Quel bilan faire de cette campagne électorale ? L’élection minoritaire du Parti québécois (PQ) après huit ans de règne caquiste n’est pas une grande surprise. Ce qu’il reste à voir, c’est avec qui le PQ décidera de s’allier pour gouverner. Une chose est sûre, le rôle de la CSN sera de s’assurer qu’il entend la voix des travailleuses et des travailleurs.
Aucun parti n’est parvenu à rallier une majorité de la population derrière lui. Cette élection montre plus que jamais les revers du mode de scrutin et rappelle l’urgence d’implanter un système électoral plus proportionnel, qui prend réellement compte du vote de chacun.
L’épuisement du gouvernement caquiste aura permis au PQ de reprendre le pouvoir après plus de dix ans. Le fait que le vote s’est réparti entre cinq principaux partis politiques illustre la pluralité des voix qui s’expriment au sein de la population. L’arrivée prochaine à l’Assemblée nationale de 19 député-es du Parti conservateur du Québec (PCQ), malgré les frasques de certains candidats et la vision bien campée à droite du chef, Éric Duhaime, a de quoi inquiéter. L’élection de quelques député-es progressistes peut en revanche rassurer les syndicats.
Chose certaine, la CSN doit se préparer à réagir aux premiers projets de loi du gouvernement péquiste. Tous ceux qui iront dans le sens du bien commun recevront l’appui de la centrale. Il en ira autrement si le nouveau gouvernement décide de s’en prendre aux salarié-es et d’affaiblir les services publics.
Une campagne marquée par l’austérité
Cette campagne électorale a laissé place à une surenchère de propositions visant à réduire la taille de l’État. Quatre des cinq partis ont garanti des abolitions de postes dans la fonction publique, le tout en promettant, le plus sérieusement du monde, que ça se ferait sans le moindre effet sur les services. Si la CAQ s’engageait à supprimer 2 900 postes de fonctionnaires d’ici 2029, le PQ et le PCQ allaient beaucoup plus loin, et proposaient d’en supprimer de 16 000 à 20 000 en cinq ans.
Après des années à subir des vagues périodiques d’austérité, ces promesses ont de quoi faire sourciller. Les travailleuses et les travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux, du réseau de l’éducation et de l’enseignement supérieur sont les premiers à subir les compressions budgétaires implantées dans leurs établissements. Ils peuvent témoigner des impacts désastreux de chaque coupe, autant dans les services à la population que dans leurs conditions d’emploi. Les citoyennes et les citoyens voient bien, eux aussi, le résultat d’années de restrictions dans les réseaux publics. Leur accès en est restreint, pendant que les infrastructures en arrachent.
« Les partis politiques ont fait un choix lourd de conséquences dans cette campagne. Ils ont décidé de fermer les yeux sur la colonne des revenus. Laissant la richesse dans les poches des ultrariches, ils ont décidé de rejouer un vieux film usé : celui de l’attaque envers nos services publics. La campagne étant derrière nous, il faut maintenant souhaiter que le nouveau gouvernement se concentre sur l’amélioration des services à la population », explique la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
Laissés dans l’ombre
Plusieurs sujets ont été oubliés dans cette campagne électorale. Bien peu de temps a été consacré à l’environnement, alors que la crise climatique est plus préoccupante que jamais. Une image vaut mille mots : le troisième lien a pris plus de place que l’avenir de la planète. Il faut dire que le contexte économique incertain fait reculer cette préoccupation dans l’esprit de bien des gens.
L’éducation, l’enseignement supérieur, la culture, l’avenir des médias et les relations avec les Premières Nations comptent aussi parmi les sujets laissés dans l’ombre de cette campagne.
Éviter la lune de miel
De nombreuses idées économiques présentées durant la campagne penchent plus que jamais vers la droite. En pleine guerre commerciale, la CSN souhaitait plutôt que les partis s’engagent à défendre les travailleuses et les travailleurs et proposent des mesures économiques qui permettent d’enclencher la transition juste, partout au Québec.
Le cadre financier du Parti québécois présente des mesures d’austérité, servies dans un échéancier très rapide. Reste à voir comment les péquistes se comporteront, mais tout porte à croire que la réduction de l’État est dans le viseur.
Après chaque élection, il est de coutume d’accorder une période de grâce au nouveau gouvernement. Pourtant, c’est souvent dans les premiers mois que le ton de la gouvernance est donné. Il s’agit donc d’un moment important pour s’inscrire dans le débat public et réclamer des politiques pour le bien commun et pour les travailleuses et travailleurs.
C’est pourquoi la CSN suivra de près les 100 premiers jours du PQ. Parmi ses priorités, la centrale souhaite que le gouvernement retire les lois liberticides adoptées par la CAQ. La loi 14, qui freine le droit de grève, la loi 28, qui impose un régime discriminatoire en santé et sécurité du travail, ou encore la loi 4, qui permet l’ingérence du pouvoir dans les affaires syndicales. Le gouvernement se doit de rééquilibrer les relations de travail.
« La CAQ était devenue obsédée par les syndicats. On souhaite que le nouveau gouvernement respecte son engagement en mettant à la poubelle les lois autoritaires qui réduisent notre capacité à défendre les droits des travailleuses et des travailleurs. On va assurément se faire entendre sur cette question dans les 100 premiers jours », indique le premier vice-président de la CSN, François Enault.
Dans les derniers mois, la CSN a misé sur la campagne Faire front pour proposer sa vision du Québec de demain. Elle a interpellé les principaux partis pour obtenir leur avis à l’égard des solutions en faveur d’un meilleur partage de la richesse, le renforcement des services publics et la construction d’une économie d’avenir fondée sur une transition juste. C’est à la lumière de ces mêmes revendications que la centrale jugera les premières actions du gouvernement.
L’angle mort : la taxation de la richesse
Si la réduction de la taille de l’État et les annonces de coupes de postes dans la fonction publique ont pris tant de place, serait-ce parce que trop de partis refusent de s’engager à taxer davantage la richesse ? Il s’agit pourtant d’une préoccupation importante pour la population, comme le démontrait le sondage commandé par la CSN au printemps 2026 : les trois quarts des Québécoises et des Québécois sont en faveur d’une taxation accrue de la richesse, afin d’obtenir un meilleur financement des services publics.
Dans les mois à venir, la CSN continuera d’intervenir sur tous les fronts pour que la taxation de la richesse prenne plus de place dans le débat social. Une donnée montre à quel point il est pressant d’agir. Au Québec, de 2020 à 2024, 20 % des mieux nantis ont vu leur revenu annuel augmenter de 51,4 %, alors que 20 % des plus pauvres ont vu le leur baisser de près de 2 %. Rien de tout cela n’est une fatalité, mais encore faut-il que le nouveau gouvernement fasse de la réduction des inégalités sociales sa priorité.
L’Observatoire québécois des inégalités et Oxfam-Québec tenaient, en septembre dernier, un webinaire pour éclairer la population. Taxer les ultrariches serait un moyen d’investir dans le logement abordable, les services publics et les infrastructures. Pour bonifier les services à la population, il faudra nécessairement aller chercher l’argent là où il est.
« Si nous voulons que le gouvernement entende nos revendications, nous devons aller à sa rencontre et nous faire voir partout au Québec. Il doit comprendre que s’il n’avance pas sur les priorités du mouvement syndical pour bâtir le Québec qu’on veut, il va nous trouver sur son chemin », conclut la vice-présidente de la CSN, Katia Lelièvre.