Batailles sur plusieurs fronts
Le syndicat des agents correctionnels du Canada célèbre ses trois premières années
Réunis à Winnipeg pour leur première assemblée nationale triennale, plus de 100 délégué-es du Syndicat des agents correctionnels du Canada (UCCO-SACC-CSN) célèbrent des victoires importantes et planifient des stratégies sur des batailles qui sont encore à venir.
UCCO-SACC-CSN représente 5700 agentes et agents correctionnels répartis dans 54 établissements du Service correctionnel du Canada (SCC), et ce, dans huit provinces. Le syndicat fut fondé en 2001 après que les membres ont voté à se désaffilier de l’Alliance de la fonction publique du Canada et de former leur propre syndicat autonome affilié à la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
Les agents correctionnels voulaient un syndicat plus militant pour défendre leurs intérêts. « Avec UCCO-SACC-CSN, c’est précisément ce que les agents correctionnels ont trouvé », de dire le président national Sylvain Martel dans un discours aux délégués.
« Présentement, nous ne sommes pas très populaires à Ottawa parce que nous sommes dérangeants. UCCO-SACC-CSN existe pour représenter les agentes et les agents correctionnels et nous prendrons tous les moyens nécessaires pour y arriver. »
Les trois premières années du syndicat ont été marquées par des luttes pour améliorer les conditions de travail des membres, spécialement celles qui touchent la santé et la sécurité. Par exemple : la construction de postes de contrôle fermés et sécuritaires à l’intérieur des établissements pour femmes partout au pays; l’amélioration de la qualité de l’air à l’établissement Stony Mountain, au Manitoba; correction à la procédure de transfert désuète des détenus à William Head, en Colombie-Britannique, et enfin assurer des nouveaux programmes d’entraînement pour préparer les agents correctionnels qui font de plus en plus face à la violence dans les établissements.
Le président, Sylvain Martel, dit qu’il y a encore beaucoup de travail à accomplir.
« Les règles appliquées à l’intérieur des « pen », sont beaucoup moins sévères que ce qui existe à l’extérieur, et cela est inacceptable. Les conséquences de ces doubles standards font en sorte que les détenus peuvent se sentir moins en danger lorsqu’ils commettent leurs méfaits, lorsqu’ils consomment des drogues, lorsqu’ils confectionnent de la « broue », lorsqu’ils se promènent avec des armes offensives, lorsqu’ils exercent leur violence. Or, dans ce contexte, nous voulons être mieux protégés; la loi doit s’appliquer; le SCC doit négocier avec nous de meilleures conditions de santé et de sécurité au travail. »
Le SCC, un employeur antisyndical
L’arrivée d’UCCO-SACC-CSN sur la scène fédérale des relations de travail n’est pas vue d’un bon oeil par le SCC. Ce dernier a développé des tactiques déloyales, une attitude de non-collaboration avec le syndicat. Les gestionnaires n’ont jamais été habitués à reconnaître un vrai syndicat, et ce, à tous les niveaux : national, régional, et local. Tout est mis en uvre pour affaiblir le syndicat et harceler les officiers syndicaux.
À la suite d’une conférence de presse qui s’est tenue dans la région de l’Atlantique l’automne dernier, le président régional Paul Harrigan a été l’objet d’une enquête officielle du SCC. Le syndicat quant à lui a mené sa propre enquête.
« Fait assez cocasse, après toutes les menaces et les tentatives d’intimidation du sous-commissaire de la région de l’Atlantique, aucune accusation ou mesure disciplinaire n’a été prise à l’égard du président de la région de l’Atlantique, observa Martel. Encore une fois, la tentative de bâillonner UCCO-SACC-CSN a échoué. »
Au Québec, des commissaires ont empêché le président régional, Pierre Mallette, d’entrer dans certains établissements pour parler aux membres du piteux état des relations de travail. Une caravane louée pour servir de lieu de rendez-vous pour une réunion à l’extérieur du pénitencier, à fait l’objet de séance de photos de la part du directeur, tentant ainsi d’intimider les agents correctionnels qui se rendaient à cette réunion. « Encore une fois, nous pouvons reconnaître les tactiques maladroites et vindicatives du SCC… . Dans la prochaine convention collective, ce genre de situation ne devrait pas se produire, de nouveaux textes ont été négociés en ce sens » de dire monsieur Martel.
La région du Pacifique a fait l’objet de l’attaque la plus vicieuse de la part du SCC. En effet, six officiers du syndicat ont été tout récemment accusés de harcèlement impliquant la direction. Dans trois de ces cas de harcèlement, les accusations ont été prouvées non fondées et futiles.
Deux officiers de William Head font face à des accusations de relations de travail de la part d’un officier antisyndical; à ce jour, l’affaire est encore en suspens.
« Le SCC, à mes yeux, n’a plus aucune crédibilité dans les dossiers de harcèlement. Il nous faudra trouver une façon de faire cesser les agissements antisyndicaux du SCC, et ce, plus particulièrement dans la région du Pacifique. »
La solidarité pancanadienne s’est particulièrement manifestée lorsque les membres de la section locale Millhaven on fait une grève de 48 heures, en mars 2003, afin de protester contre les pratiques autoritaires de la gestion. Ils ont reçu un soutien financier de toutes les sections locales du syndicat et de la CSN afin de les aider à supporter les coûts des amendes. « Cette grève légitime a permis de régler plusieurs problèmes, et dans le cadre du règlement de ce conflit, il a été convenu par les parties de travailler à l’amélioration des relations de travail. »
Défis à venir
Malgré que ce soit un des emplois les plus dangereux dans les services publics du gouvernement fédéral, le SCC et le Conseil du Trésor du Canada se traînent les pieds dans le dossier du renouvellement de la convention collective échue depuis juin 2002. Depuis l’hiver 2002, il y a eu 76 jours de négociation sur des enjeux majeur et il n’y a toujours aucune entente, les parties demeurant loin d’un règlement.
« Je sais que deux ans et demi, c’est long. Nous ne sommes pas pour autant découragés. Nous savions que la première négociation serait la plus importante, mais aussi la plus difficile. »
Le syndicat UCCO-SACC-CSN est bien conscient que le SCC est un organisme fédéral qui possède de nombreux pouvoirs. Face à cet employeur qui, souvent, peut faire pencher la balance de son côté, les agents correctionnels cherchent par tous les moyens à développer des tactiques ou actions pour faire pression, puisqu’ils n’ont pas le droit de grève. Malgré tout, le syndicat est bien déterminé à poursuivre la bataille, notamment sur la demande de révision du régime de retraite.
Parmi les moyens de pression utilisés, le syndicat a mené une enquête sérieuse sur le stress vécu par les agents correctionnels et a également publié un document sur le rôle des agents correctionnels durant les trente dernières années. Ses publications ont été distribuées à l’ensemble des députés à la Chambre des communes, incluant le bureau du premier ministre. Au plan politique, nous prévoyons être visibles et actifs lors de la prochaine campagne électorale fédérale. « Nous avons compris que la bataille que nous menons ressemble à celle que David a menée contre Goliath. Les efforts que nous y mettons vont être déterminants pour notre avenir. »
Les agentes et les agents correctionnels exigent le respect
Avant tout, les agentes et les agents correctionnels ont choisi un syndicat pour leur permettre de faire en sorte que leur profession soit reconnue, comprise et respectée. UCCO-SACC-CSN est déterminé à faire changer Ottawa d’attitude : nous réclamons autant de respect pour les agentes et les agents correctionnels que pour les criminels à leur charge.
« Nous mettons notre vie en danger chaque jour au même titre que tous les autres professionnels chargés de garantir la sécurité de la population canadienne. Nous voulons que tous ceux qui affirment que notre travail d’agent correctionnel est des plus dangereux passent de la parole aux actes, et qu’ils reconnaissent que nous sommes des professionnels et que, par conséquent, nous devons être traités et reconnus comme tels. »
Source : UCCO-SACC-CSN– 12-05-2004
Pour renseignements : Lyle Stewart, UCCO-SACC-CSN, cell. (514) 796-2066.