Les syndicats dénoncent les lacunes en matière de sécurité à l’urgence psychiatrique du CHUL, où les travailleuses et travailleurs doivent composer avec des situations de violence et des interventions à risque sans disposer des ressources spécialisées nécessaires. Depuis l’abolition, en novembre 2024, du poste d’intervenant spécialisé en pacification et en sécurité dédié à ce secteur, le personnel se retrouve trop souvent à devoir gérer lui-même des situations dangereuses, sans la formation ni le soutien requis pour y faire face.
L’agression survenue le 17 août 2026, au cours de laquelle un préposé aux bénéficiaires a été blessé, illustre les conséquences bien réelles de cette situation. La personne salariée subit toujours d’importantes séquelles physiques et psychologiques et ne se sent pas en mesure de témoigner publiquement aujourd’hui. Pour les syndicats, cet événement constitue un signal d’alarme qui ne peut être ignoré.
« Aucun travailleur ne devrait avoir peur de se présenter au travail. Depuis l’abolition du poste d’agent de sécurité dédié à ce secteur, il n’y a plus de véritable filet de sécurité en continu à l’urgence psychiatrique. Les personnes qui y sont accueillies vivent parfois des crises importantes et peuvent représenter un danger pour elles-mêmes ou pour autrui. Ce n’est pas aux travailleuses et aux travailleurs, qui ne sont pas formés pour ces interventions spécialisées, de mettre leur santé et leur sécurité en péril pour compenser l’absence de ressources. Nous demandons des mesures concrètes, notamment la présence d’un agent d’intervention en tout temps », affirme la vice-présidente en santé-sécurité du travail et représentante du Syndicat des travailleuses et travailleurs du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (STT du CIUSSS-CN–CSN), Julie Tremblay.
Des risques pour le personnel, mais aussi pour les usagers
Les enjeux de sécurité dépassent les seules interventions auprès des personnes en crise. L’organisation des services à cet endroit soulève également des préoccupations quant à la cohabitation de clientèles aux besoins très différents, notamment des personnes en situation de crise en santé mentale et des enfants vulnérables qui fréquentent les lieux.
« Nos membres doivent pouvoir compter sur des ressources suffisantes pour intervenir lorsque les situations dégénèrent. Or, on constate des lacunes autant du côté des agents de sécurité que des agents d’intervention. La présence d’enfants et de familles dans un environnement où des personnes peuvent traverser des crises importantes exige une organisation adaptée et des mesures de prévention à la hauteur des risques. Le fait que les services relèvent de deux établissements distincts ne peut pas servir de prétexte pour se renvoyer la responsabilité. Santé Québec doit assurer une coordination réelle et garantir la sécurité du personnel comme celle des usagers », déclare la présidente du Syndicat des travailleurs et travailleuses du CHU de Québec (CSN), Caroline Verret.
La sécurité ne peut pas être une variable d’ajustement
Pour les syndicats, la situation révèle un problème d’organisation du travail et un manque de ressources qui doivent être corrigés sans délai. Le personnel du réseau de la santé et des services sociaux doit pouvoir exercer ses fonctions dans un environnement sécuritaire, avec le soutien de personnes qualifiées pour intervenir dans les situations à risque.
« Quand les décisions sont prises d’abord en fonction des économies à réaliser, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui en paient le prix. À l’urgence psychiatrique, des personnes arrivent parfois escortées par des policiers, en pleine désorganisation, puis sont confiées aux équipes soignantes sans qu’un agent d’intervention soit disponible pour assurer la sécurité des lieux. Nos membres vont effectuer leur travail et prendre soin de la population, mais pas au prix de leur intégrité physique et psychologique. Le poste d’agent d’intervention existait avant d’être aboli en novembre 2024. Nous demandons son rétablissement immédiat. Le personnel a la responsabilité de soigner ; l’employeur a celle de lui fournir un milieu de travail sécuritaire », affirme le président du Syndicat des professionnèles, techniciennes et techniciens de la santé et des services sociaux (SPTSSS–CSN), Xavier Isabelle.
Les syndicats demandent à Santé Québec et aux établissements concernés de rétablir une présence continue d’intervenant spécialisé en pacification et sécurité (ISPS) à l’urgence psychiatrique du CHUL, de renforcer la prévention de la violence et d’assurer une meilleure coordination des responsabilités en matière de sécurité. Ils réclament également que les incidents soient mieux documentés afin de permettre d’adapter les mesures de prévention aux risques réels. Le personnel ne peut continuer d’être exposé à des dangers évitables alors que des ressources spécialisées peuvent contribuer à prévenir les agressions et à soutenir les équipes.
De plus, ils demandent au gouvernement de rapatrier à l’interne les activités de sécurité actuellement confiées à des agences privées. En intégrant pleinement les agentes et agents de sécurité aux équipes des établissements, le réseau pourrait mieux coordonner les interventions, adapter ses pratiques aux réalités du terrain et renforcer la prévention. Des projets réalisés dans certaines régions ont déjà démontré les avantages de cette approche. Pour les syndicats, la sécurité doit être considérée comme une composante essentielle de la qualité des soins, et non comme une dépense accessoire. Santé Québec et le gouvernement doivent donc donner aux établissements les moyens de bâtir des équipes stables, bien formées et capables d’assurer la sécurité du personnel, comme celle des usagers. La sécurité du personnel et des usagers n’est pas une dépense accessoire : elle est une condition essentielle à la qualité des soins.
À propos
Le Syndicat des travailleurs et travailleuses du CHU de Québec (CSN) représente plus de 3 000 membres de la catégorie 2 répartis dans cinq établissements de la région de Québec. De son côté, le Syndicat des travailleuses et travailleurs du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (STT du CIUSSS-CN–CSN) représente plus de 7 150 membres dans la région de la Capitale-Nationale. Ces deux syndicats sont affiliés à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN), qui représente quelque 140 000 membres partout au Québec.
Le Syndicat des professionnèles, techniciennes et techniciens de la santé et des services sociaux (SPTSSS–CSN) représente plus de 5 500 membres de la catégorie 4 du CIUSSS de la Capitale-Nationale. Répartis dans plus de 60 titres d’emploi, ces membres travaillent dans plus de 200 installations. Le syndicat est affilié à la Fédération des professionnèles (FP–CSN), qui regroupe plus de 8 000 membres issus d’un large éventail de professions, principalement dans les secteurs de la santé et des services sociaux, mais aussi dans l’éducation, les organismes publics et communautaires, ainsi que dans plusieurs autres secteurs.
Ces trois syndicats sont également affiliés au Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches (CCQCA–CSN), qui regroupe 240 syndicats comptant plus de 45 000 membres dans les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches, ainsi qu’à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui rassemble 330 000 travailleuses et travailleurs de tous les milieux d’activité, partout au Québec.