En ouvrant le 68e Congrès de la CSN devant plus de 2000 congressistes réunis à Québec, la présidente Caroline Senneville a brossé un portrait lucide – parfois préoccupant, mais résolument combatif – des trois dernières années. Son message : malgré les attaques contre les droits syndicaux, les crises politiques et économiques et un contexte international instable, la CSN a tenu bon, s’est mobilisée et a obtenu des gains concrets pour ses membres.
D’entrée de jeu, la présidente a situé le mandat 2023-2026 dans une conjoncture mondiale marquée par la montée de l’autoritarisme, les conflits armés, la polarisation politique et l’affaiblissement des institutions démocratiques. Elle a souligné les répercussions directes de ce climat sur les travailleuses et les travailleurs, notamment à travers les tensions économiques, les incertitudes commerciales et les pressions sur l’emploi.
Au Canada, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et les tensions commerciales avec les États-Unis ont fragilisé plusieurs secteurs d’activité, particulièrement les industries manufacturières et forestières. La CSN a réitéré sa demande pour une réforme de l’assurance-emploi afin de mieux protéger les salarié-es devant les ralentissements économiques.
Sur la scène québécoise, Caroline Senneville a dressé un bilan sévère du deuxième mandat de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui fut une période de confrontation avec le mouvement syndical. Elle a dénoncé plusieurs lois antisyndicales, notamment celles limitant le droit de grève, affaiblissant la santé et la sécurité du travail, notamment dans les services publics et fragilisant l’autonomie syndicale. La CSN, a-t-elle rappelé, a multiplié les mobilisations, les recours politiques et juridiques pour défendre les droits des travailleuses et des travailleurs.
Face à ces offensives, la centrale a répondu par l’action. La campagne Faire front, lancée en 2025, a largement mobilisé les membres autour de priorités communes : défendre la liberté syndicale, protéger l’État social et assurer une transition juste. Dans ce cadre, plus de 50 000 personnes ont participé à une grande manifestation à Montréal contre les reculs imposés par le gouvernement le 29 novembre dernier.
La présidente a également mis en lumière plusieurs campagnes structurantes menées durant le mandat, notamment Pas de profit sur la maladie, visant à freiner la privatisation du réseau de santé et services sociaux, ainsi que L’information, un bien public, qui a contribué à faire avancer les mesures de soutien aux médias. La mobilisation dans le réseau d’éducation a aussi permis de stopper d’importantes compressions budgétaires.
Sur le terrain des négociations, le bilan présenté est significatif. Dans le secteur privé, les efforts pour hausser les bas salaires ont porté leurs fruits : 97 % des conventions signées en 2025 ne comportent plus de rémunérations inférieures à 20 $ l’heure. Le Front commun du secteur public a obtenu des gains salariaux importants pour près de 420 000 personnes, incluant un rattrapage salarial de 17,4 % et une clause d’indexation à l’inflation.
Le mandat aura aussi été marqué par une croissance syndicale soutenue, avec plus de 13 000 nouveaux membres, ainsi que par des luttes emblématiques, dont la syndicalisation historique chez Amazon, une première au Canada, et la riposte à la fermeture des entrepôts québécois, avec la campagne Délivrons-nous d’Amazon – Pas d’achat, pas de contrat.
En conclusion, Caroline Senneville a rappelé que les droits des travailleuses et des travailleurs ne sont jamais acquis. Dans un contexte de transformations profondes – transition climatique, intelligence artificielle, mutations du travail – la CSN entend poursuivre son action avec la même détermination. « Rien ne nous a été donné. On a gagné ensemble », a-t-elle lancé, appelant les membres à poursuivre les luttes avec solidarité, fierté et combativité.