5 novembre 2002

CSN - Le syndicat décide de rompre le mur du silence imposé par l'employeur

Louis-H.-Lafontaine et Gouin-Rosemont

Le syndicat décide de rompre le mur du silence imposé par l’employeur

Le syndicat des travailleuses et travailleurs de l’hôpital Louis-Hippolyte-Lafontaine en a assez de subir les contrecoups des contraintes budgétaires, c’est-à-dire les fermetures de lits devancées entraînant un débordement chronique de l’urgence.

Le syndicat dénonce notamment le plan de transformation de l’employeur, ainsi que le plan de redressement budgétaire qui l’accompagne. L’administration n’a pas les moyens de ses ambitions avec le projet d’institut universitaire et elle en fait payer le prix à ses employé-es. Le syndicat s’est servi depuis deux ans de tous les forums disponibles pour dénoncer la situation et ses effets sur les travailleurs qu’il représente : interventions au conseil d’administration de l’établissement, au conseil canadien d’agrément, à la Régie régionale de Montréal et à la CSST.

Devant le refus du syndicat de cautionner les mesures de compressions, l’employeur a décidé de recourir à la ligne dure. L’escalade se poursuit depuis deux mois et s’est accélérée à la suite de l’échec des négociations, malgré la présence d’un médiateur du ministère du Travail. Le non-respect de la convention collective est devenu chose courante. Tous les recours juridiques en matière de griefs ont été déposés. L’employeur profite des délais de procédure pour continuer d’agir à l’encontre de la convention collective.

Demandes du syndicat Le syndicat réclame la révision de l’entente tripartite intervenue entre l’hôpital Louis-H.-Lafontaine, la Régie régionale de Montréal et le MSSS, ainsi qu’un réinvestissement pour :

* L’ouverture d’une unité de traitement intensif supplémentaire pour répondre aux besoins croissants en hospitalisation;

* Le maintien de l’unité de débordement de l’urgence et la fin de l’utilisation des chambres d’isolement à des fins d’hébergement;

* L’application immédiate des recommandations contenues dans le rapport de l’inspecteur de la CSST pour prévenir la violence envers les bénéficiaires et le personnel;

* Un moratoire sur les fermetures de lits, tant qu’il n’y aura pas les ressources en hébergement nécessaires dans la communauté, tout en utilisant les travailleurs et travailleuses de l’établissement;

* La formation nécessaire à l’adaptation du personnel au plan de transformation;

* Le respect de la convention collective;

* Que le syndicat soit partie prenante de la transformation de l’établissement.

Fermetures de lits : des objectifs dépassés La semaine dernière, à la suite de la dénonciation faite par la mère d’un bénéficiaire, des administrateurs de Louis-H.-Lafontaine et de la Régie régionale ont réagi en confirmant les problèmes de débordement de l’urgence à Louis-H.-Lafontaine et en liant ces derniers aux compressions budgétaires et aux fermetures de lits. Nous trouvons scandaleux la réaction de ces administrateurs compte tenu du fait qu’ils ont eux-mêmes négocié et signé l’entente tripartite avec le MSSS, confirmant ces compressions et fermetures de lits.

L’échéancier prévu à l’entente tripartite quant à la fermeture de lits a été devancé de 18 mois. Des 686 lits au permis au 1er avril 2001, il n’en reste que 570 aujourd’hui, ce qui permet à l’employeur de réviser à la baisse l’objectif à 475 lits pour le 1er avril 2004. “Dans un tel contexte, comment se surprendre que nous soyons confrontés à un débordement chronique de l’urgence? La position de l’employeur conduit à une banalisation des problèmes vécus à Louis-H.-Lafontaine où il n’y a plus personne qui est responsable de la situation”, a déclaré Pierre Turgeon. Rappelons que l’objectif de l’hôpital est toujours de 408 lits et que la Régie n’a pas abandonné son objectif de fermer 110 lits supplémentaires de traitement intensif dans la région de Montréal.

Pendant que l’employeur ferme des lits financés par le ministère, il se voit obligé de grever le budget de fonctionnement de l’hôpital d’au moins un million de dollars pour répondre aux besoins des personnes qui se présentent à l’urgence pour ne pas les laisser dans le corridor. “Avec l’accroissement de l’achalandage à l’urgence — une augmentation de 5 % en 2001 et de 9 % en 2000 –, l’employeur nie carrément les besoins en hospitalisation”, a soutenu le président du STTLHL-GR (CSN).

La sécurité des bénéficiaires et celle des employé-es est en danger La fermeture des 116 lits depuis le 1er avril 2001 a causé une concentration encore plus grande de patients présentant des profils de dangerosité dans les services restants, l’hôpital étant incapable de les intégrer dans la communauté. Ces mêmes critères s’appliquent aux personnes admises, augmentant d’autant la dangerosité dans les unités de traitement intensif. En tenant compte de l’instabilité des équipes de soins démembrées par les abolitions de postes, nous nous retrouvons devant une situation explosive qui nous menace quotidiennement.

Avec l’accroissement de l’achalandage à l’urgence, la situation n’a cessé de se détériorer et la gestion des bénéficiaires en surplus de l’urgence a été caractérisée par l’improvisation. Depuis juin 2001, l’unité de débordement de l’urgence ne suffit plus, l’administration utilise systématiquement des chambres d’isolement des unités de traitement intensif pour héberger ces bénéficiaires, les rendant ainsi non-disponibles pour répondre aux besoins en situation de crise.

En contrepartie, les chambres d’isolement des unités de réadaptation longue durée, beaucoup moins utilisées, reçoivent des patients en surplus de l’urgence ayant un profil de dangerosité. Cela met en danger la sécurité des bénéficiaires et du personnel de ces services. Cette pratique a été la cause d’accidents de travail, notamment à la suite d’agressions qui ont eu lieu le 22 juillet dernier à l’unité 405 et le 16 octobre à l’unité 308.

Nous tenons à rappeler qu’en février 2001, un infirmier est décédé des suites de coups qu’il avait reçus d’un bénéficiaire à l’unité de débordement de l’urgence. Cela a conduit à une enquête de la CSST et à des recommandations de l’inspecteur. L’employeur a jugé bon de contester ce rapport même s’il a accepté de concevoir un plan d’action dont nous attendons toujours les réalisations concrètes.

“Nous doutons de la mise en application du plan d’action à cause des compressions budgétaires, a déclaré Pierre Turgeon. Lorsque, pour sauver de l’argent, on remplace par des caméras de surveillance des préposés à la sécurité qui interviennent dans les situations d’agression, on met en danger les bénéficiaires et le personnel. Lorsque, pour compenser la réduction du personnel, l’administration sexualise les postes de préposés aux bénéficiaires en ajoutant le critère “hommes”, espérant ainsi que cela suffise à contrôler la hausse de la violence, on met également en danger les bénéficiaires et le personnel”, a-t-il insisté.

Le ministère est déjà au courant des dangers Notre inquiétude ne s’arrête pas là. Nous avons mis la main sur une lettre datée du 6 mars dernier que le chef du département de psychiatrie de l’hôpital Douglas adressait à David Levine, alors ministre délégué à la santé. Cette lettre visait à alerter le ministre du danger occasionné par les compressions à l’institut Philippe Pinel et le transfert de patients violents (judiciarisés ou non) du milieu carcéral vers les hôpitaux psychiatriques autant que généraux. Le chef du département de psychiatrie de l’hôpital Douglas terminait en souhaitant trouver une solution avant que ne survienne une tragédie plutôt que d’en partager la responsabilité morale après coup.

Ici, à Louis-H., nous considérons que nous avons déjà vécu une tragédie et que nous sommes susceptibles d’en vivre d’autres à tout moment. Notre sécurité et celle des bénéficiaires est en danger et l’administration regarde ce problème avec la seule lorgnette de la situation budgétaire.

Compressions budgétaires et qualité des services : un défi impossible avec une masse salariale qui ne cesse de diminuer Entre le budget de 95-96 (113 millions $) et celui de 2001-2002 (122 millions $), la part relative de la masse salariale sur le budget est passée de 80 % à 74 % et ce, en tenant compte des augmentations salariales des quatre dernières années (9 %). Il s’agit là d’un déplacement de 7,3 millions de dollars consacrés auparavant à des ressources humaines vers d’autres postes budgétaires. ™ Nous considérons qu’il est impossible de maintenir des services et des soins de qualité lorsque la part des ressources humaines dimimue autant. Du même souffle, l’administration demande aux intervenants un effort considérable afin de sortir les bénéficiaires dans la communauté et prendre tous les moyens pour éviter l’hospitalisation.

Ces choix budgétaires, l’administration continue de les faire. Dans le cadre du budget 2002-2003, l’administration adoptait un plan de compressions à hauteur de 1 150 000 $, dont plus de 900 000 $ vise la diminution des ressources humaines.

De plus, même après un investissement immobilier de 500 000 $ en rénovation de la buanderie par la Régie régionale, l’administration envisage à présent des diminutions de postes à la buanderie, tout en demandant aux préposés aux bénéficiaires de laver les vêtements des patients. Ainsi, l’administration se trouve à couper dans les soins directs aux bénéficiaires.

En contrepartie, l’employeur a augmenté le nombre de cadres, se rapprochant ainsi du niveau d’encadrement de 1997 et ce, malgré la baisse du nombre d’employé-es. Il s’est même permis d’engager récemment deux relationnistes, une dépense d’environ 150 000 $ par année, alors que le budget de l’an dernier s’est équilibré à 25 000 $ près.

Le STTLHL-GR (CSN) représente 60 % de l’ensemble des employé-es de l’hôpital, soit 1 555 travailleurs et travailleuses dans les catégories d’emploi suivantes : des employé-es para-médicaux, de bureau, des services auxiliaires et métiers, des éducateurs et techniciens.

(Source: CSN 05-11-2002 — Renseignements: Germain Dallaire, responsable de l’information du syndicat, (514) 251-4000, poste 3453 ; Henri Goulet, Information-CSN, (514) 598-2024)

   


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