Plus que jamais, debout contre le décret !
À l’occasion de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale, les employé-es du secteur public, membres de la CSN, organisent des actions dans toutes les régions pour dénoncer le décret qui a mis fin, unilatéralement, à la négociation de leurs conditions de travail. Aujourd’hui, devant le Parlement, les présidences de la CSN et des quatre fédérations du secteur public sont venues réitérer leur volonté de poursuivre la lutte en vue de retrouver le droit de négocier pour les travailleuses et les travailleurs du secteur public. Ce geste revêt une grande portée symbolique puisque la dernière fois que les députés ont été présents dans l’enceinte de l’Assemblée nationale c’était pour voter, en suspendant les règles démocratiques, des lois qui font reculer le Québec. L’une d’entre elles, c’est la loi 142.
Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, accompagnée de Ginette Guérin, présidente de la Fédération des employées et employés des services publics, Pierre Lamy, président de la Fédération de la santé et des services sociaux, Michel Tremblay, président de la Fédération des professionnèles et Ronald Cameron, président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec, a souligné le caractère odieux du décret voté en décembre dernier.
Des actions aujourd’hui
Aux quatre coins du Québec, des membres de la CSN portent le deuil, vêtus de noir. Ils tiennent des actions pour faire part de leur colère et de leur détermination à retrouver leurs droits. Entre autres, plusieurs d’entre eux déposent aujourd’hui, à leurs administrateurs locaux, des déclarations solennelles de résistance au décret. Depuis quelques semaines, les syndicats du secteur public adoptent cette déclaration dans laquelle ils s’engagent à se mobiliser contre le décret. Déjà, plus de la moitié des syndicats du secteur public de la CSN représentant au-delà de 92 mille personnes l’ont adoptée et cette opération se poursuit de plus belle.
D’autres actions ont lieu tout au cours de la journée. Il y a eu, notamment, un tribunal populaire qui s’est tenu ce matin devant le Parlement pour dénoncer la démolition des outils collectifs par ce gouvernement. Devant les établissements et les institutions, de l’information est diffusée à la population, des tracts sont distribués aux abords des axes routiers et des piquets symboliques ou des haies de déshonneur sont érigés. Des députés libéraux, péquistes et adéquistes ont été rencontrés depuis quelques jours et continueront à l’être au cours des prochains jours.
La CSN n’oubliera pas
« Le gouvernement Charest se trompe profondément s’il croit que nous oublierons ce décret. Ses effets désastreux sur les employé-es de l’Etat et sur les services publics se feront sentir jusqu’en avril 2010. Les travailleuses et les travailleurs se sentent méprisés. Leur droit de négocier a été complètement bafoué », affirme Claudette Carbonneau.
Selon la présidente de la CSN, le gouvernement veut effacer le tableau et recommencer comme si de rien n’était. Il voudrait faire croire à la population que son bilan législatif, économique, social et politique est positif. Il n’en est rien. Le gouvernement tient un discours sur les finances publiques, la dette et les services publics qui fait reculer collectivement le Québec. Le décret a été une des pierres qui jalonnent son parcours négatif. Il s’agira de voir maintenant s’il changera de cap à l’ouverture de la nouvelle session ou si cela ne sera que l’illusion d’un nouveau départ.
Cette journée est la première d’un plan d’action dans lequel la CSN s’engage à talonner le gouvernement libéral jusqu’aux élections. Au discours triomphaliste du gouvernement, la CSN opposera la réalité du quotidien. Un Québec différent, où les services publics et ses travailleurs y sont respectés, peut exister.
Rappel sur le décret
Ce décret nie le droit de négocier ainsi que le droit de grève et ratatine la liberté d’expression. Il fixe les conditions de travail de juin 2003 au 31 mars 2010.
Il appauvrit les employé-es de l’Etat. Les salaires sont augmentés de 8 % pour près de 7 ans, incluant un gel de salaires pour les deux premières années de la convention collective. Pour ces deux années, soient 2004 et 2005, l’augmentation du coût de la vie a été d’environ 5 %. C’est donc dire que, maintenant, le salaire réel des employé-es de l’Etat est de 5 % moins élevé qu’en 2003 !
Le gouvernement dévalorise et déclasse lui-même ses propres employé-es. Avant le décret, les salaires étaient déjà inférieurs de 15 % à ceux de l’ensemble des autres salarié-es québécois. Depuis plusieurs années, les employé-es de l’Etat subissent une lente érosion de leurs conditions de travail et le décret n’a fait qu’amplifier ce phénomène.
Le gouvernement doit donner l’exemple: suivre les règles normales de la négociation et offrir des conditions de travail adéquates dans le secteur public. Ce n’est plus le cas. Avec ce décret, le gouvernement a mis fin abruptement, sans aucune raison, aux négociations et n’a offert aucune amélioration aux autres conditions de travail comme le régime de retraite et les vacances.
Pour la présidente de la CSN, il est clair que le décret ne règle en rien les problèmes vécus par les réseaux de l’éducation, de la santé et des services sociaux, tous malmenés par un sous-financement public, des réformes successives et une mauvaise organisation du travail. « Au contraire ! s’exclame- t-elle, le gouvernement ne peut prétendre qu’il réglera ainsi les problèmes de surcharge de travail, de précarité des emplois, de manque de ressources et de rétention du personnel. Comment pourra-t-il attirer les jeunes vers des emplois dans le secteur public si les conditions de travail s’y dégradent et s’il laisse planer le spectre de la privatisation et de la sous-traitance de pans entiers des services ? »
Des emplois décents dans les services publics assurent une stabilité et une qualité de services. L’ensemble des citoyens dont les jeunes familles, les personnes âgées, les malades, les enfants et les étudiants ont droit à de bons services et les employé-es de l’Etat, à de bonnes conditions de travail; les deux sont indissociables, concluent les présidents des fédérations du secteur public de la CSN.
La CSN représente 300 000 personnes, dont 150 000 membres qui travaillent comme personnel de soutien dans les écoles et les cégeps, dans les organismes gouvernementaux, comme enseignantes et enseignants de cégeps et dans le réseau de la santé et les services sociaux. Elle est la centrale la plus représentative dans le secteur public au Québec.
Source : CSN – 14 mars 2006
Pour renseignements : Sylvie Joly, secteur public CSN (514) 605-0766