L’économie du Québec et du Canada repose en bonne partie sur l’extraction des ressources naturelles destinées à être transformées à l’étranger, principalement aux États-Unis, pour retraverser la frontière sous forme de biens de consommation garnissant les tablettes des magasins.
Ce modèle, enraciné dans les accords de libre-échange, s’inscrit dans la dynamique de la mondialisation néolibérale.
Depuis des décennies, la CSN et le mouvement syndical réclament une véritable stratégie industrielle au pays, afin de favoriser l’essor d’emplois de qualité dans la transformation de ses propres ressources.
Le manque d’ambition du gouvernement en la matière rend l’économie canadienne particulièrement vulnérable depuis le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Cette fragilité s’est accrue, avec l’imposition unilatérale de tarifs sur une foule de biens et services, au mépris de décennies d’échanges transfrontaliers profitables aux deux pays.
« Dépendre pratiquement d’un seul partenaire crée forcément, à la longue, un lien malsain, souligne le trésorier de la CSN, Yvan Duceppe. Cette crise oblige tout le monde à réfléchir à moyen et à long termes. Si nous avions déjà une politique industrielle solide, ou une stratégie nationale pour la transformation du bois, par exemple, nous aurions une économie bien plus résiliente face aux soubresauts du voisin. »
« Les immenses richesses naturelles de notre territoire ont constitué une façon “facile” de générer du développement économique. On a négligé les avenues de développement plus structurantes. »
« La Finlande et la Norvège ont pris, depuis longtemps, le virage de la transformation du bois. Aujourd’hui, ils dominent le marché du plancher flottant dans le monde entier. Pourquoi ne pourrait-on pas adopter une telle politique industrielle au Canada et au Québec ? »
Yvan Duceppe observe toutefois que ce virage est en train de s’opérer. À preuve, des contrats publics majeurs ont été annoncés au chantier naval de Lévis ou chez Bombardier, à La Pocatière. Mais il y a encore fort à faire. Pour une politique industrielle véritablement structurante, il faut non seulement prendre en compte l’ensemble des besoins de main-d’œuvre et de formation, mais dresser un portrait complet de la disponibilité des matières premières, en plus de cerner les enjeux d’approvisionnement et d’infrastructures. Ce travail est fondamental pour aller chercher les investissements nécessaires.
Les syndicats à la rescousse
Les syndicats ont un rôle à jouer. Dans les milieux de travail, les transformations, menées à bien, effectuées pour atteindre de nouveaux marchés, se sont en général réalisées de concert avec les travailleuses et les travailleurs, qui ont tout avantage à sécuriser des emplois de qualité.
« Les gouvernements gagneraient à intégrer davantage les organisations syndicales aux grandes décisions socio-économiques, affirme Yvan Duceppe. Les fonds de travailleurs, comme Fondaction, sont également des outils financiers importants qui peuvent être mis à contribution. »
Contrer la pression américaine
Dans l’immédiat, la guerre tarifaire déclarée par les États-Unis, à laquelle le Canada a répondu par des contre-mesures, met à mal plusieurs industries d’importance. Le bois, l’aluminium et le secteur culturel sont quelques-unes des filières qui sont frappées de plein fouet. En forêt, les fermetures et les mises à pied se multiplient partout au pays.
« Pour l’instant, on n’a pas le choix d’essayer de limiter les dommages. On n’a pas vraiment de rapport de force. On a notamment fait une fleur aux géants du numérique en abandonnant des mesures pourtant nécessaires à l’avenir de notre culture. On a reculé devant les géants du numérique, qui ont ensuite accentué la pression ! »
« La réalité, c’est que nous sommes coincés avec les mauvaises décisions prises par les gouvernements, qui ont tout misé sur l’exploitation des ressources. Peu importe les tarifs appliqués, ou ceux que nous imposons dorénavant aux importations américaines, on sait que ça va faire mal. En même temps, cette situation crée des occasions d’agir sur le modèle de développement économique afin de renforcer la participation des travailleuses et des travailleurs à la transformation des entreprises engagées dans la transition vers une économie plus juste et plus durable. »
Pour traverser le conflit commercial avec les États-Unis et en venir à une entente, la CSN préconise la protection des industries critiques du Québec, la défense de la gestion de l’offre ainsi que celle de la souveraineté culturelle. Le plan d’aide des gouvernements doit également être bonifié en ce qui a trait à l’assurance-emploi, à la formation de la main-d’œuvre et au rehaussement des investissements publics en infrastructure.