monde qui est le leur », indique le pédiatre, qui a déjà constaté dans sa pratique une augmentation du nombre d’enfants stressés ou anxieux au fil des années.

La proximité des éducatrices
Pour le pédiatre, le rapport direct avec un adulte significatif est primordial et ne sera pas le même dans un grand groupe.

« Si l’enfant n’est pas capable de faire quel­que chose, il faut lui dire en s’agenouillant, en le regardant dans les yeux : “je vais t’aider”. Et pour faire ça, ça prend une relation d’un individu à un autre. Un bon rapport entre l’éducatrice et l’enfant, ça se peut avec 7, 8, 10 ou 12 enfants, mais certainement pas avec 14, 16 ou 18 », évalue Jean-François Chicoine.

Le diagnostic vraiment précoce
L’argument de favoriser les diagnostics précoces à la maternelle 4 ans ne tient pas la route pour le docteur Chicoine. « Quand on parle de diagnostic précoce à l’âge de quatre ans, pour un pédiatre, c’est comme si vous me demandiez d’agir dans un CHSLD de bébés », lance le pédiatre d’expérience pour illustrer l’absurdité de la situation. Plusieurs diagnostics importants peuvent se faire à 18 mois avec un accès au spécialiste approprié.

Il estime par ailleurs que les éducatrices peuvent jouer un rôle majeur pour dépister les premiers troubles moteurs ou de la communication en très bas âge. Jean-François Chicoine déplore cependant que les ressources spécialisées pour assurer un suivi après le diagnostic aient « diminué comme peau de chagrin » ces dernières années. Certains enfants qu’il a diagnostiqués attendent deux ans pour avoir accès à des services !

« Plus on dépiste tardivement, moins on permet la scolarisation », remet en perspective le pédiatre, qui fait une grande différence entre un diagnostic à deux ans plutôt qu’à quatre, lorsque c’est possible.

Encore faudrait-il avoir les ressources de dépistage nécessaires dans le secteur de la petite enfance, plutôt que d’engouffrer des millions afin de répondre à une promesse électorale…

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