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Le secteur manufacturier a un avenir

Lettre ouverte parue dans La Presse + le 11 juin 2013

Alain Lampron, président de la FIM-CSN

L’auteur, réagit à l’opinion de notre collaborateur Pierre-Yves McSween, « Trop peu, trop tard», publiée le 5 juin.

Partant de l’exemple de l’usine d’Electrolux située dans la ville de L’Assomption, M. Pierre-Yves McSween propose tout simplement qu’au Québec, on mette définitivement une croix sur le secteur manufacturier et qu’on passe à autre chose.

Pour les représentants de la Fédération de l’industrie manufacturière de la CSN (FIM-CSN), dont je suis, le constat que fait M. McSween s’inscrit dans un courant de pensée que nous ne partageons pas et qui montre une incompréhension flagrande des interrelations entre les secteurs primaires, secondaires et tertiaires. En effet, certains affirment que nous vivons dans une économie postindustrielle axée sur les services et que le secteur manufacturier n’a plus l’importance qu’il avait auparavant.

Disons-le tout net, cette vision des choses est erronée, voire déconnectée de la réalité des économies industrialisées qui connaissent le plus de succès. Le secteur manufacturier n’est pas chose du passé et demeure très important pour la croissance et le développement d’une économie nationale.

Ne pas jeter l’éponge Bien sûr, le Québec a connu sa part de déclin du secteur manufacturier avec la perte de 160 000 emplois depuis dix ans, mais ce n’est pas une raison pour lancer la serviette. Au Québec, à lui seul, le secteur manufacturier représente près de 500 000 emplois ou 12,5 % dans l’économie. On estime, en 2012, que pour 100 emplois créés dans ce secteur, il en résulte 67 autres chez des fournisseurs québécois (emplois directs), en plus de ceux créés par effets induits (chaque nouveau dollar en salaire et en profit est en partie dépensé, ce qui stimule à nouveau l’économie québécoise).

Nous croyons que l’État doit être partie prenante du développement économique et qu’il doit chercher à structurer ce développement. Dans le secteur manufacturier, le laisser-faire ne peut mener qu’au déclin observé depuis une décennie.

M. McSween propose que l’activité industrielle se concentre uniquement sur les activités à forte valeur ajoutée. Nous en sommes, mais nous voulons plus pour le Québec. Nous réclamons une politique industrielle offensive qui à la fois soutiendra les industries traditionnelles et permettra aussi de développer de nouveaux créneaux.

Certes, des usines ont fermé, mais d’autres ont continués de croître. Dans l’adversité, des propriétaires et des travailleurs ont su explorer le potentiel de reconversion de leur entreprise, rajeunir les procédés de production et même, parfois, réorienter ses activités. Face à la concurrence et à l’évolution de la conjoncture, le défi c’est d’avoir la capacité de redonner constamment un élan à notre secteur industriel. De plus en plus de pays justement appelés « industrialisés » tel les États-Unis parlent de réindustrialisation et de retour de leurs industries au bercail.

À notre avis, c’est la voie à suivre. Voilà pourquoi, par exemple, nous appelons à intensifier la 2e et la 3e transformation de nos ressources naturelles sur notre territoire. Voilà pourquoi, nous souhaitons un maillage étroit et efficace entre la recherche, l’innovation et l’application industrielle, que ce soit dans un même secteur ou d’un secteur à l’autre, que l’on pense, entre autres, au réseautage entre les entreprises de technologies propres et celles manufacturières.

Pour les 30 000 membres que la FIM-CSN représente, répartis dans 320 syndicats, le travail à faire, avec tous les acteurs sociaux, c’est de repousser les limites que certains, malheureusement, semblent vouloir nous fixer.

Pour plus d'information, contacter la CSN.