STTCJM-CSN
Côtoyer la souffrance des enfants au quotidien
Le présent communiqué fait suite à la diffusion du documentaire « Les enfants de la DPJ », présenté au Canal D, le dimanche 29 août dernier de même qu’au rapport du conseil permanent de la jeunesse. Ce document, déposé au début d’août réfère à la qualité des services en centre jeunesse. La présentation de ces deux événements a rapidement amorcé un débat sur la place publique.
À titre de présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs du Centre jeunesse de Montréal, il m’est essentiel de prendre la parole au nom des travailleurs qui oeuvrent quotidiennement auprès des enfants en difficulté et de leur famille.
Nous sommes témoins de la souffrance de ces jeunes. Nous sommes aussi témoins de situations où ils n’ont pas toujours une réponse adéquate à leurs besoins. Nous dénonçons ces situations depuis des années, sans pour autant obtenir de réponse satisfaisante pour nos jeunes. Nous souhaitons que les services en centres jeunesse soulèvent « enfin » suffisamment d’intérêt pour qu’un débat de fonds ait lieu et permette un véritable choix social.
Les personnes qui travaillent auprès de ces enfants et de leur famille, sont des gens engagés et animés par une grande passion. Ce souci de l’enfant se retrouve non seulement chez nos intervenants, mais aussi chez les cuisiniers, les gardiens de nuit, les agents de sécurité… pour ne nommer que ceux-là.
Cependant, comme intervenants, et devant les incohérences de notre système, nous vivons souvent de l’impuissance et de la révolte. En effet, comment ne pas réagir devant des situations comme celles-ci :
- Un adolescent séjournant pendant 8 mois en centre de réadaptation sécuritaire alors qu’il est en attente d’une place en foyer de groupe;
- des jeunes qui, faute de places, couchent au sous-sol dans une salle de lavage;
- des frères et surs que l’on doit séparer au moment d’un placement par manque de famille d’accueil pouvant les accueillir;
- la surcharge de travail des intervenants sociaux qui doivent assurer le suivi de 23 à 27 enfants et de leur famille. Cette surcharge est reconnue par les autorités.
Ce n’est plus le système qui est au service des familles, mais plutôt les familles qui doivent s’adapter aux limites du système en place.
Nous dénonçons les irrégularités et nous revendiquons depuis longtemps des conditions pour offrir les services auxquels les enfants et leur famille ont droit, selon la loi. Parfois, les besoins cliniques s’opposent aux réalités administratives. En voici un exemple :
Malgré le besoin de stabilité de la relation d’aide entre le jeune, sa famille et l’intervenant social, il est fréquent que l’intervenant soit forcé de transférer le suivi d’un enfant à un autre et ce pour des raisons administratives. Ceci a des conséquences directes sur les jeunes.
Les coupures budgétaires touchent aussi les services de réadaptation. En effet, les ressources ont été coupées au point où nous sommes pris dans un réseau engorgé à longueur d’année. Les listes d’attente s’allongent et il devient normalisé qu’un enfant se retrouve dans le mauvais type de ressource. Les intervenants le dénoncent.
Pour toutes ces raisons, il est essentiel que le débat ait lieu. Pour qu’il soit loyal, il faut aborder tous les aspects de cette réalité. Ainsi, ou bien on se donne les moyens d’appliquer la loi de la protection de la jeunesse, ou alors on se donne une loi à la mesure de nos moyens.
Sylvie Théorêt présidente Syndicat des travailleuses et des travailleurs du Centre jeunesse de Montréal – CSN
Source : STTCJM– CSN – 06-09-2004
Pour toute information ou entrevues avec la présidente Sylvie Théorêt, communiquez avec Mme Céline Lagacé, vice-présidente à l’information, au numéro (514) 858-3930.