Patrick Lagacé, journaliste à La Presse
Oui, j’haïs généralement les compagnies d’assurance. À cause des histoires d’horreur. Je suis assez chanceux pour ne m’être jamais frotté à elles, alors n’allez pas penser que je me venge, ici. Je touche du bois. Mais j’ai trop entendu d’histoires d’horreur, justement.
Ça va du gars dont la maison passe au feu, qui perd tout. Il n’a rien à se reprocher, aucune accusation au criminel, rien. Mais la compagnie d’assurance décide qu’il est suspect, décide de ne pas le dédommager. Zéro, rien. Le gars poursuit, ça prend des années et un jugement pour faire cracher ces salopards
Ça va de mon ami Pierre, qui se fait défoncer sa bagnole. On lui vole des trucs. La compagnie d’assurance lui offre un règlement, dérisoire. Pierre doit envoyer des lettres, élever la voix, mettre son poing sur la table pour qu’enfin, on lui propose un règlement à la hauteur de ce qu’il s’était fait dérober et à la hauteur de ce qu’il payait en primes depuis des années Et à la clé, si vous n’êtes pas content, le recours, c’est quoi ? C’est d’aller en cour, finalement. Devinez qui crie famine pendant que les avocats se battent Parce que la vérité, c’est qu’une compagnie d’assurance fait de l’argent de deux façons. Un, en investissant les sommes colossales qu’on lui confie. Deux, en refusant de payer des réclamations. Me semble que c’est assez simple à comprendre.
Ce qui nous amène au rapport Castonguay sur la place du privé dans le système de santé. C’est un dossier compliqué, des tas de génies l’ont commenté, alors je vous dirai seulement ceci : j’haïs les compagnies d’assurance. Alors quand j’entends qu’il faut leur faire de place dans le système de santé, j’ai la même réaction que quand quelqu’un frotte ses ongles sur un tableau. J’ai des frissons.
Êtes-vous sûrs ? Êtes-vous sûrs de vouloir faire entrer ces requins-là dans les hôpitaux ? Êtes-vous sûrs de vouloir confier à une compagnie d’assurance la décision de vous indemniser pour faire remplacer votre hanche ? Votre genou ? Ces requins-là sont assez culottés pour vous refuser un dédommagement quand vous vous voler un truc dans votre auto, vous pensez qu’ils vont avoir du cœur quand il s’agira de payer pour votre ménisque déchiré ? Vous pensez qu’ils ne vont pas chercher à trouver des « technicalités » pour refuser de payer l’opération ? Si vous les croyez, eh bien vous devez aussi penser que Blanche Neige est un documentaire
Aux États-Unis, les histoires de saloperies impliquant des compagnies d’assurance sont monnaie courante. Je ne parle même pas du poids bureaucratique – eh oui, les enfants, le « privé » a aussi une bureaucratie – pour les médecins et hôpitaux de faire affaire avec des dizaines de compagnies privées, je parle juste de compagnies qui refusent d’honorer des polices d’assurance en invoquant des motifs douteux.
Source : blogues, Cyberpresse– 19 février 2008 Pour aller sur la page du blogue