L’erreur d’une infirmière a provoqué des mesures d’urgence
Un incident, assez sérieux pour faire l’objet d’un rapport, a marqué la première journée d’opérations réalisées par une équipe médicale de l’hôpital du Sacré-Cœur à la clinique privée Rockland MD le 6 février : une infirmière de la clinique a injecté par erreur un calmant dans la veine d’une patiente plutôt que dans un muscle, ce qui a provoqué une chute de tension et nécessité des mesures d’urgence.
La patiente était opérée pour une hernie. Les infirmières et la salle d’opération étaient fournies par la clinique Rockland MD, en vertu d’une entente conclue deux mois plus tôt avec l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Le jour même, le ministre de la Santé Philippe Couillard a qualifié de « très bonne nouvelle » le fait que, pour la première fois, des patients d’un hôpital soient opérés dans une clinique privée.
« Ce n’était sûrement pas prévu de donner (le médicament) en intraveineux, a expliqué le docteur Jacques L’Espérance, directeur des services professionnels de l’hôpital du Sacré-Cœur, au cours d’un entretien avec La Pressecette semaine. C’était prévu pour être donné en sous-cutané. Mais ça a été donné en intraveineux par l’infirmière, ce qui a entraîné la chute de pression transitoire chez cette patiente-là.
« Des mesures ont été prises pour monter la pression de la patiente, mais il n’y a pas eu ce qu’on appelle une réanimation cardiopulmonaire. Il n’y a pas eu d’arrêt cardiaque. La chute de tension a été corrigée… Un rapport d’incident a été fait. On va évaluer la situation exacte pour s’assurer que dans le futur, ça ne se reproduise pas. »
Le directeur médical de la clinique, le docteur Fernand Tarras, a refusé de fournir des détails lorsqu’un journaliste de La Pressel’a abordé à ce sujet hier.
Ce dernier assistait à une conférence de Claude Castonguay, président du Groupe de travail sur le financement de la santé, à la chambre de commerce du Montréal métropolitain. « Il n’y a pas eu d’incident, a-t-il dit. Parlez au Dr L’Espérance. »
« Cet incident a été pris en considération, bien entendu, a dit le Dr L’Espérance. On ne néglige pas ça du tout. Il va y avoir des recommandations qui vont être faites. Déjà des actions immédiates ont été prises. Les gens concernés ont été avisés de la situation. Naturellement, c’est bien compris de faire attention. Le cas va être étudié plus en profondeur par le personnel « nursing ». »
Le médicament qui a été mal administré était de la dilaudide, un puissant narcotique prescrit dans le traitement de la douleur d’intensité modérée à grave. Le Dr Pierre Fiset, président de l’Association des anesthésistes du Québec, a indiqué qu’il pouvait s’administrer autant par voie intraveineuse qu’intramusculaire. Mais lorsqu’il est donné par voie intramusculaire, la dose est plus importante, a-t-il expliqué.
Selon lui, il est possible que l’infirmière ait injecté le médicament par voie intraveineuse, mais dans une dose trop forte, prévue pour une injection intramusculaire. Il ne connaît pas tous les détails, mais il a vite appris qu’un incident s’était produit à la clinique Rockland MD.
« Ce qui s’est passé, je peux vous le dire, l’infirmière a appelé l’anesthésiste immédiatement. Ça s’est passé dans la salle de réveil (après l’opération). L’anesthésiste est intervenu dans les 30 secondes, a donné un vasopresseur pour augmenter la pression et la patiente a récupéré de façon normale. C’est sûr que ce sont des incidents importants, mais les anesthésistes ont l’expertise pour y faire face. Ces erreurs-là, ça peut arriver. On essaie de les éviter le plus possible. »
L’erreur aurait-elle pu être provoquée par un manque d’expérience de l’infirmière ? « Ça se peut. Il peut y avoir une question de manque d’expérience là-dedans, ce n’est pas impossible. Il peut aussi y avoir une question de mauvaise interprétation de la prescription. »
Les anesthésistes n’ont pas montré beaucoup d’enthousiasme à l’idée d’aller participer à des opérations dans une clinique privée. Le Dr Fiset affirme qu’ils ont accepté de rendre ce service au ministre de la Santé en échange d’un autre service.
« Dans ce dossier-là, on a tordu le bras au ministère… On a dit au ministre : tu veux ouvrir un centre associé, tu vas t’assurer avant que, du côté anesthésique, les services soient mis à niveau à Sacré-Cœur. C’est la game qu’on a jouée là-dedans… Mon opinion personnelle, c’est que si tout pouvait être fait dans le système public, ça devrait être fait dans le public. »
L’hôpital du Sacré-Cœur a planifié trois journées d’opérations à la clinique Rockland MD la semaine prochaine.
Source : La Presse, page A-1 – 21 février 2008