Reportage – CSN – Confédération des syndicats nationaux https://www.csn.qc.ca Le maillon fort du syndicalisme au Québec Tue, 17 Feb 2026 00:34:00 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.8.5 https://www.csn.qc.ca/wp-content/uploads/2019/05/csn-logo-150x150.png Reportage – CSN – Confédération des syndicats nationaux https://www.csn.qc.ca 32 32 L’égalité des chances laissée au libre marché https://www.csn.qc.ca/actualites/legalite-des-chances-laissee-au-libre-marche/ Wed, 04 Feb 2026 16:48:18 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=111539 Au Québec, le projet de la Révolution tranquille visait, entre autres, à offrir l’égalité des chances en matière d’éducation à tous les enfants québécois, peu importe leur origine ou leur lieu de résidence. Après la publication du célèbre rapport Parent au milieu des années 1960, le gouvernement entreprend un vaste chantier d’organisation du système d’éducation, de la maternelle à l’université, accessible à toutes les familles.

Or, à la demande du clergé, le gouvernement favorisera la liberté de choix des parents, ce qui permettra à l’enseignement privé subventionné de se tailler une place dans le système scolaire. Pour Christophe Allaire Sévigny, ce libre choix nous a menés tout droit à ce qu’il appelle aujourd’hui la « ségrégation scolaire », une expression formulée à l’époque par le regretté sociologue, Guy Rocher.

L’idée de retracer l’origine de cet idéal d’égalité des chances et d’en tracer un historique naîtra d’une lettre d’opinion signée Rocher, membre de la commission Parent. L’auteur rencontrera du personnel enseignant, des élèves et des chercheurs. La forme originale du balado, Distances sociales, sera retenue au départ, à la suite duquel il procèdera à la rédaction de son essai.

Sous forme d’enquête, l’argumentaire solide du sociologue, enseignant au cégep de Sherbrooke, est brillamment construit sur des faits, des écrits et des exemples concrets. L’ensemble nous fait comprendre que ce que d’autres nomment « l’école à trois vitesses » au Québec existe bel et bien et que ce modèle reproduit des inégalités systémiques qui stigmatisent le développement scolaire jusqu’au dernier diplôme obtenu.

Pour appuyer sa thèse, l’ouvrage aborde également l’histoire de la ségrégation raciale dans les écoles primaires de Topeka, dans le Kansas des années 1950, et les luttes populaires et judiciaires menées jusqu’en Cour suprême des États-Unis afin d’y mettre un terme. Malgré un jugement unanime déclarant la ségrégation inconstitutionnelle, une résistance massive s’organisera afin de maintenir en place les privilèges systémiques ségrégationnistes des blancs, appuyée par la fausse doctrine du Séparés mais égaux.

Selon les données disponibles, le maintien du libre choix au Québec fera de notre système d’éducation le plus inégalitaire au Canada. Ce constat brutal n’est pas sans conséquences : le modèle hiérarchique du privé subventionné et des programmes sélectifs au public, dit régulier, discrimine les enfants dès le départ selon leurs origines socioéconomiques, leur culture et les moyens financiers des parents. Sans surprise, les cheminements réguliers offrent moins d’activités culturelles et scolaires enrichissantes, restreignent considérablement l’accès aux études supérieures et, conséquemment, aux emplois les mieux rémunérés.

Appuyé par les thèses économiques néolibérales, Allaire Sévigny explique que l’origine religieuse de la liberté confessionnelle en matière d’éducation sera reprise par les défenseurs du marché déréglementé, forçant la marchandisation de l’éducation ; une concurrence malsaine entre les écoles et le maintien d’un libre choix économique discriminatoire.

Cet important ouvrage, qui a reçu le prix Pierre-Vadeboncœur de la CSN en décembre dernier, expose une réalité injuste que vous ne verrez plus jamais de la même manière.

Pour emprunter : visiter PôleDoc CSN

Séparés mais égaux
Christophe Allaire Sévigny
Lux

À écouter : Distances sociales en balado
https://baladoquebec.ca/distances-sociales-carnet-dun-sociologue-ambulant

]]>
La sororité, sur tous les fronts https://www.csn.qc.ca/actualites/la-sororite-sur-tous-les-fronts/ Thu, 29 Jan 2026 17:25:29 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=111493 L’École féministe syndicale de la CSN lançait sa deuxième édition le 27 janvier dernier. Sous le thème Tant qu’il le faudra ! – qui trouve écho auprès des militantes depuis quelques années. Des dizaines de participantes se sont réunies pour traiter d’idées féministes de l’heure. Et les sujets ne manquaient pas cette année. Pendant deux jours, la CSN a accueilli un grand forum consacré aux droits des femmes à travers des ateliers collaboratifs et des conférences données par des expertes en la matière. Un espace de mentorat et de réseautage féministe toujours si pertinent, tant que l’égalité des genres demeurera un objectif à atteindre – ici comme ailleurs.

« Le mois de janvier n’est pas fini, qu’on dénombre déjà cinq féminicides au Québec. Je tiens à dédier la tenue de l’école à ces merveilleuses femmes qui ont perdu la vie, lance d’emblée la secrétaire générale de la CSN et responsable politique du comité confédéral de la condition féminine, Nathalie Arguin. Sans vouloir alourdir l’atmosphère en ouverture d’événement, je vous invite à vous lever et à clamer haut et fort so-so-so-sororité ! », scande Nathalie avec ses consœurs.

À l’École féministe de la CSN, les participantes ne chôment pas. Une multitude de sujets présentés en conférence résonnent auprès des militantes. De la division sexuelle du travail, à la dénonciation de l’antiféminisme, en passant par les risques psychosociaux de l’épuisement professionnel et par les menstruations et la ménopause en milieu de travail, le champ exploré par l’école se distingue par sa grande diversité.

Caroline Senneville, au lancement de l’événement, rappelle l’importance de la lutte féministe au cœur du mouvement CSN. « La rémunération des employées syndiquées a atteint 95,6 % de celles de leurs collègues masculins, près de cinq points de plus que pour l’ensemble des travailleuses. Les femmes, qu’elles soient syndiquées ou non, gagnent cependant toujours moins que leurs homologues masculins. Les acquis le sont jusqu’à tant qu’on nous les enlève », met en garde la présidente de la confédération.

À la deuxième journée, les membres avaient l’occasion de partager leurs idées et de consolider leurs militances syndicales dans les ateliers organisés par l’école. La grève comme objet d’émancipation, le continuum des violences envers les femmes et l’analyse différenciée selon les sexes en santé et sécurité du travail ont nourri les débats lors des laboratoires animés.

« Durant ces deux journées, j’ai vu des féministes qui se tiennent debout et qui déploieront divers projets pour améliorer les conditions de vie et d’emploi de toutes les membres. À la CSN, on a une force de mobilisation sans commune mesure. Nous ne baisserons jamais la garde et nous poursuivrons l’action collective pour une véritable égalité ! », clame Nathalie Arguin en mot de clôture.

]]>
Violence en milieu scolaire https://www.csn.qc.ca/actualites/violence-en-milieu-scolaire/ Thu, 29 Jan 2026 16:00:12 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=111478 Par Jean Grégoire

« Le jeune charge la technicienne en éducation spécialisée, la fait basculer et lui saute dessus jusqu’à ce qu’elle hurle de douleur. » « J’ai été frappée à l’œil et j’ai perdu la vue, je suis toujours suivie par un ophtalmologue, je vois flou. » « Coups de poings, morsures, claques au visage, coups de pied, insultes… j’ai craqué, je suis en arrêt de travail depuis plusieurs mois : stress post-traumatique dû aux agressions. » Ce ne sont là que quelques extraits des centaines d’histoires qu’a reçues le secteur du soutien scolaire de la Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN).

Ces cris du cœur collectés par la fédération font suite à l’annonce, en octobre 2025, des résultats d’un sondage sur les risques psychosociaux mené auprès de plus de 6 000 travailleuses et travailleurs du soutien scolaire. Les résultats sont troublants : 52 % disent avoir été victimes de violence physique directe. Si, dans la majorité des cas, on parle de cris avec colère (61 %) ou de langage grossier (62 %), on relève aussi des proportions alarmantes d’attaques avec objets (24 %), de conduites déplacées à caractère sexuel (propos 18 %, gestes 9 %) et même, dans 14 % des cas, de menaces de mort.

En marge du dévoilement de ces statistiques effarantes lors d’un colloque regroupant les syndicats, Annie Charland, présidente du secteur, ne mâche pas ses mots. « Ça n’a juste pas de sens qu’on tolère un tel niveau de violence. Et c’est pire qu’avant. On a sondé les membres avec les mêmes questions qu’avait posées l’Institut national de santé publique du Québec en 2022 et tous les chiffres sont plus élevés. Les membres sont à bout, on en a un sur quatre qui songe à quitter son emploi ! »

Forte d’une longue expérience syndicale, Annie témoigne sans hésitation de l’envergure de la crise. « Ce n’est pas mêlant, dénonce-t-elle, on n’a jamais vu ça. Plus de 60 % de notre monde rentre au travail malgré des problèmes de santé. L’appui des supérieurs est au plus bas et il n’y a aucune reconnaissance, ni pour le travail accompli ni de la violence qu’on subit. Le ministère de l’Éducation, les commissions scolaires et les centres de services doivent s’asseoir et trouver des solutions pour protéger la santé et la sécurité du personnel de soutien. »

« On l’a souvent répété et on sait que l’image est forte, conclut Annie, mais est-ce que ça prendra un mort pour que le gouvernement agisse ? On se le demande pour vrai. »

À la suite de son colloque, Cultiver le bien-être, prévenir les risques, le secteur du soutien scolaire de la FEESP–CSN a interpellé ses membres pour leur demander des exemples concrets et des histoires détaillées de la violence physique et psychologique qu’ils subissent au travail. La réponse a été vive : des centaines d’histoires ont rempli la boite courriel.

Voici quelques-uns de ces témoignages, de femmes et d’hommes qui travaillent dans le soutien scolaire. Notez que, pour protéger l’identité des membres, certains éléments ont été modifiés ou retirés.

Violence physique

Une technicienne en éducation spécialisée (TES) soutient une stagiaire. Elle amorce sa formation finale par une intervention de crise auprès d’un jeune de huit ans.

La TES empêche l’élève de faire du mal à la stagiaire en la relevant de ses fonctions, mais la situation se retourne contre la TES. L’enfant la charge, au point de la faire basculer sur le dos, et lui saute dessus jusqu’à ce qu’elle hurle de douleur. La TES s’est retrouvée aux travaux légers pour un mois et demi, à cause d’une entorse lombaire.

Blessures permanentes

« Je travaillais dans une école où un élève ramassait et lançait des chaises. Il renversait également les tables.

Dans la même classe, il y avait un autre élève qui piquait des crises, se jetait par terre et se cachait sous les meubles. Il frappait aussi. J’ai été frappée à l’œil et j’ai perdu la vue. Oui, je suis allée à l’hôpital et je suis toujours suivie par un ophtalmologue. Oui, ma vue s’est détériorée au fil des ans. Même avec des lunettes, ma vision est toujours floue. »

Surcharge et épuisement

« J’ai subi plusieurs agressions physiques et psychologiques de la part d’élèves en désorganisation. Coups de poing, morsures, claques au visage, coups de pied, insultes…

Ces élèves ont de grands besoins, qui ne sont malheureusement pas comblés, compte tenu du manque de ressources. J’ai demandé de l’aide à la direction à plusieurs reprises. J’ai verbalisé mon état de surcharge, de stress intense, d’hypervigilance constante. J’ai essayé de planifier une rencontre avec la direction, mais elle a dû être annulée.

Notre syndicat a identifié plusieurs situations à risque pour les employé-es de soutien comme moi. Des avis ont été envoyés au centre de services scolaire, mais rien de concret n’a été déployé afin de régler la situation. Notre syndicat a aussi déposé une plainte à la CNESST.

Moi, j’ai craqué… je suis en arrêt de travail depuis l’automne : stress post-traumatique dû aux agressions. Depuis plus de 15 ans, je suis éducatrice au service de garde et je n’ai jamais été aussi malheureuse au travail.

J’ai de grandes inquiétudes pour la sécurité et la santé de mes collègues et celles des enfants, alors que notre secteur est en crise. »

 

]]>
Le Jardin de Robi : des travailleuses déterminées ! https://www.csn.qc.ca/actualites/le-jardin-de-robi-des-travailleuses-determinees/ Thu, 22 Jan 2026 16:01:59 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=111288

Le 13 janvier, la vingtaine de travailleuses du Jardin de Robi, à Roberval, se sont toutes réunies sur la ligne de piquetage, rejointes par plusieurs allié-es des autres syndicats CSN de la région.

 

 

 

 

Le CPE Le Jardin de Robi est le seul de la région où la convention collective n’a pas encore été renouvelée. Au cœur du litige : l’entêtement patronal de la direction qui exige des éducatrices qu’elles renoncent à une demi-heure de diner rémunérée, laquelle est pourtant inscrite depuis plus de 40 ans au contrat de travail. L’employeur a refusé jusqu’à maintenant toutes les perches tendues par le syndicat pour reprendre la négociation. La dernière rencontre de négociation a eu lieu le 6 novembre.

Plus d’information sur le conflit : https://www.csn.qc.ca/actualites/lemployeur-multiplie-les-requetes-legales-au-lieu-de-negocier/

 

 

Marie-Ève Bouchard, secrétaire du syndicat et membre du comité de négociation.

« À la table de négo c’est très difficile. L’employeur est fermé. Il nous reprochait de manquer de transparence envers nos membres. Donc on a amené les travailleuses avec nous pour assister à la dernière séance de négociation, le 6 novembre. À ce moment les travailleuses ont pu constater que nous leur avions présenté un portrait exact de la situation. On a fait des propositions à l’employeur pour sortir de l’impasse, mais c’est au point mort depuis ce temps, car il exige que nous acceptions sa demande intégralement avant de revenir à la table de négociation. »

 

 

Marie-Michelle Fortin, éducatrice au Jardin de Robi

« Ça fait 20 ans que je travaille au Jardin de Robi. J’ai fait des remplacements dans des CPE où la pause n’est pas rémunérée. Ça paraît, une demi-heure de plus, sur ta journée. On travaille avec des humains qui sont comme ils sont. Des fois, ils sont plus tristes. Des fois, ils sont plus fatigués et on doit jongler avec ça, dans le bruit constant, toute la journée. Cette demi-heure nous permet de prendre une pause de cette réalité. On ne peut pas vraiment manger pendant qu’on a la responsabilité des enfants, il y a tellement d’action, on n’a pas le temps. Ils ont besoin de toute notre attention ! »

 

 

 

 

(Première photo) Des représentantes et représentants des travailleuses et travailleurs du réseau public de la santé et des services sociaux de la région, catégorie 3, sont venus témoigner de leur solidarité. « La solidarité c’est important. On se sent interpellés parce que c’est dans notre région. Il faut les soutenir. »

(Deuxième photo) Les salarié-es des Produits Gilbert, membres de la Fédération de l’industrie manufacturière–CSN, ont également tenu à saluer les travailleuses du Jardin de Robi. Ils ont eux-mêmes dû exercer la grève il y a quelques mois à peine.

(Troisième photo) Le président du syndicat de la catégorie 2, Olivier Côté, avait amené des cadeaux pour les grévistes.

 

Le moral est toujours bon

Le moral demeure élevé sur la ligne de piquetage bien que le conflit commence à peser lourd pour les travailleuses, en particulier sur leur budget familial. Trois travailleuses ont trouvé un autre emploi depuis le début du conflit.

 

Entre deux séances de piquetage, plusieurs travailleuses effectuent du bénévolat auprès d’organismes de Roberval. Lors du passage du Point syndical, des travailleuses s’affairaient à la numérisation et à l’archivage des dossiers des Grands frères et Grandes sœurs du Domaine-du-Roy.

 

« Ce que l’employeur cherche à faire depuis le début, c’est de casser le syndicat. C’est important de les appuyer parce qu’on se syndique pour avancer, pas pour reculer. On doit les soutenir jusqu’à ce qu’elles obtiennent un règlement satisfaisant. »

– Manon Tremblay, présidente du Conseil central Saguenay–Lac-Saint-Jean

 

 

 

 

Le conflit de travail dure depuis trois mois. La CSN vient de lancer un appel à la solidarité auprès de tous les syndicats afin de soutenir les éducatrices du Jardin de Robi pour qu’elles puissent tenir la minute de plus :

Soutenons les travailleuses du Jardin de Robi

]]>
La loi 14 ne passera pas la rampe des tribunaux – on vous explique pourquoi https://www.csn.qc.ca/actualites/la-loi-14-ne-passera-pas-la-rampe-des-tribunaux-on-vous-explique-pourquoi/ Thu, 11 Dec 2025 20:04:57 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=110517 Au lendemain de son entrée en vigueur, la CSN a déposé une demande de pourvoi en contrôle judiciaire qui vise à faire déclarer inapplicable, invalide et inopérante la Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out. Complètement en porte-à-faux du droit québécois, canadien et international, cette loi doit être déclarée inconstitutionnelle par la Cour supérieure, estime la CSN.

Le ministre Boulet l’admet d’emblée : sa nouvelle loi vise à élargir la notion de « services essentiels » afin que le Tribunal administratif du travail (TAT) s’éloigne d’une interprétation trop restrictive des limitations pouvant être apportées au droit de grève. « Il faut penser à de nouveaux critères de détermination de ce qui constitue un service à maintenir [lors d’un conflit de travail] », exprimait-il quelques semaines avant de déposer son projet de loi 89, sanctionné depuis comme loi 14.

Ces nouveaux critères, la loi 14 les définit ainsi : des services devront être « minimalement requis pour éviter que ne soit affectée de manière disproportionnée la sécurité sociale, économique ou environnementale, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité. »

Il s’agit d’un virage à 180 degrés, y compris pour Jean Boulet lui-même : en 2019, lors du dépôt de son projet de loi 33, rendu nécessaire pour corriger les balises au droit de grève du secteur public à la suite de l’arrêt Saskatchewan de la Cour suprême, le ministre du Travail avait à l’époque déclaré que seule « la protection de la santé ou de la sécurité publique » devait être retenue comme critère général acceptable pouvant entraver le droit de grève, dorénavant hissé au statut de droit fondamental.


Le ministre avait raison… en 2019

Car c’est bien de cela dont il s’agit, souligne à grands traits la contestation juridique de la CSN : non seulement l’arrêt Saskatchewan identifiait clairement les seules limites acceptables au droit de grève (la santé et la sécurité de la population ; une urgence nationale extrême ; ou encore à l’endroit de salariés de la fonction publique qui exercent un pouvoir au nom de l’État), celles-ci sont également reconnues par le droit international comme étant les seules restrictions admissibles.

Sur ce plan, le droit de grève constitue un droit fondamental au sens de la convention no 87 de l’Organisation internationale du travail, un traité ratifié par le Canada, stipule le pourvoi en contrôle judiciaire, qui rappelle que la Cour suprême a reconnu, à plusieurs reprises, l’importance de respecter le consensus international en matière de liberté syndicale.

En fonction du principe de présomption de conformité au droit international, le gouvernement du Québec ne peut se placer en contravention avec ses obligations à l’égard des autres États et des organisations internationales, rappelle la CSN dans son recours.

D’autant plus que la Cour suprême et le droit international reconnaissent que, lorsque des restrictions au droit de grève sont possibles en regard des trois critères mentionnés plus haut, les balises se doivent d’être serrées. Non seulement l’objectif (la santé ou la sécurité de la population, par exemple) doit être suffisamment important pour justifier l’atteinte à un droit fondamental, mais les moyens adoptés doivent être soigneusement conçus pour atteindre l’objectif en question. En ce sens, les mesures ne doivent être ni arbitraires, ni inéquitables, ni fondées sur des considérations irrationnelles. Et, si un tel lien rationnel entre l’objectif et les moyens existe, ces derniers doivent être choisis de façon à porter « le moins possible » atteinte au droit de grève.

À la lecture de cette loi qui vise à éviter que ne soit affectée « de manière disproportionnée la sécurité sociale, économique ou environnementale, notamment celle des personnes en situation de vulnérabilité », force est de constater que la loi s’appuie sur « une définition très large référant à des concepts encore plus larges et peu juridiques », pourfend le recours juridique de la CSN.

Mais d’ici à ce que cette loi soit invalidée, le TAT devra l’appliquer… et rendre des décisions qui sont contraires à la jurisprudence établie par l’arrêt Saskatchewan, s’inquiète la CSN.


Sur l’arbitrage de différends obligatoire

En plus des services minimalement requis pour assurer le bien-être de la population, un deuxième mécanisme de la loi 14 pourrait difficilement passer le test de la Cour suprême : le pouvoir que s’accorde le ministre de mettre fin à une grève, par simple décret, s’il estime que celle-ci « cause ou menace de causer un préjudice grave ou irréparable à la population ». Dans de telles situations, aux contours des plus flous, le ministre pourrait alors imposer un arbitrage pour se substituer à la négociation.

Qu’elle soit québécoise, canadienne ou internationale, la jurisprudence est claire : lorsqu’un droit fondamental est entravé, le mécanisme de rechange se doit d’être juste, adéquat, indépendant et impartial, précise le recours de la CSN. Ici, l’arbitrage n’est pas imposé par un tiers neutre et impartial, mais bien par un ministre dans l’exercice d’un « pouvoir discrétionnaire fort peu encadré » qui court-circuite les processus habituels et démocratiques d’adoption d’une loi.

Aux yeux de la jurisprudence, l’arbitrage obligatoire ne peut s’avérer un substitut valide puisqu’il « sera toujours à l’avantage de la partie patronale, il aura pour effet de briser tout le rapport de force d’un syndicat, l’empêchant d’obtenir des gains », précise le recours de la CSN en Cour supérieure.


Un effet paralysant sur toutes les négociations

L’impact de cette possibilité d’être visé par un décret créera un effet paralysant sur toutes les négociations : nombre de syndicats seront confrontés à la possibilité toujours latente de voir sa grève être complètement arrêtée. Une véritable épée de Damoclès pour les syndicats qui voudraient envisager la grève dans la construction de leur rapport de force.

Pour la CSN, la loi 14 constitue une politisation sans fin de l’exercice d’un droit fondamental, où les grèves les plus impopulaires seront jetées à la vindicte populaire.

Cette possibilité d’adopter un décret à tout moment introduit une grande part d’arbitraire dans le droit à la négociation collective, souligne le pourvoi en contrôle judiciaire.

Et l’indépendance des tribunaux, dans tout ça ? Qu’arrivera-t-il lorsque le ministre, insatisfait d’une décision du TAT sur les services essentiels, décidera d’assujettir le même syndicat aux services minimalement requis pour assurer le bien-être de la population ?

Pour la CSN, il s’agit clairement d’un « droit d’appel détourné dans les mains du ministre », qui risque de mettre à mal la stabilité des décisions du TAT.

]]>
Le gouvernement veut nous mettre sous tutelle avec son projet de loi 3 https://www.csn.qc.ca/actualites/le-gouvernement-veut-nous-mettre-sous-tutelle-avec-son-projet-de-loi-3/ Thu, 27 Nov 2025 20:00:34 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=109463 Le 25 novembre dernier, la CSN témoignait en commission parlementaire au sujet du projet de loi 3, sournoisement intitulée Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail.

La CSN réclame le retrait pur et simple du projet de loi. Pour la centrale syndicale, les mesures proposées par le ministre du Travail – à savoir la transparence, la gouvernance et le processus démocratique des syndicats qui la composent – sont, au mieux, déjà couvertes par les lois, les statuts et les règlements qui nous gouvernent ; au pire, elles contreviennent directement aux droits des travailleurs et des travailleurs tels que reconnus par nos chartes et nos plus hauts tribunaux et s’inscrivent dans un plan « d’affaiblissement des organisations qui sont en mesure de jouer un rôle de contre-pouvoir ».

Sur le caractère « facultatif » de certaines activités syndicales

Les conditions de travail et les conditions de vie des travailleuses et des travailleurs sont « indissociables », fait valoir la CSN, qui rappelle à juste titre que les lois régissant les associations de salarié-es prévoient que celles-ci poursuivent « le développement des intérêts économiques, sociaux et éducatifs » de leurs membres. La Cour suprême du Canada a d’ailleurs reconnu, à plus d’une reprise, la légitimité de l’action politique des syndicats tout comme leur contribution au débat politique et social.

Malgré cela, le gouvernement s’entête : certaines activités devraient être financées exclusivement par des cotisations dites facultatives. Parmi celles-ci, on retrouve :

  • La contestation d’une loi, d’un règlement, d’un décret ou d’un arrêté ministériel, que le litige touche ou non au droit du travail, la négociation ou l’application d’une convention collective
  • Les campagnes de publicité
  • Toute participation à un mouvement social

Pour ce qui est de la contestation d’une loi, la CSN rappelle que plusieurs législations en ont fait l’objet au fil des ans par les organisations syndicales : la Loi sur l’équité salariale, les lois restreignant le droit à la syndicalisation des ressources de type familial ou des responsables de services de garde, tout comme la loi 15 sur les régimes de retraite du secteur municipal. Toutes des lois qui avaient une incidence directe sur les conditions de travail des personnes concernées. « Il nous apparaît antidémocratique de limiter la portion des ressources des organisations de travailleurs qui pourront être consacrées à défendre des droits reconnus légalement ou constitutionnellement », souligne la CSN.

Limiter le recours à la publicité par les organisations syndicales viendrait brimer leur liberté d’expression et leur liberté d’association, défend le mémoire. Tout cela alors que les gouvernements et les entreprises privées dépensent sans compter en publicité.

Quant à la participation à un mouvement social, le mémoire présenté par la CSN est riche en rappels historiques : les premiers bureaux d’accès à l’emploi ont été créés dès 1921 par des syndicats catholiques. Les premières organisations en défense des consommateurs émanent du Service du budget familial de la CSN, pavant la voie à la création des premières associations coopératives d’économie familiale, les ACEF. En plus de revendiquer la construction de logements sociaux dès 1936, notre mouvement diffusa dès 1971 une proposition de projet de bail type – il faudra attendre 1996 afin qu’il devienne obligatoire au Québec. Le mémoire souligne également l’implication indéniable de la CSN dans la création du réseau des CPE et du Régime québécois d’assurance parentale.

Forcée de rappeler que la liberté d’association et la liberté d’expression des associations accréditées sont protégées par les chartes canadienne et québécoise, la CSN est d’avis que les activités énumérées ci-haut « sont essentielles à l’accomplissement des buts et des objectifs des syndicats et sont bien loin d’être facultatives […] Le droit de s’exprimer politiquement est un aspect fondamental à la liberté d’expression et requiert un haut degré de protection ».

Le projet de loi va plus loin : il impose que les cotisations facultatives soient soumises au vote secret de l’ensemble des salarié-es visés, même si certains ne sont pas membres du syndicat. Pour la CSN, « il s’agit d’une brèche majeure dans le principe mis de l’avant par la formule Rand voulant que ce ne soit que les membres du syndicat qui ont le pouvoir sur la régie interne de leur association. L’équilibre difficilement tracé par le juge Rand s’en trouve grandement fragilisé, ce qui n’est pas de bon augure pour la paix industrielle à moyen terme », précise le mémoire déposé cette semaine.

Sur les procédures de vote

Le projet de loi imposerait également de nouvelles contraintes en matière de vote secret portant sur les élections, la cotisation principale, le vote de grève et la signature de conventions collectives : qui devraient se dérouler sur une période de 24 heures.

Le mémoire présenté par la CSN illustre l’ensemble des complications inutiles et des coûts supplémentaires engendrés : les membres devront-ils revenir 23 heures plus tard pour reprendre leurs délibérations ? Par qui seront surveillées les boites de scrutin scellées ? Les employeurs accepteront-ils de libérer ces personnes si longtemps ?

« Le gouvernement ne semble pas comprendre comment fonctionne une assemblée générale lorsqu’un vote à scrutin secret y est tenu », martèle la CSN.

De tels votes devront être précédés par la transmission d’avis à tous les salarié-es, dicte le projet de loi. Si les syndicats tiennent à jour les coordonnées de leurs membres, il en va autrement des employé-es qui n’ont jamais voulu y adhérer. « Comment un syndicat pourra-t-il s’assurer de rejoindre des salarié-es dont il n’a pas les coordonnées ? Le gouvernement envisage-t-il d’obliger les employeurs à fournir au syndicat l’ensemble des informations requises ? », s’interroge la CSN dans son mémoire.

« La vérité est que ce projet de loi est hypocritement présenté comme de simples mesures d’encadrement des pratiques syndicales alors qu’il s’agit d’une frappe planifiée et mesurée qui s’inscrit dans un programme gradualiste et réfléchi de neutralisation des syndicats. L’objectif réel de ce projet de loi est de limiter le plus possible la fonction de contre-pouvoir et la capacité d’action collective des syndicats au Québec », conclut le mémoire présenté par la CSN au sujet du projet de loi 3.

Pour consulter le mémoire, visiter le :
https://www.csn.qc.ca/wp-content/uploads/2025/11/20251121_memoire_pl-3-1.pdf

]]>
Faux médias: les vampires de l’information https://www.csn.qc.ca/actualites/les-vampires-de-linformation/ Thu, 27 Nov 2025 15:08:28 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=109458 « L’exemple du Journal de Sherbrooke est très préoccupant : on y trouvait le nom et la photo à peine modifiée, probablement par l’IA, d’un journaliste de La Tribune Tommy Brochu, qui devenait Tommy Brodeur sur le média généré par l’IA. Un journaliste qui n’existe pas.

« Pire encore, dans l’article également généré par IA, on trouvait des citations recomposées des autres médias qui avaient eux-mêmes mené les entrevues. Or, ça contrevient clairement à l’éthique journalistique, de citer quelqu’un à qui l’on n’a jamais parlé », affirme le président du Syndicat unifié de la presse écrite régionale (SUPER–CSN), Olivier Bossé.

La présidente de la FNCC, Annick Charette, s’interroge également sur les enjeux éthiques : « Ces faux médias ne sont pas soumis à l’obligation professionnelle de la vérification des faits. L’IA n’est pas capable de faire un pas de côté ni de regarder un problème sous tous les angles. Elle n’a pas la dissidence que peut avoir la pensée humaine face à ce qui apparaît comme un consensus. »

« Nos membres sont soumis à un code de déontologie et à des règles d’éthique inscrites dans nos conventions collectives et reconnues par le Conseil de presse du Québec. De nature à ne pas tromper le public, le travail de nos membres se veut conforme aux faits. »

Et les revenus publicitaires

« C’est clairement de l’avenir de l’information dans sa forme actuelle dont il est question. L’information juste qui suit la déontologie de notre profession a besoin d’une source de financement stable et pérenne. Or, ces “ médias ” vont bien évidemment chercher à récolter des revenus tirés des annonceurs qui ont déjà fondu comme neige au soleil à cause des GAFAM, ce qui privera davantage les vrais médias de ces sommes essentielles à leurs activités », ajoute Olivier Bossé.

« Les géants du web ont déjà accaparé 80 % du marché publicitaire. On voit maintenant apparaître ces petits joueurs sans vergogne utiliser le travail de nos membres pour voler des revenus publicitaires à leur employeur », ajoute Annick Charette.

La FNCC ne restera pas là sans broncher, car des solutions existent. Elle souhaite entre autres que les gouvernements ne placent aucune publicité dans ces « journaux » et qu’ils soient identifiés comme n’étant pas des médias d’information. Il faut que les publicitaires sachent où ils mettent leur argent.

La fédération demande également que ces faux médias soient retirés des plateformes de Meta, comme c’est le cas pour les vrais médias. En 2023, Meta a retiré les nouvelles canadiennes de ses plateformes Facebook et Instagram, en réponse au projet de loi C-18 qui demandait aux géants du web de verser une compensation financière aux médias pour l’utilisation de leur contenu.

]]>
Dans les coulisses du procès d’Amazon https://www.csn.qc.ca/actualites/dans-les-coulisses-du-proces-damazon/ Thu, 20 Nov 2025 16:30:48 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=109363 Le 22 avril 2024, le jour même où Amazon apprend qu’un de ses entrepôts vient de se syndiquer, Jasmin Begagic prend l’avion pour Montréal. En plus de visiter l’entrepôt DXT4 visé par la requête, le président d’Amazon Canada Fulfillment Services (ACFS, l’une des multiples filiales internes d’Amazon) ordonnera trois jours plus tard la « suspension temporaire » du mystérieux entrepôt DYT4, à peine 36 heures après son ouverture.

Ce tout nouveau centre de distribution, sur l’avenue Francis-Hughes à Laval, devait être en mesure de traiter 114 000 paquets par jour. À lui seul, le volume envisagé pour DYT4 rivaliserait avec celui traité conjointement par trois autres entrepôts réservés à la livraison du « dernier mile » propre au modèle Amazon : DXT4 et DXT5, tous deux situés à Laval, et DXT6 à Lachine.

Un véritable « vaisseau amiral », selon les termes utilisés à maintes reprises par Jasmin Begagic lui-même devant la juge Irène Zaïkoff, dans le cadre des audiences du procès d’Amazon qui se tient au Tribunal administratif du travail.

Mais pourquoi donc avoir ordonné la suspension de ce tout nouveau centre de distribution, dont l’ouverture était reportée depuis 2022 ?

Jasmin Begagic prétend que c’est en raison de « sérieuses défaillances » en matière de sécurité : un électricien qui s’électrocute, des planchers non conformes, une signalisation en anglais seulement, entre autres considérations.

Questionné par les avocates de la CSN, Jasmin Begagic a admis en cour que l’établissement DYT4 avait pourtant passé l’évaluation de conformité requise par la procédure interne d’Amazon. Mais il ajoute du même souffle qu’il n’avait pas pu participer à l’audit en question et que, s’il avait été présent, jamais il n’aurait autorisé sa mise en fonction le 24 avril 2024.


La matrice a flanché

Amazon ne pouvait pas savoir que plusieurs des employé-es du « vaisseau amiral », au moment de leur transfert, avaient probablement signé une carte CSN. Certes, M. Begagic reconnaît que plusieurs d’entre eux avaient été recrutés, en raison de sa proximité géographique, à l’entrepôt à DXT4, au moment même où une campagne de syndicalisation y était secrètement menée.

Quand on le questionne sur la façon dont il a appris la nouvelle de la syndicalisation du premier entrepôt d’Amazon au Canada, Jasmin Begagic reconnaît qu’Amazon s’est fait prendre par surprise : la « matrice » utilisée par Amazon pour calculer « l’état de satisfaction des associé-es » n’avait pas activé de voyants rouges alertant l’état-major d’une syndicalisation potentielle des employé-es de DXT4, même si une campagne avait été menée par la CSN dans d’autres entrepôts d’Amazon.

« I think it was a defeat », a laissé tomber Jasmin Begagic au tribunal.

Ce dernier se défend d’être le grand patron d’Amazon au Canada. Président d’Amazon Canada Fulfillment Services, il ne supervise que l’aspect « centres de distribution » des opérations de la multinationale, qui comprend de multiples divisions : Amazon Logistics, Amazon Transport, Real Estate, Construction, Employees Relations, Human Resources, Legal, Finance, etc.

Jasmin Begagic ignore qui a pris la décision de fermer les entrepôts du Québec. Il en a été informé par son supérieur immédiat basé au Tennessee, David Alperson, vice-président Amérique du Nord d’Amazon Logistics.

Il reconnaît néanmoins avoir fait partie du comité de travail qui, à peine six mois après la syndicalisation d’un premier entrepôt au Canada, recommandera de fermer tous les centres de distribution situés au Québec.


Quand tout fermer devient la solution à un problème de volume

C’est sur une base « strictement économique » que cette recommandation a été faite à la direction d’Amazon aux États-Unis, a affirmé sous serment M. Begagic.

La fermeture inopinée du vaisseau amiral lui posait un réel problème : comment allait-il absorber le volume que DYT4 aurait traité alors que DXT4, DXT5 et DXT6 fonctionnaient aux limites de leurs capacités ? D’autant plus que les soldes de la période Prime de juillet arrivaient à grands pas…

Afin de trouver une solution, le comité « Volume Solve » fut mis en place. Selon son témoignage, Jasmin Begagic n’était qu’un joueur autour de la table, participant aux réunions quand cela lui était possible, mais sans en être celui qui les convoquait.

Pendant que le comité évalue ses options, des sous-traitants sont mis à contribution : Purolator, Intelcom et d’autres joueurs assumeront temporairement une partie des opérations.

En fait, elles le faisaient déjà : ces entreprises figuraient parmi les nombreux « tiers » qui s’occupaient d’une part importante de la livraison à domicile des colis d’Amazon, et ce, depuis son implantation au Québec.

On ignore à quel moment le comité « Volume Solve » est devenu le « Project Maple », nouvelle appellation de l’équipe maintenant chargée de trouver une solution à long terme pour les livraisons d’Amazon au Québec.

Ce qu’on sait toutefois, c’est que les travaux de ce comité auraient subitement permis à Amazon de réaliser qu’en fermant ses entrepôts et en transférant toutes ses opérations à des tiers, la multinationale pouvait réaliser des économies de 16,4 millions par année.

À plusieurs reprises depuis le début des audiences du procès d’Amazon, les avocates de la CSN ont demandé à Jasmin Begagic de détailler le suivi qu’il a effectué pour s’enquérir des travaux qui auraient permis de mettre le « vaisseau amiral » à niveau en matière de sécurité. « Quand on laisse sa voiture au garage pour la faire réparer et qu’on n’a pas de nouvelles, on appelle pour s’informer de l’état des réparations, non ? », ont tour à tour demandé la partie demanderesse et la juge Zaïkoff.

De son propre aveu, jamais M. Begagic ne s’est informé ni des travaux en cours ni d’une date où le vaisseau amiral aurait pu être remis en service.

Le 22 janvier 2025, Amazon annonçait la fermeture de tous ses entrepôts situés au Québec, mettant à pied 1700 employé-es et provoquant plus de 4500 pertes d’emplois.

]]>
La vérité derrière les grèves à la STM  https://www.csn.qc.ca/actualites/la-verite-derriere-les-greves-a-la-stm/ Thu, 20 Nov 2025 15:14:04 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=109361 Depuis le début des grèves du transport en commun, l’idée que les travailleuses et travailleurs du secteur se plaignent le ventre plein gagne en popularité. Leurs conditions de travail ne seraient « pas assez mauvaises » pour justifier la grève, peut-on lire dans plusieurs médias.  

Quand on y regarde de plus près, les employé-es de l’entretien représentés par la CSN ont de bonnes conditions de travail, qui se situent dans « les comparables ». Ces conditions d’emploi sont le fruit des luttes syndicales menées au fil des années. 

« Bien sûr, on peut être fiers de nos conditions qu’on a acquises en se mobilisant. Mais comme tout le monde, on a souffert de l’inflation des dernières années. On a le droit de vouloir que nos conditions demeurent satisfaisantes. Les stations de métro et les autobus vieillissent et nous devons continuer d’avoir les moyens de bien les entretenir », exprime Bruno Jeannotte, président du Syndicat du transport de Montréal–CSN, avant d’expliquer que le syndicat se mobilise également contre la sous-traitance et la perte d’expertise interne qu’elle entrainerait. 

Le président se surprend également de l’intérêt soudain du gouvernement pour le transport en commun. Récemment, le ministre Boulet a insisté sur le caractère essentiel du travail des salarié-es de la STM : « Le transport collectif n’est pas assez essentiel pour le financer adéquatement, mais il le devient lorsque les syndicats brandissent leur droit de grève lors des négociations », dénonce le président du syndicat. 

Dans les dernières semaines, les dirigeants du Conseil du patronat du Québec, de la Fédération des chambres de commerce du Québec et de l’Association hôtelière du Grand Montréal réclamaient à grands cris au ministre du Travail d’intervenir avec une loi spéciale. Pourquoi? « Ils ont beau laisser croire qu’ils ont à cœur le sort des plus vulnérables, en réalité ils n’en ont que pour leurs profits. Si le bien-être de la population leur importe, pourquoi ne réclament-ils pas un meilleur financement du transport collectif? », demande le président du Conseil central du Montréal métropolitain–CSN, Bertrand Guibord.  

« Les usagères et les usagers de la STM vivent de plein fouet les impacts de la grève du transport en commun, c’est vrai. Mais leurs ennemis ne sont pas les mécaniciens et les électriciens qui tentent de maintenir de bonnes conditions de travail. Les vrais responsables, ce sont ceux qui sous-financent le transport collectif depuis trop longtemps, explique la présidente de la CSN, Caroline Senneville. 

« La rémunération des grands patrons s’envole pendant que les travailleurs et les travailleuses ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Le patronat a-t-il intérêt à voir les travailleurs s’entredéchirer? À ce qu’on affaiblisse le droit de grève à coup de loi spéciale et de réforme étiolant le rapport de force des syndiqué-es? », se questionne-t-elle.  

]]>
Faire front contre les attaques de la CAQ https://www.csn.qc.ca/actualites/faire-front-contre-les-attaques-de-la-caq/ Thu, 02 Oct 2025 18:16:07 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=108061 Charcutage de la fonction publique, énième régime minceur imposé aux réseaux de santé et d’éducation, ingérence dans la démocratie syndicale, réduction des mesures environnementales afin d’accélérer les projets économiques, réduction « inévitable » du filet social en raison de « l’explosion de l’immigration » : visiblement, le premier ministre Legault entend revenir aux origines idéologiques de l’ADQ pour sa dernière année de mandat, déterminé à jouer le tout pour le tout afin de renverser la chute libre constatée dans les intentions de vote.

L’ambiance était à la riposte et à la combativité cette semaine à Laval, alors que près de 250 délégué-es et salarié-es prenaient part au conseil confédéral de la CSN. Les délégué-es n’ont certes pas oublié les reculs majeurs envisagés depuis l’adoption du projet de loi 89, qui entrera en vigueur le 30 novembre prochain.

« On n’était pas paranos : on le sait très bien que les employeurs vont s’assoir sur leurs mains aux tables de négociation, sachant que le ministre pourra en tout temps interrompre une grève pour imposer l’arbitrage », a affirmé Caroline Senneville dans son discours d’ouverture.

« Ce qui se passe présentement à la STM nous le prouve : l’employeur reste campé sur ses positions », attendant que le climat social se dégrade pour forcer Québec à agir.

Malheureusement, le gouvernement n’entend pas en rester là. Alors qu’une nouvelle session parlementaire s’ouvrait à Québec mardi, le gouvernement a annoncé son intention de rappeler le projet de loi 101 (qui vise à soustraire les secteurs de l’éducation et de la santé et des services sociaux des mécanismes de prévention pourtant prévus à la réforme Boulet en santé et sécurité du travail) et de déposer au cours des prochaines semaines un nouveau projet de loi visant à forcer les organisations syndicales à dévoiler leurs états financiers vérifiés – ce que la CSN fait depuis des lustres – et à rendre « facultatives » le paiement de cotisations syndicales destinées à autre chose que le strict champ de la négociation des conditions de travail.

« Quand la CSN se rend en Cour suprême pour obtenir justice en matière d’équité salariale, ce n’est pas en lien avec nos conditions de travail ? Quand la CSN appuie le Centre des travailleuses et travailleurs immigrants ou l’Union des travailleurs accidentés ou malades, quand on appuie des groupes communautaires qui viennent en aide aux travailleurs non syndiqués, on n’intervient pas pour les conditions de travail du monde ? », a illustré Caroline Senneville pour pourfendre l’intention du ministre Boulet d’ainsi compartimenter l’action syndicale.

En agissant ainsi, le gouvernement use d’un discours qui « crée le cynisme, le désabusement et… la recherche de solutions radicales », a renchéri la présidente de la CSN, non sans faire un lien avec le populisme dévastateur qui sévit au sud de la frontière.

Faire front

Devant de telles attaques, qui s’ajoutent aux politiques d’austérité mises en œuvre par ce gouvernement, la CSN ne peut rester les bras croisés. C’est pourquoi la campagne Faire front se déploiera au cours des prochains mois.

Le plan d’action adopté par les délégué-es du conseil confédéral sera articulé sur trois axes : protéger nos droits syndicaux de la charge menée par le gouvernement de la CAQ ; préserver nos acquis sociaux en défendant la mission de l’État, notamment en matière d’éducation, de santé et de services sociaux ; s’attaquer aux défis de la crise climatique en rendant possible une transition juste pour créer des emplois d’avenir.

Un grand rendez-vous a été lancé pour le 29 novembre prochain : à la veille de l’entrée en vigueur des restrictions au droit de grève imposées par le gouvernement de la CAQ, une grande manifestation aura lieu dans les rues de Montréal, en alliance avec l’ensemble des autres organisations syndicales, pour envoyer un message clair à ce gouvernement. Ce n’est pas vrai que les travailleuses et les travailleurs laisseront leur rapport de force s’amenuiser et leurs conditions de travail reculer en raison d’un parti politique qui, sans appui de la population, a perdu toute crédibilité pour entreprendre de tels changements dans l’équilibre des relations de travail au Québec.

]]>
Autopsie d’une grève imminente https://www.csn.qc.ca/actualites/autopsie-dune-greve-imminente/ Tue, 14 Nov 2023 00:47:36 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=92895 Voilà un peu plus d’un an déjà, le Front commun et ses organisations membres déposaient leurs demandes aux différentes tables de négociation en vue du renouvellement des conventions collectives du secteur public. Devant l’inflexibilité du gouvernement depuis ce dépôt, la grève se pointe maintenant le bout du nez.

Des demandes qui sont souvent des solutions à des problèmes vécus depuis longtemps sur le terrain, dans les établissements de santé et de services sociaux, dans les écoles et dans les collèges. Les solutions n’ont aucun impact si elles sont proposées à un gouvernement qui, dans ses meilleures semaines, se contente d’observer la chute de nos réseaux publics. « On fait quoi avec un gouvernement qui nous prend de haut comme ça, qui refuse d’écouter ? ». Une question lancée par François Enault, 1er vice-président de la CSN et responsable de la négociation du secteur public, à laquelle il s’empresse de répondre : « On l’oblige à bouger, on lui montre toute l’ampleur de la force de frappe des 420 000 travailleuses et travailleurs du secteur public ».

Celles et ceux qui aident ont besoin d’aide

À compter de mars 2020, les services publics ont été propulsés malgré eux au-devant d’une crise sanitaire sans précédent. « Au cœur de la crise, le Québec a réalisé toute l’importance qu’ont nos services publics. Des “ anges gardiens”, voilà ce qu’on a dit des femmes et des hommes qui ont tenu le Québec à bout de bras », rappelle François Enault. « Si la population s’en souvient et en est encore reconnaissante, M. Legault et la CAQ ont rapidement oublié tout le travail accompli quand est venu le temps de discuter des améliorations à apporter aux conditions de travail et au salaire de ces centaines de milliers de personnes », poursuit-il.

Des solutions sur la table depuis un an déjà

Le 28 octobre 2022, plus de 2000 membres étaient venus accompagner les porte-paroles du Front commun au dépôt des demandes syndicales. « Dès cet instant, on sentait déjà la grogne », indique François Enault. « Deux mille personnes à l’étape du dépôt, c’est un signe clair, mais le gouvernement ne l’a pas entendu et, un an plus tard, il ne l’entend toujours pas ».

Alors que la crise sanitaire a exacerbé les enjeux et les défis qui touchent les salarié-es des réseaux publics, il aurait été normal de s’attendre à ce qu’au moins quelques-unes des solutions proposées soient accueillies avec bienveillance, sinon avec un peu d’écoute. « C’est insultant ! La partie patronale est au courant des problèmes, tout le monde connaît les problèmes, on en parle dans les médias chaque semaine », s’insurge François Enault, « mais quand les gens sur le terrain proposent des solutions, les patrons font la sourde oreille ».

Des dépôts patronaux qui frisent le ridicule

À la fin de décembre 2022, la présidente du Conseil du trésor, Sonia Lebel, et les comités patronaux de négociations présentaient leurs « offres » aux syndicats. Alors que les salarié-es réclament des augmentations importantes et justifiées, ainsi qu’un mécanisme pour les protéger face à une inflation hors de contrôle, le gouvernement répond maintenant par une offre de 10,3 % sur cinq ans, sous ses propres prévisions d’inflation et des attaques au régime de retraite. Là où les employé-es réclament des améliorations à leurs conditions de travail comme des outils pour contrer la surcharge et l’épuisement professionnel, et des améliorations à la conciliation famille-travail-études-vie personnelle, les employeurs répondent par des demandes de « souplesse », la possibilité de refuser plus facilement les congés, des horaires de travail plus longs, etc. François Enault est clair « c’était injurieux au moment du dépôt. Après un an sans mouvement significatif, je ne pense pas trouver de mots assez polis pour décrire la situation. Il ne reste qu’une solution pour faire comprendre au gouvernement le sérieux de nos demandes. »

]]>
Voyage au pays des essentiels https://www.csn.qc.ca/actualites/voyage-au-pays-des-essentiels/ Tue, 14 Nov 2023 00:16:48 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=92904 On les surnomme avec raison les « essentiels ». Ils sont partout. Que deviendraient sans eux nos services de santé, nos entreprises ou nos récoltes ? Ces personnes venues d’ailleurs apportent des savoirs indispensables. Sans elles, la société québécoise tournerait au ralenti. Depuis plusieurs années, la CSN a choisi de les accueillir, de faciliter leur intégration et de leur offrir des conditions de travail égales aux nôtres. Le défi est de taille, les embûches ne manquent pas, mais chaque jour nos syndicats font preuve d’une ouverture et d’une générosité remarquables. Portrait d’un syndicalisme inclusif.

Chez Beauce-Atlas de Sainte-Marie, une entreprise de charpente métallique, près de 30 % des employé-es sont des travailleurs étrangers temporaires, originaires des Philippines.

Comme quarante-cinq de ses camarades philippins, Ryan Mance est maintenant bien établi à Sainte-Marie avec sa femme et ses trois enfants. Le petit dernier est même né ici. Sans l’aide du syndicat, des collègues et des gens de la communauté, il affirme que rien de tout cela n’aurait été possible : « Nous avons eu beaucoup d’aide et j’ai réussi à développer mes compétences de machiniste. Ç’a été une opportunité de vivre une meilleure vie pour moi et ma famille. Je veux absolument obtenir mon statut de travailleur permanent et de citoyen canadien, je veux demeurer au Canada ». Comme la majorité des travailleurs étrangers temporaires, Ryan devra débourser des montants importants, faire preuve de patience et surtout maîtriser le français, qui est une troisième langue pour lui et ses collègues.

Son ami Wennie Varga, 38 ans, est devenu, lui, opérateur de pont roulant chez Beauce-
Atlas. Et comme il travaille à l’extérieur, il a dû s’adapter au grand froid. Depuis février dernier, sa famille est ici avec lui et il se sent en sécurité parmi nous. « Les gens de la communauté nous ont beaucoup aidés, l’accueil a été très bon, je ne regrette pas mon choix, j’aime la vie ici au Canada », affirme Wennie.

Parfois, l’arrivée massive de travailleurs étrangers donne lieu à des manifestations de racisme en milieu de travail. Chez Beauce-Atlas, la vigilance du syndicat et de l’employeur a permis de révéler les comportements déplacés d’un contremaître et de mettre en place une formation interculturelle obligatoire pour tous les employés de l’usine. Cette formation, payée par l’employeur, était destinée à briser les tabous et à apprendre aux gens à mieux se connaître, nous dit le directeur de production de l’usine, Patrice Fillion : « Certaines personnes disaient “ils viennent voler nos jobs”. Nous, on dit, ils sont là pour nous aider à maintenir la production. Il fallait changer les mentalités et je pense que ça a bien fonctionné. Il faut que les gens comprennent que ces immigrants-là font de méchants sacrifices pour arriver ici. C’est le message qu’on voulait lancer ». Et le message a été entendu comme en témoigne Doris Marcoux, trésorière du STT Beauce-Atlas : « Moi, je vois la différence. Il y a certains de mes collègues qui ont changé de comportement depuis la formation. Les mots racistes, c’est terminé. Il y a beaucoup de choses qui ont changé. C’est important que chacun comprenne vraiment la réalité de l’autre ».

Depuis 2019, ces « nouveaux Beaucerons » assurent le salut et l’avenir de l’entreprise. Car sans eux, nous dit Patrice Fillion, l’usine tournerait au ralenti : « Pour nous, ces gens sont vraiment essentiels, je ne sais pas ce qu’on ferait s’ils n’étaient pas là. Si on veut continuer à opérer, on a vraiment besoin d’eux ».

Pour garder ces travailleurs, l’employeur a dû faire preuve de souplesse, car le syndicat était bien déterminé à bonifier les conditions de travail de ces nouveaux employés qui disposent, par ailleurs, des mêmes droits et obligations que leurs collègues. Au chapitre des congés, les travailleurs philippins peuvent maintenant amasser une banque d’heures supplémentaires de six semaines qui leur permet, tous les deux ans, d’aller visiter leur famille demeurée là-bas.

Autres initiatives syndicales : le conseiller au dossier est bilingue et les assemblées se déroulent dans les deux langues. De plus, la convention collective est traduite en anglais et les titres d’emplois ont été modifiés pour permettre aux travailleurs étrangers temporaires de garder leur poste et de se conformer aux exigences très pointues d’immigration Canada.

Au fil des ans, les travailleurs philippins sont devenus de « vrais Beaucerons », accent local en moins. Leur intégration est un succès. On apprécie leur ardeur au travail et en prime, leur sourire. Pour Doris Marcoux, les travailleurs philippins sont plus que des collègues de travail : « On fait des sorties en dehors de l’usine, on fait du sport ensemble, ils sont devenus mes amis ».

Les Viandes du Breton, un modèle d’intégration

Les Viandes du Breton de Rivière-du-Loup accueille aujourd’hui au-delà de deux cents travailleurs guatémaltèques, algériens, marocains et tunisiens. C’est presque la moitié des effectifs de l’usine.

Nelson Geovany Par Costop est arrivé du Guatemala en 2017. Fuyant une situation économique très difficile, ce père de trois enfants a fait le choix du Canada, mais sa famille et ses amis sont restés au pays. Comme ses collègues travailleurs étrangers temporaires, il travaille fort, expédie pratiquement tout son argent dans son pays d’origine et profite des excellentes conditions de travail obtenues par son syndicat : « Notre convention collective est traduite en espagnol, le syndicat a beaucoup fait pour nous, nos assemblées syndicales se font en espagnol et notre représentant syndical Tony nous aide beaucoup. Notre convention prévoit mille dollars par année travaillée pour payer notre billet d’avion et aussi deux cent cinquante dollars comme argent de poche pour le transport vers l’aéroport et vers notre maison au Guatemala ». Au-delà des efforts consentis aux travailleurs étrangers temporaires comme lui, Nelson apprécie l’accueil des Québécois : « Les gens ici sont très gentils, ils nous ont bien accueillis et sont très fraternels. Pour moi c’est très positif. C’est une nouvelle culture, un nouveau pays. Nous sommes cinquante Guatémaltèques, on se visite, on a des vélos ». Il aime le Québec, mais son « cœur » est encore au Guatemala, contrairement à plusieurs de ses collègues, il ne se sent pas encore prêt à immigrer définitivement au Canada.

La liste des avantages négociés par le syndicat des Viandes du Breton pour ses travailleurs étrangers temporaires est particulièrement bien garnie. Elle comprend aussi l’accès à un service internet de qualité qui leur permet de communiquer avec leurs familles. L’employeur fournit également le logement (il a fait construire des duplex pour les héberger) et le transport, notamment pour aller suivre des cours de français pour lesquels ces travailleurs sont rémunérés à « temps simple ».

Mais tous ces avantages consentis aux travailleurs étrangers ne sont pas sans faire sourciller certains employés québécois, nous dit le président du syndicat Tommy Lizotte : « Des fois, les collègues trouvent que c’est deux poids deux mesures à l’égard des travailleurs étrangers, mais il faut leur laisser le temps de s’intégrer. Ils sont ici pour travailler. C’est normal de se faire aider quand on n’est pas dans son pays. Pour faire fonctionner l’usine à 100 %, ils sont essentiels, c’est certain. Avant leur arrivée, on devait faire beaucoup d’heures supplémentaires et des gens devaient occuper deux postes par manque de personnel. Maintenant c’est plus facile, ça donne du répit aux travailleurs et ça fait l’affaire de l’entreprise. »

Mansour Mansouri, lui, est tunisien. Arrivé chez Les Viandes du Breton il y a un an et demi, il a pu s’intégrer rapidement, en raison de sa langue maternelle, le français : « Ça a été facile pour moi de communiquer avec mes collègues, donc l’intégration s’est bien passée. Je suis célibataire et je veux construire ma vie ici. La qualité de vie est très bonne, j’ai acheté mon char, j’ai mon salaire, j’ai des ami-es québécois, je veux devenir citoyen canadien. Ici avec le syndicat, ce n’est pas compliqué. Tu demandes une chose et tu as la réponse rapidement. »

]]>
Santé : cessera-t-on de centraliser et de privatiser ? https://www.csn.qc.ca/actualites/sante-cessera-t-on-de-centraliser-et-de-privatiser/ Tue, 14 Nov 2023 00:05:06 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=92923 Après Couillard et Barrette, la réforme du réseau de la santé et des services sociaux concoctée par le ministre Dubé, qui s’incarne notamment dans le projet de loi 15, va complètement centraliser le réseau dans une seule agence nationale !

Une autre conséquence moins en évidence de cette réforme sera de placer le réseau public en concurrence plus constante avec le privé. Ce faisant, on risque fort d’assister à une croissance de la part des services assurés par le secteur privé, dont les trois nouveaux mini-hôpitaux annoncés par le ministre. Même si la majorité des services est encore aujourd’hui couverte par notre carte d’assurance maladie, nous payerons collectivement la facture supplémentaire qui viendra du privé, un peu comme la télémédecine offerte par certaines assurances collectives privées.

Le gouvernement et les partis d’opposition discutent encore des amendements possibles à faire au projet de loi. Malgré certaines modifications, la CSN estime toujours que ce projet de loi ne s’attaque pas aux racines du problème du réseau, soit la difficulté d’accès aux soins et services. Si le gouvernement avait consulté et tenu compte des demandes des citoyennes et des citoyens et de l’expérience des gens sur le terrain, le ministre Dubé aurait laissé tomber le recours à des services coûteux du privé et se serait plutôt intéressé à améliorer le réseau public en décentralisant les services afin de mieux répondre aux besoins de chacune des régions du Québec et des acteurs du réseau de la santé et des services sociaux. En Suède par exemple, le système de santé est principalement géré par les 21 régions du pays et mise beaucoup sur les soins ambulatoires plutôt que sur le nombre de lits dans le réseau. Or, ce pays réussit à respecter des délais rapprochés pour l’accès aux soins, dont les opérations ou les traitements appropriés qui se font dans les 90 jours.1 Ce pays réussit ce tour de force en utilisant significativement moins le privé que le Québec !

L’accès, pas la centralisation

Selon un sondage SOM dévoilé le 11 septembre dernier, l’amélioration de l’accès au système de santé est la priorité au Québec, avec 40 % des répondantes et répondants qui classent ce problème au sommet de leurs préoccupations. Malgré l’expérience traumatisante de la pandémie et après cinq ans au pouvoir, le gouvernement actuel n’a pas plus corrigé le tir que les précédents. Pire, le projet de loi 15 ne résout pas le problème d’accès, il risque même de l’empirer en diminuant le nombre de leviers régionaux.

Le projet de loi 15 du ministre Christian Dubé a été vendu sur la place publique comme une nécessité pour améliorer l’efficacité du réseau. Tout le monde s’entend là-dessus : il faut faire quelque chose. Or, le problème d’accès est en partie lié à celui du manque de main-d’œuvre. Il faudrait donc d’abord agir vigoureusement pour devenir un employeur de choix et ainsi faciliter l’embauche et la rétention du personnel.

La présentation de la réforme Dubé misait sur des mots avec lesquels il est difficile d’être en désaccord : efficacité et décentralisation. Mais au-delà des mots, où sont les mesures qui vont réellement en ce sens et qui règlent les problèmes constatés sur le terrain ? La création de l’agence Santé Québec sera, au contraire, une forme de centralisation. Remonter à Québec pour prendre certaines décisions risque souvent d’être encore moins efficace que dans les mégastructures actuelles que sont les CISSS. Imaginez des relations de travail à Québec lorsque l’on habite le Saguenay ou l’Abitibi ! Tout ça pour donner l’impression au gouvernement qu’un seul organisme peut tout contrôler. Si cette stratégie fonctionnait, la réforme Barrette aurait été un franc succès ! L’agence Santé Québec aura aussi comme effet collatéral d’éloigner la responsabilité des échecs de la cour du ministre. Ce dernier pourra en effet renvoyer les plaintes à l’agence.

Le leitmotiv de l’efficacité pourrait par ailleurs mener à des décisions qui manquent d’humanité. La mission de productivité de l’agence Santé Québec et la reddition de compte qui l’accompagnera vont se concentrer sur les statistiques de temps d’attente, ou sur le temps consacré à chaque traitement. Cette approche comptable n’aura pas le bien-être de la population et des employé-es du réseau comme priorité. Pour que le tableau de bord à Québec paraisse bien, on risque de donner moins de latitude à celles et ceux qui donnent les soins aux patientes et aux patients. On s’expose plutôt à chronométrer chaque tâche. Or, prendre la main d’une personne qui souffre n’est peut-être pas nécessaire ou important pour une ou un gestionnaire qui croit qu’un hôpital se gère comme une usine automobile, mais est essentiel pour lui donner un peu de dignité.

Vers de vraies solutions

La CSN estime qu’il n’est pas trop tard pour déclencher des états généraux sur la santé. Il faut réfléchir à ce que l’on veut comme système de santé, il faut identifier les solutions que l’on souhaite. C’est notre filet social qui est en jeu !

La santé et les services sociaux représentent près de la moitié des dépenses de l’État québécois. Le vieillissement de la population pourrait même accentuer cela. Ça mérite certainement que l’on revoie l’ensemble de l’œuvre pour s’assurer qu’il correspond à ce que les Québécoises et les Québécois veulent et que nous cessions de gaspiller collectivement des fonds publics qui vont aller grossir les profits du secteur privé. Le ministre Dubé a raison, il faut une réforme en profondeur.

]]>
Un modèle forestier parti en fumée https://www.csn.qc.ca/actualites/un-modele-forestier-parti-en-fumee/ Mon, 13 Nov 2023 02:59:59 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=92921 L’été 2023 a été marqué par des feux de forêt d’une ampleur jamais vue au Québec. Près de 4 millions d’hectares de forêt sont partis en fumée depuis le début de l’année. Quelles en seront les conséquences pour l’avenir du secteur ?

À titre de comparaison, les feux ont ravagé 92 000 hectares au total durant la période 2018-2022. Il s’agit d’une catastrophe à plusieurs égards, notamment pour les travailleuses et les travailleurs qui vivent de la forêt québécoise.

Cela a amené la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM–CSN) à former une coalition avec divers acteurs du milieu, dont des associations d’employeurs, afin de réclamer diverses mesures à court et moyen terme et ainsi assurer la pérennité de l’industrie.

À court terme, la coalition réclame notamment des mesures pour s’assurer que tous les travailleurs et travailleuses touchés pourront réclamer l’assurance-emploi. De plus, elle réclame une aide financière du gouvernement pour épauler les entreprises qui ont dû faire face à de nombreuses dépenses d’urgence et des pertes d’équipements. Sans un tel coup de main, on peut craindre que de nombreuses entreprises soient forcées de mettre un terme à leurs activités.

États généraux

Pour la coalition, au-delà du reboisement, il y a une occasion à saisir pour revoir le régime forestier et l’adapter aux réalités d’aujourd’hui et de demain. Il est proposé de tenir, d’ici le 1er avril 2024, des états généraux sur la forêt réunissant tous les intervenants du milieu : entreprises, syndicats, Premières nations, scientifiques, environnementalistes et élu-es régionaux. Des représentantes et représentants de la FIM–CSN ont récemment rencontré la ministre québécoise des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette-Vézina, pour lui demander d’organiser ces états généraux. Le gouvernement doit se prononcer sur cette idée au cours des prochaines semaines.

Pour la coalition, au-delà du reboisement, il y a une occasion à saisir pour revoir le régime forestier et l’adapter aux réalités d’aujourd’hui et de demain. Il est proposé de tenir, d’ici le 1er avril 2024, des états généraux sur la forêt réunissant tous les intervenants du milieu : entreprises, syndicats, Premières nations, scientifiques, environnementalistes et élu-es régionaux. Des représentantes et représentants de la FIM–CSN ont récemment rencontré la ministre québécoise des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette-Vézina, pour lui demander d’organiser ces états généraux. Le gouvernement doit se prononcer sur cette idée au cours des prochaines semaines.

Enfin, la coalition propose qu’on développe de la formation pour tous les salarié-es afin qu’ils puissent contribuer davantage au déploiement des plans d’urgence face à de futurs feux de forêt.

« Ça fait des années qu’on parle de la nécessité de diversifier l’industrie », rappelle le président de la FIM–CSN, Louis Bégin. « L’objectif, c’est de mieux occuper le territoire et de mieux préserver les forêts pour les générations futures. Ce qui nous préoccupait il y a quelques années, c’était la prolifération des insectes qui ravageaient tout sur leur passage. Avec les feux qu’on a connus l’été dernier, c’est clair qu’il faut accélérer nos réflexions. Notre modèle industriel doit être revu non seulement pour garantir des emplois de qualité, mais surtout pour préserver l’environnement, les forêts, la faune et la flore, et assurer un développement véritablement durable dans l’ensemble du vaste territoire Québécois. »

]]>
Permis de travail fermé: une prison? https://www.csn.qc.ca/actualites/permis-de-travail-ferme-une-prison/ Mon, 13 Nov 2023 02:05:57 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=92902 En vertu du régime des permis de travail fermés qui s’applique aux travailleurs étrangers temporaires, les nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes sont liés par contrat à un seul et unique employeur. Impossible pour eux de changer d’employeur, sous peine d’être renvoyés dans leur pays d’origine.

Célestin* travaille comme préposé aux bénéficiaires dans un centre d’hébergement privé de Québec, un établissement syndiqué à la CSN. Comme travailleur étranger temporaire, il se sent prisonnier de son employeur, et ce, même s’il est protégé par une convention collective : « nous sommes à la merci de notre employeur, ce qui fait que nous avons peur de parler. Je connais à Québec plusieurs préposé-es non syndiqués originaires de mon pays qui sont abusés par leur employeur. Ils sont menacés d’être retournés dans leur pays, alors ils ne disent rien et acceptent des conditions injustes. »

Son collègue Marco*, lui aussi préposé aux bénéficiaires à Québec, est témoin de l’intimidation de certains employeurs : « Je connais beaucoup de préposé-es à Québec qui sont abusés par leur employeur, et ce, surtout dans les milieux non syndiqués. Ils sont intimidés et forcés de faire des heures supplémentaires par crainte de nuire à leur dossier d’immigration. Les employeurs détiennent leur billet d’avion et n’hésitent pas à exercer des pressions. Dans certaines résidences syndiquées, le syndicat hésite à déposer des griefs ou à porter plainte parce qu’ils sont des travailleurs étrangers avec des permis de travail fermés. »

« Théoriquement, les travailleurs étrangers temporaires syndiqués ont les mêmes droits que les autres, mais la capacité à les appliquer est plus limitée. On a quelqu’un qui a été congédié avec un permis de travail fermé, mais on a beau déposer des griefs et contester, même si on gagne la décision, la personne risque d’être déportée avant qu’elle soit rendue. Il faut mieux s’outiller pour défendre ces gens-là. », confirme Raphaël Poirier Goupil, conseiller à la FSSS–CSN.

À Québec, là où Marco travaille, 80 % des préposé-es aux bénéficiaires de son centre d’hébergement privé syndiqué à la CSN sont des travailleurs immigrants temporaires qui détenaient un diplôme d’infirmier dans leur pays d’origine. Nettement surqualifiés et sous-payés, soumis aux aléas de l’employeur, ils rêvent tous d’obtenir un permis de travail ouvert. Marco mentionne : « Si j’avais le ministre de l’Immigration devant moi, je lui demanderais de mettre fin aux permis de travail fermés et d’accorder dès le départ des permis de travail ouverts. Ça faciliterait notre intégration au Canada. Je pourrais travailler ailleurs pour combler les besoins d’autres résidences pour aîné-es et ça m’aiderait à subvenir à mes besoins. Ce serait aussi une solution à la pénurie de main-d’œuvre qu’on voit dans les résidences privées. Avec un permis ouvert, nous pourrions combler une partie des besoins de main-d’œuvre. On pourrait travailler 40 heures à un endroit et donner nos disponibilités pour faire du remplacement ailleurs et combler des besoins. Ça nous aiderait aussi à connaître d’autres personnes, d’autres expériences et ça faciliterait notre intégration. » Malgré leur faible rémunération et des conditions de travail très difficiles, les préposé-es aux bénéficiaires sont un rouage essentiel des services de santé, comme le témoigne Célestin : « Nous les préposé-es, nous sommes les pieds, les mains et la tête des résidentes et des résidents âgés. Si nous n’étions pas là, beaucoup de personnes âgées seraient mises en difficulté. Il n’y aurait personne pour s’en occuper.

De nouveaux défis pour la CSN

L’arrivée au Québec d’un grand nombre de travailleurs étrangers temporaires, c’est une histoire relativement récente, mais depuis le début, la CSN est présente pour aider ces travailleurs et travailleuses à intégrer le marché du travail et la société québécoise. La Fédération du commerce (FC) a produit un dépliant en trois langues à leur intention. Jonathan Aspireault-Massé, conseiller à la FC, a été un des premiers à les accueillir : « En 2018, je ne savais pas ce que ça mangeait un travailleur étranger temporaire. J’ai dû créer une lettre d’entente pour couvrir le plus de cas de figure possible. En fait, on a appris à piloter l’avion en plein vol. Il a fallu maîtriser rapidement les règles de l’immigration, du logement, de l’assurance-chômage et de la CNESST. »

L’arrivée d’un grand nombre de ces travailleurs, c’est du « droit nouveau » qui demande beaucoup d’adaptation de la part des syndicats, des officiers syndicaux et des collègues de travail. « Quand 30 % de ton effectif débarque en même temps dans ton entreprise, ça transforme ton milieu de travail. », nous dit Jonathan Aspireault-Massé.

À la CSN, on fait le pari que les campagnes d’information et de sensibilisation permettront d’aplanir les difficultés, car l’avenir de nos entreprises, de nos institutions et de nos services publics repose en bonne partie sur les nouveaux arrivants qui ne demandent qu’à s’intégrer à la société québécoise. On peut désormais espérer que les (nouvelles) conditions de travail négociées pour les travailleurs étrangers permettront de bonifier les conventions collectives des travailleurs québécois.

* Nom fictif destiné à protéger l’identité du travailleur

]]>
Plus de conflits, mais une solidarité à toute épreuve https://www.csn.qc.ca/actualites/plus-de-conflits-mais-une-solidarite-a-toute-epreuve/ Tue, 13 Jun 2023 03:08:56 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=91123 Mis sur pause pendant la pandémie, les conflits de travail ont explosé au cours du dernier mandat, le nombre de prestations de grève ou de lock-out en témoigne. Munis d’un nouveau rapport de force, les syndiqué-es ont choisi de se battre, non seulement pour eux-mêmes, mais pour leurs collègues moins nantis. Portrait d’une solidarité en action.

S’il est une chose que la pandé­mie a révélée, c’est bien le caractère essentiel de nos CPE, nous dit Stéphanie Vachon, représentante du secteur à la Fédération de la santé et des services sociaux–CSN. « Avec l’arrivée de la pandémie, les CPE ont été mis en service de garde d’urgence. Soudainement, nous étions essentielles, nous devions être là pour nous occuper des enfants, sans masque. Beaucoup d’entre nous se sont senties utilisées. Quand on a déconfiné le Québec, on était épuisées, mais prêtes à mener la bataille, parce que nos salaires étaient de 16 % inférieurs au réseau de la santé. »

Ce conflit a débouché sur une grève générale illimitée dans les CPE du Québec et fait figure de bataille historique, non seulement par son ampleur, mais par son degré de mobilisation et de solidarité. En offrant de bien meilleures conditions aux éducatrices qui forment 90 % des effectifs, l’employeur a cherché à diviser les troupes. Mais la solidarité a tenu le coup, comme en témoigne Caroline Brière, responsable de l’alimentation au CPE Les petits mulots de Québec. « En assemblée générale, des éducatrices me disaient : “cette bataille-là, on la fait pour toi.” J’ai été très touchée par cet élan de solidarité et de générosité. »

Marc-Olivier Nadeau, éducateur à l’enfance au CPE Courte-pointe, en était à sa première bataille. Son objectif : ne laisser personne derrière. « On est descendus dans la rue pour garder nos responsables de l’alimentation et nos éducatrices spécialisées. Et pour les garder, il fallait se battre. »

Les travailleuses des CPE sont ressorties plus soudées que jamais de leurs 18 jours de grève. Et cette fois, elles ont largement bénéficié de l’appui du public et des parents en particulier, souligne Stéphanie Vachon. « Les parents et les médias étaient 100 % derrière nous. C’était un vrai mouvement populaire. »

« Les parents venaient sur les lignes de piquetage, ils nous donnaient du café, ils nous apportaient du réconfort », ajoute Caroline Brière, qui vit tous les jours la pénurie de personnel dans les CPE. La bataille menée en 2021 était essentielle pour éviter que les effectifs ne fondent à vue d’œil. « Je n’ai jamais vu autant de postes vacants en 17 ans de service. »

Tout le monde reconnaît que le travail est difficile. On accueille de plus en plus d’enfants à besoins particuliers, mais on manque cruellement de ressources pour les encadrer. Les ratios, la charge de travail et une meilleure reconnaissance des travailleuses seront au cœur des discussions non seulement pour les recruter, mais pour garder à l’emploi les 12 000 travailleuses présentes dans les 420 CPE du Québec membres de la CSN. Intéresser les aspirantes et retenir les candidates s’annonce tout un défi pour la prochaine négociation.

Des conflits plus nombreux depuis 2020
La sortie de la pandémie a été un moment décisif pour un grand nombre de syndicats CSN, nous dit Frédérick Bernier, directeur du Fonds de défense professionnelle (FDP). Rappelons que ce fonds d’appui est destiné à fournir aux syndicats de la CSN un soutien financier dans leurs luttes afin de leur permettre de tenir la minute de plus. « Les gens voulaient se réapproprier leur rapport de force et ils n’ont pas hésité à se battre. » Les syndiqué-es ont largement fait appel au FDP, devenu plus accessible et généreux depuis le dernier congrès. Entre 2020 et 2023, le nombre de prestations versées aux syndiqué-es en conflit a atteint 91 000. « On est pas mal au-dessus des prévisions budgétaires, ajoute Frédérick Bernier. Dans les mandats précédents, le FDP était sous-utilisé. Cette fois-ci, la conjoncture a provoqué l’effet contraire. »

Incapables de se mobiliser pendant la pandémie, bon nombre de travailleuses et de travailleurs voulaient à tout prix améliorer leur sort, nous dit Stéphane Dufour, coordonnateur national à la mobilisation et à la vie régionale de la CSN. « Au plus fort de la pandémie, on a vu défiler les prolongations de convention et les hausses minimes de salaire. Les gens voulaient mettre leur énergie à passer à travers et voir après. Mais ils n’ont rien reçu et ça les a choqués. L’inflation est là et ils veulent maintenir leur qualité de vie. Avec la pénurie de main-d’œuvre, ils ont un meilleur rapport de force pour aller au bout de leurs convictions. »

Conflit au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges : une nouvelle solidarité
Un autre conflit retient l’attention, celui des employé-es du Cimetière Notre-Dame-des-neiges de Montréal. En septembre dernier, devant l’intransigeance de l’employeur, les employé-es de bureau ont déclenché la grève générale illimitée. En janvier, les employé-es manuels ont emboîté le pas à leurs camarades, déclenchant la grève à leur tour.

Selon le syndicat, le climat de travail était devenu invivable depuis l’embauche, en 2019, d’un nouveau directeur général par la Fabrique de la Paroisse Notre-Dame-des-neiges : mises en demeure, suspensions, injonctions, judiciarisation à outrance. Cet acharnement de l’employeur a provoqué le rapprochement des deux syndicats, qui, depuis janvier dernier, négocient ensemble, comme l’explique Patrick Chartrand, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges–CSN. « Le mépris de l’employeur est le même envers nos deux syndicats : il cherche à attaquer les mêmes choses de chaque côté. L’union s’est donc faite naturellement. Le 31 janvier dernier, on a présenté nos demandes communes et on est arrivés à la table de négociation ensemble, ce qui est une première dans notre histoire syndicale. Dorénavant, il n’y aura pas qu’un seul syndicat à la table, ce sera les deux ou pas du tout. »

Dès la mi-janvier, l’employeur a fermé le cimetière, empêchant ainsi les familles de se recueillir sur la tombe de leurs défunts. Il a bien tenté d’en faire porter l’odieux aux syndiqué-es en grève, mais bien des familles leur sont demeurées solidaires, comme en témoigne Sandrine Dessureault, conseillère syndicale. « Une manifestation a eu lieu pour la réouverture du cimetière. Des familles appuient les syndicats et viennent parfois sur les piquets de grève. Elles veulent que le conflit se règle au bénéfice de tout le monde. »

L’accumulation des corps et des urnes et le report d’un grand nombre de funérailles rendent chaque jour la situation plus intolérable pour elles, comme l’explique Patrick Chartrand. « Un deuil, il faut le vivre, ça ne se reporte pas. » Avec l’été qui approche, la pression ne pourra qu’augmenter, ce qui forcera peut-être l’employeur à se rasseoir à la table et à négocier.

Olymel, un combat courageux, une fermeture qui fait mal
Après un long combat de plusieurs années ponctué d’un lock-out et de menaces de fermeture, les 911 travailleurs et travailleuses syndiqués de l’abattoir Olymel de Vallée-Jonction ont appris, le 14 avril dernier, la fermeture graduelle de l’usine, d’ici décembre prochain. C’est une véritable tragédie pour les syndiqué-es et toute la population de cette petite communauté de Chaudière-Appalaches, comme le rappelle Alexandre Laviolette, président de la Fédération du commerce (FC–CSN). « C’est une catastrophe régionale. Quasiment tout le monde travaillait chez Olymel, ça fait au moins cinquante ans que cette usine-là fonctionne. »

Il faut aussi mentionner que l’entreprise n’entend pas verser d’indemnités de départ ou de primes de rétention aux employé-es, ce qui risque d’amener plusieurs syndiqué-es à quitter l’abattoir avant même sa fermeture définitive. Le président de la FC–CSN rappelle que 1 000 emplois perdus à Vallée-Jonction, c’est l’équivalent de 69 000 emplois perdus à Montréal. « Les syndicats locaux sont en train de s’informer des besoins de main-d’œuvre dans la région, souligne Alexandre Laviolette. Il y a une solidarité du mouvement pour aider tous ces gens qui vivent cette tragédie-là et qui ne veulent pas s’expatrier. »

La lutte des employé-es d’Olymel Vallée-Jonction prend fin de manière dramatique, mais leur combat aura mis en lumière les conditions de travail très pénibles dans le monde des abattoirs. En avril 2021, au terme d’une négociation difficile, les syndiqué-es étaient parvenus à réaliser des gains importants. Leurs avancées avaient même eu un effet domino sur les conditions de travail d’autres abattoirs et provoqué des réouvertures de conventions collectives.

Avec la fermeture prochaine de l’abattoir Olymel de Vallée-Jonction, le groupe coopératif Sollio en sera à sa deuxième fermeture d’entreprise en 2023. Un triste record. En février dernier, la coopérative Novago, dans Lanaudière, mettait fin à ses activités après 17 mois de grève, préférant mettre la clé sous la porte plutôt que de négocier des conditions de travail décentes. Comme le souligne Alexandre Laviolette, « ils se sont comportés exactement comme une entreprise multinationale américaine. »

Un prochain mandat très actif
Selon Frédérick Bernier, le FDP sera de plus en plus sollicité dans les prochaines années. « Près de 1 500 accréditations syndicales, donc 275 000 membres de la CSN, seront en renouvellement d’ici la fin du prochain mandat. Ce sont autant de possibilités de négociations difficiles ou de conflits. La conjoncture va être favorable pour les travailleuses et les travailleurs. Le FDP était peu utilisé avant, ça nous a aidés à constituer un bas de laine. » Les syndicats CSN sont donc parfaitement équipés pour affronter l’avenir et pour défendre leurs droits.

]]>
Ça va bon train https://www.csn.qc.ca/actualites/ca-va-bon-train/ Tue, 13 Jun 2023 03:08:26 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=91142 La transition juste doit être au cœur de la transformation économique afin d’accompagner le personnel des secteurs les plus touchés vers de nouveaux métiers où il sera possible de s’épanouir. Le secteur ferroviaire pourrait accueillir ces personnes qui voient leur travail transformé ou aboli. Voici comment.

Alors que les ravages de la crise climatique entraînent des changements majeurs en matière d’emploi, divers secteurs et entreprises procèdent à la décarbonation de leurs activités. Or, celle-ci n’est pas sans provoquer à son tour la décroissance de plusieurs métiers. À l’inverse, les emplois durables sont porteurs d’avenir pour le marché du travail. Le gouvernement fédéral s’est récemment engagé à les faire progresser dans chaque région du Canada, avec son Plan pour des emplois durables.

Tout le monde à bord
Le secteur ferroviaire est en plein essor à travers le monde. Bien que l’Amérique du Nord accuse un grand retard face à d’autres régions, plusieurs projets en cours au Québec nécessiteront un afflux de travailleuses et de travailleurs pour veiller à leur succès. En Gaspésie, le train ne roule plus depuis une décennie. L’état des rails ne permettait plus son passage sécuritaire, mais grâce à de nombreux investissements pour les revitaliser, le passage des trains de marchandises reprendra dans les prochains mois. Cela dit, rien ne nous permet de prédire ce qu’il en sera du train de passagers, malgré les efforts louables de la Coalition des Gaspésiens pour son retour.

Train de vie
Une passion partagée pour les trains unit Dominique Léger et son époux Gilles Lamy depuis des décennies, le couple s’étant rencontré « sur la job » pour VIA Rail à New Carlisle en 1986. Elle, agente de gare, raconte ses souvenirs de solidarité intervillage, quand les gens utilisaient le train VIA pour se partager du bois de foyer pendant la crise du verglas. Lui, ingénieur et chef de train, se remémore cette fameuse soirée où, face à un certain René Lévesque déçu de ne pouvoir se sustenter dans le train, il commanda pour le politicien un steak dans un restaurant situé près d’une gare. Évidemment, il en profita pour solliciter l’appui de Lévesque afin qu’il aide la région à garder le train gaspésien vivant. « Que ce soit ingénieur-e, agente ou agent à bord ou en appui dans les gares, ces métiers font vivre une région entière et même aujourd’hui, à 55 ans, je la reprendrais, cette job. Sans l’ombre d’un doute », souligne Dominique Léger.

La création d’emplois à pleine vitesse
La lutte pour le retour du train régional en Gaspésie n’est pas la seule nouvelle ferroviaire à faire jaser. Il y a aussi le développement de nouveaux rails pouvant accueillir des trains à grande vitesse (TGV) ou des trains à grande fréquence (TGF) le long du corridor Windsor-Québec, entre Québec et Toronto, là où réside plus de 50 % de la population du Canada.

« Bien sûr, les grands chantiers de construction stimulent la création d’emplois, mais il faut également noter la quantité importante de travail en continu que des projets de rails génèrent : maintenance, mécanique, ingénierie, logistique, entretien, divers services de commis et service à la clientèle, la liste est longue, » explique Jonathan Peters, professeur en finance au Chazanoff School of Business du City University of New York. « La densité du corridor Windsor-Québec est idéale pour un TGV. Un tel projet d’envergure provoquera non seulement une panoplie d’emplois directs et indirects, mais il facilitera également un accès au marché de travail loin de son domicile, ce qui peut avoir des retombées positives sur la crise du logement. »

Ne pas rater le train
« Ce n’est pas seulement pour la création d’emplois que le train de passagers doit revenir en Gaspésie, mais aussi pour permettre à des touristes de découvrir la région et pour faciliter le déplacement des aîné-es, des jeunes, des gens sans voiture », plaide Gilles Lamy.

Reste à voir si les gouvernements rateront le train ou s’ils finiront par embarquer dans un projet qui dynamisera la région, qui aidera à freiner l’exode des populations et qui facilitera la transition juste vers des emplois de qualité pour des gens bousculés par la crise climatique.

]]>
Le rapport de force se renforce https://www.csn.qc.ca/actualites/le-rapport-de-force-se-renforce/ Tue, 13 Jun 2023 03:01:12 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=91098 En janvier 2015, la Cour suprême du Canada rendait une décision fondamentale reconnaissant que le droit de grève est protégé par la Charte des droits et libertés. Au Québec, cette décision est venue modifier la façon dont le tribunal encadre dorénavant le maintien des services essentiels dans les services publics. Tour d’horizon.

Dorénavant, les services essentiels à maintenir dans les services publics en cas de grève doivent être examinés strictement en fonction de leurs impacts sur la santé et la sécurité de la population. Forte de cette décision, la CSN obtient une autre victoire, en août 2017, en faisant invalider un article du Code du travail qui imposait des pourcentages arbitraires de temps de grève en santé et services sociaux.

C’est dire à quel point l’exercice de la grève dans les services publics ainsi que dans le réseau de la santé et des services sociaux aura dorénavant beaucoup plus d’impact et combien il permettra mieux aux salarié-es de déployer un rapport de force véritable.

En l’absence d’un mécanisme d’arbitrage obligatoire, la seule manière de permettre aux salarié-es de négocier vraiment leurs conditions de travail est d’assurer leur droit de déployer leur rapport de force pour que cela ait des conséquences sur l’employeur. À cet égard, le législateur a apporté un changement majeur : le maintien des services essentiels n’est plus dorénavant la seule obligation des salarié-es, mais relève également de l’employeur. Par conséquent, le personnel-cadre doit maintenant contribuer au maintien des services essentiels. Ainsi, l’exercice de la grève dans les services publics entraîne une pression sur l’employeur plus importante qu’auparavant.

Les paramédics sont parmi les premiers groupes des services publics à avoir testé ces nouvelles possibilités. Dès 2017, ils cessent certaines tâches, notamment celles qui sont liées à la facturation. Il faut souligner qu’avant la décision de la Cour suprême, les paramédics étaient légalement tenus au maintien de 100 % des services en tout temps. Au Québec, en dehors de Montréal et de Laval, les services ambulanciers sont assurés par des entreprises privées ou par des coopératives financées en grande partie par les fonds publics. Ainsi, en cessant de remplir les formulaires de facturation, les paramédics ont ajouté une pression importante sur les employeurs.

Puis, en 2021, ils élargissent encore leurs moyens de pression en ajoutant une grève de temps. Chaque jour, certains paramédics étaient en grève pour une durée de quatre heures et remplacés sur la route par du personnel-cadre disposant de toute la formation nécessaire. Notons qu’en parallèle, ils se sont dotés d’un fonds de grève complémentaire au Fonds de défense professionnelle de la CSN (FDP) afin que tous les travailleurs et les travailleuses se partagent le fardeau financier de la grève.

Dans la même veine, ces nouvelles possibilités ont été utilisées par différents secteurs. Chaque fois, les syndicats améliorent leur rapport de force. Entre autres secteurs, pensons aux centres d’hébergement privés où les salarié-es peuvent à présent effectuer une grève qui a plus d’impact. Ce rapport de force renouvelé leur a permis jusqu’à maintenant de conclure des ententes satisfaisantes avec plus de la moitié de la quarantaine de résidences en négociation coordonnée à la CSN, et les autres sont en bonne voie d’atteindre également leurs objectifs.

Dans le secteur préhospitalier, les répondantes et répondants médicaux d’urgence (RMU) et le personnel de bureau exercent actuellement la grève de temps en plus de la grève de tâches. Lorsque des RMU font grève, ils sont remplacés par du personnel-cadre. Épuiser les cadres en les confrontant à la réalité quotidienne d’un travail exigeant en sous-effectif chronique, n’est-ce pas un bon moyen de leur faire prendre conscience de la nécessité de reconnaître adéquatement le travail des salarié-es ?

Quant à elles, les infirmières et les infirmières auxiliaires de Héma-Québec ont repoussé les limites jusqu’à forcer l’employeur à reporter des rendez-vous de prélèvement de sang de certains types en fonction du niveau des réserves de sang. Elles ont récemment eu gain de cause auprès du Conseil du trésor en maintenant intégralement leur parité salariale avec les professionnel-les en soins du secteur public.

En imposer aussi davantage dans le réseau de la santé
La prochaine grève se fera bien plus sentir que par le passé au sein des établissements du réseau de la santé et des services sociaux et par le gouvernement. Le personnel-cadre devra aussi contribuer au maintien des services essentiels.

Début avril, toutes les organisations membres du Front commun (CSN, CSQ, FTQ et APTS) ont déposé, en même temps, leurs listes de services essentiels auprès de tous les employeurs. Une première ! « On peut dire que c’est la première fois qu’on va pouvoir faire la grève pour vrai en santé et services sociaux, si cela devient nécessaire, explique le 1er vice-président de la CSN, François Enault. Les cadres, il va falloir qu’ils travaillent au lieu de nous regarder aller. Ils vont subir eux aussi les inconvénients de la grève. Nous pourrons déployer un véritable rapport de force et mettre plus de pression que jamais sur les administrations. »

]]>
Le privé en santé : ce n’est pas la panacée https://www.csn.qc.ca/actualites/le-prive-en-sante-ce-nest-pas-la-panacee/ Tue, 13 Jun 2023 03:00:44 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=91115 La crise de la COVID-19 a montré clairement à la population du Québec que le système de santé et de services sociaux est mal en point. Plusieurs y voient l’échec du réseau public et se disent maintenant prêts à faire encore plus de place au secteur privé à but lucratif.

Pourtant, les problèmes du système, le personnel les vit depuis des décennies. Et quand on remonte à la source de plusieurs de ces problèmes, on trouve… le secteur privé à but lucratif ! Car il faut être bien clair, notre système de santé n’a jamais été vraiment public. De Jean Rochon à Christian Dubé en passant par Philippe Couillard et Gaétan Barrette, chacun leur tour avec leur réforme, ils ont choisi de faire toujours plus de place au privé dans un système de moins en moins public.

Avant même de prendre le nom de CSN, en 1960, la CTCC revendiquait l’instauration d’un régime public de soins de santé et de services sociaux. Cette revendication visait d’abord à assurer à toute la population l’ensemble des soins requis sans égard à ses moyens financiers et sans devoir contracter de lourdes dettes. Cet objectif demeure au cœur de l’engagement de la CSN, raison pour laquelle elle fait encore aujourd’hui de la défense du service public l’une de ses priorités.

Si le privé fonctionnait, on le saurait !
Ce ne sont pas les exemples d’inefficacité du secteur privé à but lucratif en santé et services sociaux qui manquent. En voici quelques-uns.

Pénuries de main-d’œuvre :  Les établissements privés à but lucratif font partie du problème de la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans les établissements publics. Où ces entreprises privées trouvent-elles leurs salarié-es, si ce n’est dans les établissements publics ?

Les agences de placement privées pullulent. Elles offrent souvent à leur personnel de meilleurs salaires que le secteur public. Ces travailleuses et travailleurs du secteur privé ont aussi un meilleur contrôle sur leur horaire de travail, ce qui a pour conséquence que seuls les salarié-es du public subissent les heures supplémentaires obligatoires. Aussi, certains établissements sont devenus carrément dépendants de ces entreprises qui engrangent les profits. En 2022, près d’un milliard de dollars de fonds publics ont été versés aux agences…

Des coûts plus élevés : Le gouvernement se veut rassurant en affirmant que l’assurance-maladie continuera de payer même quand les services seront donnés dans les futurs hôpitaux privés. Il s’agit toutefois de fonds publics, donc de l’argent des contribuables. Or, en santé et services sociaux, le privé coûte plus cher. C’est comme ça partout dans le monde. Plus les États font place au privé, plus la facture globale en santé est élevée quand on additionne les dépenses privées et publiques. Encore tout récemment, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) démontrait que les chirurgies coûtent plus cher au privé qu’au public. La multiplication de frais accessoires réclamés par les cliniques privées, l’explosion des coûts des régimes d’assurances complémentaires ou encore les frais exorbitants exigés par des centres d’hébergement privés qui exploitent leurs travailleuses et leurs travailleurs donnent un bon indicateur du coût réel des services dans le secteur privé à but lucratif.

Où sont les résultats ? Celles et ceux qui font la promotion de la marchandisation en santé nous serinent également que le privé est plus performant, plus innovant. Cela reste à démontrer… Prenons le cas des groupes de médecine familiale (GMF), gérés par le privé. Ceux-ci ont été mis sur pied il y a déjà plus de 20 ans, rappelons-le, comme une solution aux problèmes d’accès à la première ligne pour la population. Ce faisant, les gouvernements ont miné considérablement le rôle des CLSC publics qui, dès leur création, devaient et devraient encore être LA porte d’entrée du système pour toute la population. Par conséquent, ce sont non seulement les services médicaux qui sont moins accessibles aujourd’hui en CLSC, mais également les services psychosociaux : on constate en effet une baisse de plus de 50 % du nombre d’heures de consultation en psychothérapie offertes dans les CLSC publics depuis la création des GMF.

La privatisation, c’est aussi dans les services de l’ombre. Est-il normal qu’un établissement public de santé fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours par semaine, ne puisse compter entièrement sur son propre personnel pour entretenir et réparer les installations et les bâtiments ? Une enquête menée au CHUM il y a quelques années montrait clairement qu’il coûtait quatre fois plus cher à l’établissement d’avoir recours à des sous-traitants plutôt qu’à ses propres ouvriers. Il faut savoir que les ouvriers du secteur public, comme presque tous les autres salarié-es de l’État, gagnent un meilleur salaire dans le secteur privé, pour le même travail.

Pour la CSN, l’enjeu de l’accès aux soins de santé et aux services sociaux pour toute la population devra être ardemment défendu au cours des prochains mois. La confédération propose plusieurs solutions réalistes pour améliorer le réseau public. Pour les consulter, c’est par ici !

]]>
D’où vient le deuxième front de la CSN ? https://www.csn.qc.ca/actualites/dou-vient-le-deuxieme-front-de-la-csn/ Wed, 15 Feb 2023 11:25:43 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=87353 L’économie doit être au service de la société et non l’inverse. Il s’agit là du parti pris fonda­mental contenu dans les rapports moraux de la CSN, rédigés par Marcel Pepin dans les années 1960-1970. Retour sur une pensée toujours très actuelle.

Les rapports moraux de Marcel Pepin servaient d’ouverture au congrès de la CSN ; on parle aujourd’hui de rapports du comité exécutif. Ils étaient cependant rédigés dans un autre esprit et cherchaient à prendre un pas de recul face aux luttes quotidiennes des syndicats dans leurs milieux de travail (premier front). Le 20 octobre 1968, Pepin livre aux membres de la CSN l’un des discours les plus importants de l’histoire de la confédération et du syndicalisme au Québec. Pour accompagner ce discours, il présente un document révolutionnaire pour le monde syndical, son deuxième rapport moral intitulé Le Deuxième front dans lequel il appelle les membres à mener des luttes sociales qui vont servir l’ensemble de la société. Pour celui qui fut président de la CSN de 1965 à 1976, les travailleuses et les travailleurs doivent avoir leur mot à dire dans l’économie : c’est la démocratisation du système qui lui est si chère. Comme cela ne peut se réduire à la négociation de la convention collective, il faut ouvrir le deuxième front. « La pauvreté d’une partie de notre population s’explique dans une certaine mesure par les disparités extrêmes de revenus dans une économie abandonnée au libéralisme économique », écrit-il.

Des problèmes qui persistent aujourd’hui
Déjà, en 1966, les syndicats sont pointés du doigt lorsque l’économie s’emballe. « On nous reproche d’accentuer la hausse du coût de la vie. Ce reproche peut vraisemblablement être adressé à d’autres qu’à nous, et nous allons certainement chercher à savoir dans quelle mesure ceux qui spéculent sur les prix sont responsables de la hausse exorbitante de ces derniers », constate Pepin. Pendant cette période inflationniste, il parle de « danse des profits » et, se basant sur l’analyse de l’économiste Jean-Guy Loranger, il écrit : « Il y a eu des contrecoups terribles pour ceux qui prennent l’argent à la cuillère, mais il n’y en a pas eu pour ceux qui le ramassent à la pelle. Bien au contraire. » Pepin dénonçe ainsi l’augmentation des taux d’intérêt utilisée pour freiner l’inflation, politique de subterfuge qui n’a pas eu d’effet réel sur la hausse des prix.

Marcel Pepin est également catastrophé par la pénurie de logements à Montréal et par la gourmandise des promoteurs immobiliers qui, faisant fi des besoins de la population, ne construisent que de petits logements lucratifs. Il est évident pour lui que la spéculation et le peu de terrains dont dispose la ville afin de construire des logements abordables sont responsables du problème.

L’héritage des rapports moraux
« La lutte se poursuit sur le deuxième front encore aujourd’hui, notamment avec nos batailles pour un système de santé vraiment public, pour la protection du français, pour la santé-sécurité au travail et pour l’augmentation notable du salaire minimum », souligne pour sa part la présidente de la CSN, Caroline Senneville.

En effet, plusieurs problèmes actuels font toujours écho aux propos de Marcel Pepin, alors que la société de l’époque se trouvait elle aussi en pleine période d’inflation.

Pour éviter que le contrôle de l’argent des retraites échappe complètement aux travailleuses et aux travailleurs, Pepin suggérait notamment de confier l’argent des retraites à la Caisse de dépôt. Dans cette optique, la CSN avait mis sur pied le Service de budget familial ainsi que des comités d’action politique et une presse populaire militante. Elle a de plus développé une critique articulée des idées de la classe dominante pour s’attaquer aux problèmes qui dépassent la convention collective. Certains de ces moyens sont encore très utilisés aujourd’hui alors que d’autres n’ont pas perduré. Mais une chose est sûre : tous ont eu leur pertinence pour lutter contre la recherche de profits effrénés. « Il faut continuer à s’en inspirer tout en renouvelant nos façons de lutter pour des conditions de vie meilleure », affirme Caroline Senneville.

Car pour reprendre les mots de Pepin, « lorsque le syndicalisme tend à devenir l’équivalent d’une police d’assurance plutôt qu’un instrument de réforme totale de la société, il dépérit et les vrais militants tendent à s’en désintéresser. »

]]>