Conciliation famille-travail
La CSN demande une loi-cadre
La conciliation famille-travail étant une responsabilité collective qui ne peut être laissée aux seuls bons soins des entreprises, la CSN demande au gouvernement l’adoption d’une loi-cadre. « Toutes les études montrent que la réussite d’une politique de conciliation famille-travail exige des entreprises qu’elles prennent en compte les besoins familiaux. Et pour y arriver, une loi-cadre est nécessaire, tout comme pour la protection de l’environnement et la protection de la santé au travail », affirme la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.
Malgré le fait que le marché du travail s’est féminisé et que la majorité des parents voient dans l’aménagement du temps de travail une solution à leurs difficultés, peu d’entreprises ont en effet modifié leur culture organisationnelle. L’enquête de D.G. Tremblay et de C.H. Amherdt, réalisée en collaboration avec la CSN, en 2000, indique que moins de 20 % des 250 entreprises privées étudiées offrent de la souplesse dans l’aménagement du temps de travail. Un constat qui demeure d’actualité aujourd’hui, comme le démontre une analyse des conventions collectives de 2003 faite par le ministère du Travail. Celle-ci confirme que très peu d’employeurs acceptent de mettre en place des mesures formelles.
Le temps au travail sous tension
Nombreuses sont en effet les entreprises qui considèrent encore la conciliation famille-travail comme une affaire privée, voire même une affaire de femmes. De plus, les pressions de la concurrence et la volonté de réduire les coûts pour rentabiliser au maximum les équipements poussent plusieurs d’entre elles à allonger leur temps de production et à étendre leurs heures d’ouverture dans le secteur des services. Qualité totale, juste à temps, production à valeur ajoutée, amélioration continue sont aussi autant de façons de faire qui ajoutent des pressions. D’abord et avant tout assujetti aux fluctuations de la demande et de la production, les milieux de travail ont de surcroît connu une hausse du nombre des emplois atypiques et précaires tels que ceux sur appel, à temps partiel, à horaires coupés.
« Le constat que nous faisons est le suivant : le temps au travail est sous tension et confine les besoins familiaux au vestiaire. Ce ne sont donc pas le vieillissement de la population et la rareté de la main-d’uvre, comme le laisse entendre le ministre Béchard, qui amèneront les entreprises à changer, affirme la présidente de la CSN. Même un organisme comme l’OCDE le reconnaît. Ce serait donc de l’angélisme que de croire que les entreprises prendront en compte la conciliation famille-travail sans qu’il y ait une loi qui les y oblige. »
Sortir de l’immobilisme et de l’iniquité
En fait, les mesures les plus utilisées sont celles prévues à la Loi sur les normes du travail, c’est-à-dire les congés de maternité, les congés parentaux, les congés pour raisons personnelles ou familiales, les congés pour l’adoption d’un enfant et les vacances. « Même si cela est déjà un pas dans la bonne direction, on demeure tout de même bien loin des formules souples d’aménagement du temps de travail qui facilitent l’articulation entre la vie professionnelle et la vie familiale », ajoute Claudette Carbonneau.
De surcroît, selon le secteur industriel, la taille de l’entreprise et le type de travail effectué, la situation varie énormément. Ainsi, les risques d’iniquité entre milieux de travail et dans les milieux de travail eux-mêmes en matière de conciliation famille-travail sont réels. « Une politique essentiellement axée sur la sensibilisation et l’incitation ne peut pas contrer cela », renchérit la présidente de la CSN.
Plusieurs pays ont agi
Plusieurs pays ont adopté des lois forçant des changements dans les entreprises. L’Angleterre a choisi de reconnaître aux parents ayant des enfants de moins de six ans le droit de demander des assouplissements de leur temps de travail. Les Pays-Bas ont aussi une disposition similaire qui accorde aux parents le droit à une réduction volontaire de leur temps de travail.
Le Québec peut sûrement s’inspirer de ces expériences. La CSN souhaite qu’une loi cadre québécoise encadre l’ensemble des actions touchant la conciliation famille-travail et assure l’équité et l’égalité entre hommes et femmes. Il ne s’agit pas d’imposer du « mur à mur » mais de faire en sorte que, chaque milieu de travail soit tenu à une démarche pro-active paritaire, élabore un programme formel de conciliation famille-travail et voit ensuite de façon paritaire à sa mise en place et à son suivi. Il serait souhaitable d’envisager un soutien technique et, dans certains cas, financier pour aider des milieux de travail.
Source : CSN – 22-10-2004
Pour renseignements : Maroussia Kishka, Service des communications de la CSN, tél : (514) 598-2152
Lire aussi :
Commentaires de la CSN sur le document : Vers une politique gouvernementale sur la conciliation travail-familleprésentés au ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Monsieur Claude Béchard
Dossier de Perspectives CSN, octobre 2004 :
- Conciliation travail-famille : Beaucoup de chemin à parcourir…
- Revendiquer la semaine de quatre jours date.. d’il y a trente ans !
- Des progrès dans les conventions collectives… mais peu de résulats
- Les intérêts des salariés et des employeurs peuvent converger
- Il faut légiférer