C’est avec beaucoup de réserve que la CSN prend acte du budget présenté aujourd’hui par le ministre François-Philippe Champagne.
Se servant du prétexte de la guerre commerciale menée par les États-Unis, plusieurs choix privilégiés par le gouvernement Carney en matière de politique fiscale et économique vont à l’encontre des intérêts des travailleuses et des travailleurs, des Autochtones et de l’environnement, estime la centrale syndicale.
Mesure clé de ce budget, la « mégadéduction à la productivité » accordée aux entreprises privera l’État canadien de 36 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années. Combinée aux exemptions additionnelles sur l’impôt des gains en capital, cette mesure représente une somme considérable qui ne pourra être consentie aux programmes sociaux dont le Canada a véritablement besoin – sans compter l’important manque à gagner ainsi engendré pour le gouvernement québécois, censé harmoniser sa politique fiscale avec celle d’Ottawa.
En plus de privilégier les entreprises déjà profitables plutôt que celles frappées de plein fouet par les mesures tarifaires du président Trump, cette mégadéduction avantagera surtout les secteurs intensifs en capitaux, comme ceux des énergies fossiles et de l’extraction de matières premières. Juxtaposé au projet de loi C-39 présentement à l’étude, qui prévoit des reculs importants aux droits des travailleuses et des travailleurs, des nations autochtones et de l’environnement, ce budget s’inscrit dans un virage à droite de l’État canadien, déplore la CSN.
De l’avis même du ministère des Finances, la majorité des mesures économiques du budget bénéficieront davantage aux hommes qu’aux femmes canadiennes. Parmi les 21 mesures du supercycle d’investissement qui ont des répercussions différentes selon les sexes, 20 d’entre elles profiteront davantage aux hommes qu’aux femmes.
« La guerre commerciale ne peut servir de prétexte pour favoriser la concentration de la richesse, abandonner nos engagements climatiques et mettre encore plus à mal l’état des finances publiques du Canada », dénonce la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
La CSN constate avec regret l’impact sur les finances publiques engendré par l’accroissement effréné des dépenses reliées à l’industrie militaire. « C’est autant d’argent qui n’est pas investi dans les infrastructures publiques en santé, dans les transports en commun, dans le logement social et dans les énergies propres », s’inquiète Mme Senneville.
« Renforcer l’économie intérieure ne devrait pas se faire au détriment de la capacité du gouvernement à répondre aux besoins économiques et sociaux de la population », d’ajouter la présidente de la CSN.
La centrale syndicale déplore l’annonce, au détour d’une annexe au budget, de la réduction des rentes des futurs retraité-es du secteur public fédéral. « La caisse de retraite des employé-es fédéraux est en excellente santé financière. Malgré cela, le gouvernement annonce, unilatéralement, la réduction des prestations de retraite de ses employé-es. Cet appauvrissement, qui touche de plein fouet les agentes et agents correctionnels fédéraux que nous représentons, est totalement inacceptable », dénonce Caroline Senneville.
La CSN salue la mise sur pied d’un fonds de 600 millions destiné au secteur de l’audiovisuel afin de soutenir la production de contenus canadiens. La centrale syndicale est toutefois d’avis que les redevances imposées aux diffuseurs en ligne sont toujours d’actualité, malgré la guerre commerciale qui prévaut.
La CSN accueille favorablement la majoration de 300 millions sur deux ans du financement de Radio-Canada, mais déplore une fois de plus que le gouvernement libéral ne puisse identifier un mode de financement prévisible et durable pour le diffuseur public.
Fondée en 1921, la Confédération des syndicats nationaux (CSN) regroupe 350 000 travailleuses et travailleurs des secteurs public et privé, et ce, dans l’ensemble des régions du Québec et ailleurs au Canada.