Dossier : Négociations du secteur public – CSN – Confédération des syndicats nationaux https://www.csn.qc.ca Le maillon fort du syndicalisme au Québec Mon, 14 Aug 2017 14:56:51 +0000 fr-FR hourly 1 https://www.csn.qc.ca/wp-content/uploads/2019/05/csn-logo-150x150.png Dossier : Négociations du secteur public – CSN – Confédération des syndicats nationaux https://www.csn.qc.ca 32 32 Les Nord-Côtiers ne se laisseront pas appauvrir https://www.csn.qc.ca/actualites/les-nord-cotiers-ne-se-laisseront-pas-appauvrir/ Thu, 01 Oct 2015 14:47:48 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=62898 Dans le dépôt initial de ses demandes, le gouvernement réservait une mauvaise surprise aux quelque 3000 salarié-es des services publics de Sept-Îles et de Port-Cartier. En effet, on y trouve l’abolition de la prime de 8 % qui leur est versée depuis plus de 40 ans afin de rendre les salaires un peu plus intéressants dans une région qui dépend de l’industrie minière et où le coût de la vie est plus élevé qu’ailleurs au Québec.

Les syndicats de la région se sont mis en mode mobilisation. Le Front com­mun et le SPGQ ont joint leurs forces afin de rallier l’ensemble de la région contre cette volonté du Conseil du trésor. Des centaines de pancartes bleues, avec le message « Perdre 10 millions dans la région, c’est non », ont été installées partout dans la région. Dix millions, c’est le coût total de cette mesure d’attraction et de rétention. Un montant qui permet aux établissements de demeurer concurrentiels par rapport aux entreprises du secteur privé qui s’arrachent la relève, dès la sortie de l’école.

« Le secteur manufacturier, sur lequel repose notre économie régionale, connaît d’importantes difficultés, souligne le président du Conseil central Côte-Nord CSN, Guillaume Tremblay. Si, en plus, on coupe dans le secteur public, ça va faire extrêmement mal. Même le secteur commercial va en souffrir, car le montant de cette prime, déjà budgété dans le budget familial, retourne directement dans l’économie régionale par la consommation des ménages. » Jean-Pierre Porlier, président du Syndicat des employé-es de soutien du cégep de Sept-Îles (FEESP–CSN) poursuit : « 8 % en moins, ça veut dire plus de 3000 dollars en moins par année dans le budget familial. Plusieurs de nos membres forment une famille avec une autre personne qui travaille aussi dans les services publics. Ça commence à faire un méchant trou. » Guillaume Tremblay ajoute : « C’est carrément un appauvrissement supplémentaire pour nous car, comme tous les autres salarié-es de l’État, on se voit imposer un gel de salaire de deux ans et des augmentations bien en deçà de l’inflation. »

Un sondage mené récemment auprès de 2000 salarié-es démontre d’ailleurs que la moitié d’entre eux songeraient à quitter la région si la prime était retirée. La vice-présidente de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN), Gisèle Charrette, n’est pas étonnée. « C’est certain que plusieurs vont y penser. Le coût de la vie et pas mal plus élevé ici que, disons, à Québec. Le danger de voir s’aggraver la pénurie de main-d’œuvre est bien réel. »

D’ailleurs, les syndicats FSSS–CSN du réseau public ont réagi rapidement à cette nouvelle mesure d’austérité : en assemblée générale, ils se sont dotés de mandats de grève générale illimitée, en Front commun. Les syndicats CSN sont intervenus dans les instances de leur fédération respective afin de sensibiliser tous les salarié-es à leur situation. C’est ainsi que toutes les organisations de la CSN ont décidé de soutenir cette lutte et d’exiger du gouvernement le retrait de cette demande.

Consensus régional

Pour Guillaume Tremblay, le consensus régional ne fait aucun doute. Tout le milieu socioéconomique craint les impacts économiques du retrait de la prime. Il y a quelques mois, il a rencontré le ministre responsable de la région, Pierre Arcand. « Je lui ai exposé pourquoi la région s’élève en bloc contre une telle décision. Je crois qu’on a eu une bonne écoute de sa part même si rien ne nous permet de penser à ce moment-ci que le gouvernement va changer son fusil d’épaule. Je lui ai demandé pourquoi le gouvernement tenait tant à cette demande. Sa seule réponse a été la nécessité d’équilibrer le budget, et qu’il fallait toutes et tous se serrer la ceinture en ces moments difficiles. Mais on ne baissera pas les bras. La mobilisation est là. On ne lâchera pas. »

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Le secteur public n’y échappe pas https://www.csn.qc.ca/actualites/le-secteur-public-ny-echappe-pas/ Thu, 01 Oct 2015 14:31:10 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=62895 Le 7 septembre 2015, jour de la Fête du travail, l’Organisation internationale du travail (OIT) affirmait que le précariat devient la norme dans le monde du travail. Les travailleuses et les travailleurs du secteur public québécois ne font pas exception : la sécurité d’emploi s’érode de plus en plus dans toutes les catégories d’emploi.

Les salarié-es à statut précaire représentent 35,5 % du personnel dans le secteur public, alors que 16 % d’entre eux travaillent à temps partiel. C’est donc dire que 51,5 % des salarié-es n’ont pas de sécurité d’emploi. Pour Eve-Lyne Couturier, chercheuse à l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), « il y a un gros problème avec l’obtention de la permanence dans le secteur public. Pour certaines personnes, la précarité prend la forme de contrats de travail de six mois ou d’un an qui peuvent se renouveler durant 15, voire 20 ans », affirme-t-elle.

Les effets de la précarité d’emploi sont très néfastes pour les travailleuses et les travailleurs, et ce statut comporte des conséquences qui peuvent s’avérer dramatiques : perte d’autonomie professionnelle, incapacité d’entreprendre des projets à long terme, insécurité financière, stress et détresse psychologique. « Lorsqu’on a un emploi précaire, on est beaucoup plus dépendant de la performance à court terme, ce qui crée une pression énorme. Avoir un horizon d’emploi sur le long terme permet de mieux répartir son travail dans le temps et ainsi de mieux gérer son stress. La solution la plus efficace pour régler ce problème serait d’ouvrir davantage de postes permanents », ajoute Mme Couturier.

La chercheuse estime que même si les précaires sont syndiqués et biens défendus par leur syndicat, individuellement, ils ressentent davantage de pression que leurs collègues permanents. « Il est aussi plus difficile de faire valoir ses droits. Un travailleur précaire hésite beaucoup plus à prendre des congés ou à porter plainte lorsqu’il est victime d’une injustice dans son milieu de travail », conclut-elle.

La formation continue dans le réseau collégial

Les enseignants de la formation continue donnent des cours le soir et sont souvent livrés à eux-mêmes. Pour Isabelle Bouchard, enseignante au cégep de Jonquière, « le secteur de la formation continue carbure à la précarité, on n’y trouve presque pas d’enseignants permanents ». À une certaine époque, les chargé-es de cours se servaient de la formation continue comme revenu d’appoint et travaillaient à temps plein ailleurs. Cette tendance s’est inversée. « L’étude que nous avons récemment réalisée démontre que 50 % des enseignants de la formation continue sont les mêmes profs précaires qu’on retrouve au régulier », confirme Isabelle Bouchard.

Les chargé-es de cours de la formation continue ne sont payés que pour leur enseignement. « Lorsqu’ils assistent à des réunions, ils sont payés de différentes façons, parfois on paie leur lunch ou on leur donne des jetons échangeables contre de l’argent. Les employeurs considèrent cette pratique comme de la rémunération. C’est scandaleux ! », s’indigne l’enseignante.

Précarité rime avec incertitude et stress. Les chargé-es de cours vivent cette pression chaque début de session. « Souvent, les enseignants se font appeler la veille pour donner un cours le lendemain. S’il n’y a pas assez d’étudiants qui restent inscrits au cours, on ne le rappelle pas. Il aura tout préparé pour rien, sans être payé », déplore-t-elle.

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Des économies sur le dos des travailleuses https://www.csn.qc.ca/actualites/des-economies-sur-le-dos-des-travailleuses/ Thu, 01 Oct 2015 14:24:25 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=62893 À la lumière des offres salariales qu’il a déposées aux 540 000 travailleuses et travailleurs du secteur public québécois, il est difficile de croire qu’il considère le travail de celles qui, encore plus que les hommes, portent à bout de bras les services à la population.

Déjà confrontés à un retard de rémunération globale de 7,6 % par rapport à l’ensemble des salarié-es québécois, les travailleuses et les travailleurs du secteur public se voient proposer un gel salarial de deux ans et des modifications importantes au RREGOP qui retarderont leur admissibilité à la retraite et diminueront leur rente.

« L’austérité libérale semble s’acharner sur les femmes. Aux multiples compressions annoncées s’ajoutent les offres méprisantes du Conseil du trésor aux travailleuses et travailleurs du secteur public, dont plus de 75 % sont des femmes : un appauvrissement important, maintenant et à la retraite », soutient Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN.

Au cours des 25 dernières années, les effectifs dans le secteur public se sont féminisés. Selon les chiffres fournis par le Conseil du trésor, les emplois du réseau de l’éducation étaient occupés à près de 63 % par des femmes en 1990 alors qu’aujourd’hui ce chiffre tourne autour de 73 %. La tendance est la même en santé, avec une augmentation de l’effectif féminin de plus de 5 % entre 1990 et 2012, pour atteindre aujourd’hui 81 %.

Avec ces données sans équivoque sur la place qu’occupent les femmes dans les réseaux publics, Francine Lévesque s’interroge sur les motivations actuelles des libéraux dans le cadre de la négociation en cours. « L’État est le plus gros employeur du Québec. Ne devrait-il pas montrer l’exemple ? Que dit le gouvernement à toutes ces femmes qui choisissent d’enseigner, de prendre soin des citoyens, de travailler auprès des plus démunis ? Et quel message envoie-t-il à l’ensemble de la population québécoise en dévalorisant ces métiers traditionnellement féminins ? »

Secteur public et vie familiale : incompatible ?

À l’automne 2014, des discussions sur l’importance de favoriser l’implantation de nouvelles mesures de conciliation travail-famille-études se sont tenues dans les assemblées des syndicats et dans les instances des organisations qui composent le Front commun. Ainsi, une des revendications syndicales déposées au Conseil du trésor le 30 octobre 2014 l’appelait à mandater les parties patronales nationales (CPN) à mettre en application les solutions concrètes identifiées sur le plan sectoriel concernant la conciliation travail-famille-études et à dégager les ressources nécessaires pour la mise en application de ces solutions.

Un an plus tard, le Conseil du trésor n’a toujours pas répondu à la demande formulée par le Front commun. Toutefois, dans les projets déposés aux tables sectorielles, plusieurs revendications patronales viennent clairement indiquer que la conciliation travail-famille-études ne fait pas partie des préoccupations du gouvernement.

Dans le réseau de l’éducation, le constat est déjà inquiétant. Pour Susie-Anne Lecavalier, secrétaire administrative au cégep du Vieux-Montréal et secrétaire générale du syndicat, les conditions de travail du secteur public qui favorisaient l’accès des femmes à l’emploi se détériorent à une vitesse folle. « Dans certains départements de notre collège, l’augmentation de la charge est bien réelle. Par exemple, à l’encadrement scolaire, un poste a été aboli, une employée est partie à la retraite et une autre a obtenu un poste ailleurs dans le collège. Ces trois salariées n’ont pas été remplacées, si bien que les agentes de bureau toujours à l’emploi de ce département ont vu leur tâche s’alourdir considérablement. Le stress qui accompagne ce surcroît de travail touche tous les membres du personnel, mais il est évident que, lorsqu’en raison d’obligations familiales on ne peut allonger nos heures de boulot, ce stress devient encore plus difficile à gérer. »

Parmi les demandes patronales adressées au personnel de soutien des cégeps, plusieurs attaquent de plein fouet la sécurité d’emploi et augmentent considérablement la précarité des travailleuses et des travailleurs. « Il est évident qu’en tant que mère de famille, je cherche une certaine stabilité d’emploi. Avec ce qui est sur la table présentement, je pourrais désormais voir mon poste aboli en milieu d’année. Et si on ne peut me replacer à l’intérieur de mon établissement, on pourrait m’obliger à accepter un emploi à 200 km de chez moi », ajoute Susie-Anne Lecavalier. La situation est tout aussi préoccupante dans le réseau de la santé et des services sociaux. Plusieurs demandes viennent mettre de sérieux bâtons dans les roues de la conciliation travail-famille-études. Une de celles-ci ouvre la porte à l’instauration d’horaires atypiques, sans entente préalable avec le syndicat, ce qui pourrait entraîner l’imposition d’une plage horaire de 12 heures consécutives.

Caroline Huard, préposée au service alimentaire à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, témoigne de l’inquiétude que suscitent ces demandes, particulièrement auprès de celles et ceux qui ont des enfants à charge. « Lorsqu’on entre dans le réseau, on travaille souvent sur des quarts de travail de nuit. Ça a été mon cas il y a 15 ans, lorsque j’ai commencé à travailler à l’hôpital. Comme mère seule, ce n’était pas simple d’organiser mon horaire, mais j’y suis arrivée. Par contre, avec la proposition sur la table actuellement, qui ferait en sorte que l’horaire pourrait sans cesse être modifié, il deviendra très difficile de mener de front vie de famille et vie professionnelle dans le secteur public. »

Toujours à la table sectorielle de la santé, la demande sur la mobilité de la main-d’œuvre, qui est sensiblement la même que celle qu’on trouve dans le cahier patronal des collèges, inquiète également les salarié-es. « Se faire imposer un lieu de travail à 100-150 km de son domicile, c’est insensé ! Cela signifie qu’il faudra lever les enfants à 5 h du matin pour les faire déjeuner… Et qui s’occupera d’eux avant l’ouverture et après la fermeture du service de garde, quand les parents devront faire deux heures de voiture pour aller au travail et en revenir », se demande Caroline Huard.

Ces mesures proposées par les comités patronaux forceront les parents, particulièrement ceux en situation de monoparentalité, à choisir entre un emploi dans le secteur public et une vie de famille.

La négociation : un moment charnière

Pour Susie-Anne Lecavalier et Caroline Huard, comme pour l’ensemble des travailleuses du secteur public, cette négociation est cruciale. C’est le moment d’exiger plus de respect et une valorisation du travail des centaines de milliers de femmes qui se dévouent au quotidien pour offrir des services de qualité. D’ici 2020, le secteur public vivra le plus important renouvellement de main-d’œuvre de son histoire. Afin de relever ce défi colossal, le Québec aura besoin de toutes les forces en présence. Le gouvernement doit mettre fin à la discrimination et s’assurer dès maintenant d’offrir des conditions salariales et de travail décentes pour toutes et tous.

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Couper coûte que coûte https://www.csn.qc.ca/actualites/couper-coute-que-coute/ Thu, 01 Oct 2015 14:15:27 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=62890 Des conséquences directes se sont fait sentir sur les services offerts à la population ainsi que sur les conditions dans lesquelles des milliers de travailleuses et de travailleurs exercent leur profession. La négociation pour le renouvellement des conventions collectives des salarié-es du secteur public n’échappe pas à ces grandes tendances.

Tant dans les secteurs de l’éducation et de la santé et des services sociaux que dans les organismes gouvernementaux ou dans la fonction publique, les comités patronaux ont tous déposé des demandes de reculs (ou soulevé des « problématiques » menant à des reculs) attaquant directement les conditions de travail des travailleuses et des travailleurs et leur capacité à offrir des services de qualité.

Disponibilité, flexibilité, mobilité

Depuis quelques années, le réseau public fait face à des problèmes grandissants de pénurie et de rareté de main-d’œuvre. Ainsi, le gouvernement voudrait maximiser la disponibilité du personnel en accroissant sa flexibilité et sa mobilité par la révision de certaines clauses des conventions collectives. Par exemple, la partie patronale a formulé une demande visant à permettre aux employeurs d’imposer unilatéralement, sans consultation, des horaires atypiques afin de répondre à ses besoins de main-d’œuvre. La semaine de travail pourrait même être étalée sur « plus de cinq jours ».

Les heures supplémentaires sont également dans la mire du gouvernement. Ce dernier voudrait cesser de payer les heures effectuées après un quart normal de travail en étalant sur une semaine, voire sur une période de paye, le nombre d’heures normales. Ce ne sont que les heures travaillées en surplus sur cette période étalon qui seraient considérées comme supplémentaires. Comme le mentionne Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN, le gouvernement « aborde les problèmes complètement à l’envers. La pénurie de main-d’œuvre provoque un surplus d’heures supplémentaires et des excédents de coûts ? Pas de problème, nous dit le gouvernement, on va abolir le paiement des heures supplémentaires après un quart normal de travail. On a de la difficulté à trouver du personnel dans certaines régions ? Abolissons les primes de rétention instaurées pour répondre à ces situations particulières. Ce sont des mesures qui nous ramèneraient 30 ans en arrière. »

Le mirage du privé

Nos services publics ne souffrent pas seulement de leur sous-financement, mais également de leur mal-financement. L’actualité nous a offert son lot d’exemples de gaspillage des deniers publics dans la collusion, la corruption et le copinage. Les effets de la sous-traitance, de l’octroi de contrats en partenariats public-privé et du recours aux agences de placement sont bien documentés : perte d’expertise à l’intérieur de nos réseaux, dégradation de la qualité des services à la population et hausse de coûts pour l’État. Pourtant, le gouvernement persiste encore aujourd’hui dans sa volonté de privatiser notre réseau public : dans le cadre des négociations, le gouvernement souhaite abolir les lettres d’entente qui posent des balises au recours au privé.

Au diable l’autonomie professionnelle

Le mal-financement de nos réseaux publics s’exprime également par une croissance du nombre de cadres supérieure à celle du nombre des personnes salariées. Entre 2003 et 2013, le nombre de cadres dans le réseau de la santé a augmenté de plus de 26 % — une croissance deux fois plus importante que celle des salarié-es. L’importation des modes de gestion du secteur privé a, en effet, entraîné une explosion de l’encadrement et des modes de reddition de comptes. L’implantation dans nos réseaux de la nouvelle gestion publique a provoqué une multiplication des contrôles administratifs du travail des salarié-es. Dans certains cas, jusqu’à un tiers de ce temps de travail est consacré à compiler des statistiques et à remplir une multitude de rapports. Autant de temps de travail qui n’est pas consacré aux services à la population.

Par exemple, dans le réseau de la santé et des services sociaux, les employeurs ont indiqué vouloir poursuivre « leurs processus d’optimisation des ressources », notamment avec des indicateurs permettant de mesurer la durée du bain d’un bénéficiaire.

En éducation, cette tendance se traduit entre autres par une volonté des directions générales de s’ingérer dans la gestion quotidienne du personnel enseignant des cégeps. En effet, depuis 40 ans, les enseignantes et les enseignants de cégep élisent la coordination de leur département et celle de leur comité de programme. Une façon de faire qui assure la collégialité des décisions et qui respecte leur autonomie professionnelle. Les directions de cégep tentent d’y mettre un terme et de nommer elles-mêmes les coordinations.

Trop chère, l’assurance salaire

Les coupes répétitives ont également un effet négatif sur la qualité de vie au travail des travailleuses et des travailleurs. Les charges de travail s’alourdissent et les divers processus de réorganisation du travail ne visent, trop souvent, qu’à accélérer les cadences. L’accentuation de la morosité dans les milieux de travail n’est pas étrangère à l’augmentation des cas d’épuisement professionnel et de l’absentéisme au travail. Il n’est donc pas étonnant que les coûts de l’assurance salaire aient augmenté de façon significative au cours des dernières années : ils ont atteint 389,6 millions de dollars en 2013.

Plutôt que de s’attaquer aux sources des problèmes, le gouvernement propose de restreindre l’accès à l’assurance salaire, en plus d’en réduire les bénéfices, dont la durée et les prestations. Il voudrait également retirer aux salarié-es absents pour cause d’accident ou de maladie le droit de recevoir leurs prestations lorsque le diagnostic est contesté par l’employeur. Enfin, un employé devrait vider sa banque de congés avant de pouvoir toucher des prestations d’assurance salaire.

Un entêtement idéologique

Les comités patronaux sectoriels refusent de s’attaquer aux enjeux et aux problèmes qui menacent la qualité et l’accessibilité de nos services publics. Plutôt que d’entendre les solutions de milliers de travailleuses et de travailleurs du secteur public, ceux-là même qui détiennent l’expertise, les comités patronaux s’entêtent, de manière idéologique, à tenter de réaliser des économies de bouts de chandelle.

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Gonflés à bloc https://www.csn.qc.ca/actualites/gonfles-a-bloc/ Thu, 01 Oct 2015 14:05:33 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=62887 Au lendemain de la plus grande manifestation de l’histoire des fronts communs, les militantes et les militants du secteur public s’apprêtent à perturber l’ensemble des régions du Québec afin de mettre la pression sur le gouvernement pour convenir d’un règlement satisfaisant négocié — et pourraient bien utiliser plus tôt que tard leurs mandats de grève. Un rapport de force que le Front commun prépare minutieusement depuis des mois.

Des files d’autobus — 384 très exactement — de toutes les régions du Québec convergeant vers Montréal. Des dizaines de milliers de protestataires prenant d’assaut le métro pour rejoindre le centre-ville de Montréal. En tout, plus de 150 000 personnes étaient dans la rue le 3 octobre dernier, à l’invitation du Front commun, pour se porter à la défense des services publics et des conditions de travail de celles et ceux qui y œuvrent au quotidien.

Cette forte participation ne surprend pas le président de la FSSS-CSN, Jeff Begley : « En voulant détériorer les conditions dans lesquelles nous exerçons notre travail, le gouvernement vient directement miner notre capacité à offrir des services publics de qualité. Et ça, c’est l’ensemble de la population du Québec qui en souffrirait ». Quelques jours auparavant, la CSN, la CSQ et la FTQ annonçaient avoir obtenu leurs mandats de grève tournante de six jours. Et pas n’importe quels mandats : à plus de 85 % pour la CSN et la FTQ, à 82 % du côté de la CSQ. Au moment d’écrire ces lignes, le SFPQ et l’APTS étaient sur le point de terminer leur exercice de consultation.

« De toute ma vie, je n’ai jamais vu de mandats de grève aussi forts, explique Marjolaine Côté, vice-présidente de la FEESP-CSN. Les assemblées étaient bondées : les gens ont pu non seulement exprimer toute leur colère envers les offres du gouvernement, mais également nous donner les moyens nécessaires pour débloquer nos tables de négociation. »

Il y a plusieurs mois déjà que le Front commun affirme que, compte tenu des offres méprisantes du gouvernement, le recours éventuel à la grève ne pourrait être écarté. « Ce n’est pas une mince affaire que d’obtenir des mandats de grève de la part de centaines de syndicats représentant plus de 400 000 personnes. Nous avons choisi de lancer les discussions le plus tôt possible. Dès le 31 mars, nous étions 2500 militantes et militants de l’ensemble des organisations du Front commun, réunis à Québec, pour débattre du recours à la grève, rappelle Caroline Senneville, présidente de la FNEEQ-CSN. En constatant l’ampleur des mandats, le pari semble avoir porté ses fruits ! »

« Nous devons continuer à augmenter notre rapport de force, souligne le président de la FP-CSN, Michel Tremblay. Tout au long du mois d’octobre, nous appelons les militantes et les militants du Front commun à tenir des actions de perturbation socio­économique dans l’ensemble des régions du Québec. Et si le gouvernement continue à faire l’autruche et à ignorer notre mécontentement, nous n’aurons d’autre choix que d’utiliser nos mandats de grève. »

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Appauvrir les salariés, appauvrir le travail https://www.csn.qc.ca/actualites/appauvrir-les-salaries-appauvrir-le-travail/ Thu, 01 Oct 2015 13:58:43 +0000 https://www.csn.qc.ca/?post_type=csnqc_actualite&p=62884 Un rapport Godbout-Montmarquette pour gonfler artificiellement le déficit anticipé. Deux budgets seulement pour en arriver à l’équilibre budgétaire et imposer une croissance des dépenses nettement en deçà de celle des besoins. Une loi pour contrôler les effectifs dans l’ensemble des services publics. Une commission, dorénavant permanente, pour revoir l’ensemble des programmes. D’immenses projets de restructuration des réseaux, d’abord en santé, et en éducation avant longtemps. Les négociations actuelles des 540 000 salarié-es du secteur public doivent être remises dans leur contexte : celui d’une recette d’austérité libérale appliquée avec vigueur.

Après la gifle des offres du Conseil du trésor, qui réservaient aux employé-es de l’État un gel salarial de deux ans et des reculs importants à leur régime de retraite, l’insulte allait surgir des dépôts présentés par les comités patronaux de négociation (CPN) aux tables sectorielles des secteurs de la santé et des services sociaux, de l’éducation, de l’enseignement supérieur et des organismes gouvernementaux.

Flexibilité des horaires de travail, disponibilité et mobilité de la main-d’œuvre, optimisation de la gestion des ressources : des concepts qui vont plus loin que l’ensemble des dépôts sectoriels et qui remettent en question des pans entiers des conventions collectives du secteur public. Le gouvernement souhaiterait, entre autres choses, imposer des horaires hebdomadaires sur plus de cinq jours, forcer l’obligation d’accepter un emploi à plus de 50 km du lieu de travail initial, calculer les heures supplémentaires sur la base d’une période de paie plutôt que quotidienne et, pourquoi pas, restreindre les droits syndicaux.

Pour Francine Lévesque, vice-présidente de la CSN et responsable des négociations du secteur public, la volonté du gouvernement libéral de revoir l’ensemble des structures des réseaux publics explique en partie la nature même des demandes des comités patronaux de négociation.

« Pour faciliter la mise en place de ses mégastructures dans le réseau de la santé — et celles annoncées pour le secteur de l’éducation — le gouvernement cherche à charcuter de nombreuses balises de nos conventions collectives. Pour les libéraux, les employeurs devraient pouvoir nous faire travailler quand ils veulent, où ils veulent et comme ils veulent, sans égard à l’expertise et aux façons de faire développées par les intervenants, sans égard à leurs responsabilités familiales. Comme si nous n’étions que des pions interchangeables d’une immense chaîne de montage de prestation de services. Ce sont des dizaines d’années de gains, notamment en matière de conciliation famille-travail, que le gouvernement veut aujourd’hui anéantir. Tout cela au gré des ministres du jour et de leurs sempiternels désirs de chambarder nos réseaux chaque dix ans. »

Réduire la taille de l’État

Professeur au Département de relations industrielles de l’Université Laval, Jean-Noël Grenier suit de près le bras de fer entre le gouvernement et les salarié-es du secteur public. « Nous sommes devant un gouvernement très idéologique, très loin des réalités des milieux de travail. Quand on met en relation les négociations actuelles avec les travaux de la Commission Godbout sur la fiscalité et de la Commission Robillard sur la révision des programmes, on constate que le gouvernement veut un État plus petit, plus “moderne”, avec moins de services à la population. C’est dans ce contexte que se déroule la négo, dans un contexte de compressions budgétaires et de réorganisation du travail et de la prestation des services. »

Pour Jean-Noël Grenier, l’idéologie préconisée par les libéraux prend racine dans la vision anglo-saxonne des services publics, telle que développée par l’Angleterre de Margaret Thatcher. « Les libéraux veulent un modèle de flexibilité de la main-d’œuvre qui transfère les risques économiques sur les salarié-es. On tente d’avoir plus de personnes sur appel ou à temps partiel, sans heures garanties. On veut de plus en plus de sous-traitance et de recours à des agences de placement, une position où le gouvernement a beaucoup moins de responsabilités.

« Le problème, c’est qu’on développe un modèle “noyau-périphérie”. Un noyau stable pour quelques personnes et une périphérie où les salarié-es, fortement précaires, livrent des services dans des conditions de travail nettement inférieures. »

Francine Lévesque confirme cette tendance : « De plus en plus, on constate dans le réseau de la santé que les employeurs veulent se limiter à gérer les soins. Tout ce qu’ils considèrent comme étant accessoire, tels les services alimentaires ou les buanderies, serait envoyé à la sous-traitance, avec les résultats qu’on connaît : augmentation des coûts pour l’État, dégradation des conditions de travail pour les salarié-es. »

Voilà pourquoi le Front commun a déposé, tant à la table centrale qu’aux tables sectorielles de négociation, un ensemble de demandes visant à améliorer l’organisation du travail et qui entraîneraient des économies d’échelle pour l’État. Parmi celles-ci, une demande visant à réduire le recours au secteur privé, que ce soit par le truchement de la sous-traitance ou des agences de placement.

« Nous avons fait la démonstration au Conseil du trésor que le gouvernement pourrait économiser des millions en rapatriant au secteur public un ensemble d’opérations de plus en plus confiées au secteur privé. Jusqu’à maintenant, nous n’avons reçu aucune réponse, aucune, de la part du gouvernement. Ce qui confirme pour nous le biais idéologique de ces négociations : en ignorant de telles économies, le gouvernement démontre que ce n’est pas tant le retour à l’équilibre budgétaire qu’il recherche, mais d’abord et avant tout une diminution de la taille de l’État et de l’offre de services publics. »

Les demandes du Front commun visant à protéger l’autonomie professionnelle des salarié-es des services publics sont tout autant restées lettre morte, souligne Francine Lévesque. Alors qu’au cours des dernières années la proportion du nombre de cadres a crû beaucoup plus rapidement que celle du nombre de salarié-es, les travailleuses et les travailleurs du secteur public sont de plus en plus nombreux à dénoncer les pertes de temps entraînées par la multiplication des mesures administratives d’encadrement.

Ce modèle d’organisation du travail, où l’on multiplie les mesures de surveillance, de minutage et les tâches administratives de compilation statistique, représente un réel appauvrissement du travail, selon Jean-Noël Grenier. « C’est un enjeu pour la qualité des emplois et pour la qualité des services publics. Si on vide le travail de son sens, on va avoir des difficultés à livrer des services publics de qualité. Personne ne trouve de motivation dans une job plate. Quand les conditions de réalisation de son travail et le niveau d’engagement et d’identification envers celui-ci ne sont pas au rendez-vous, un employeur fait inévitablement face à des problèmes de prestation de travail. Malheureusement, ça semble être la dernière préoccupation du gouvernement actuel. »

 


LE SECTEUR PUBLIC EN CHIFFRES

400 000 Le Front commun rassemble 400 000 des 540 000 salarié-es de l’État québécois

75 % Des emplois du secteur public sont occupés par des femmes

35 % Des employé-es de l’État sont précaires, sur appel et sans aucune sécurité d’emploi

48 % Seulement 48 % des salarié-es du secteur public occupent un emploi régulier à temps complet

0 % Le gouvernement libéral impose un gel salarial de deux ans à ses employé-es

40 % Les demandes du gouvernement pourraient entraîner une diminution des rentes des retraité-es allant jusqu’à 40 %

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