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Lettre d'opinion

Les jeunes, sous-estimés, surcritiqués !

En démocratie, l’exercice du droit de vote demeure une action porteuse d’expression et de changement. Nous souhaitons, par cette lettre, sensibiliser les personnes de notre génération à la nécessité de voter, mais aussi dénoncer le double discours à l’égard des jeunes. D’un côté, on leur reproche de ne pas se soucier de politique, d’être des enfants-rois, des individualistes, des paresseux ! De l’autre, lorsqu’ils décident de s’impliquer, qu’ils prennent la parole ou décident de faire de la politique, eh bien, ils sont trop jeunes !

Si un jeune souhaite s’investir dans les mouvements politiques et sociaux, il faudrait se réjouir de ce renouveau et profiter de cette nouvelle perspective. La société doit être cohérente avec son discours sur la présence des jeunes dans les sphères décisionnelles de la société, autant dans le secteur public que privé. Dans les conseils municipaux par exemple, nous pouvons constater que seulement 9 % des conseillers ont moins de 35 ans et qu’un piètre 2 % siègent comme maires et notons qu’il n’y a qu’un seul jeune présent à l’Assemblée nationale. De plus, lorsque des jeunes s’impliquent activement dans la politique et la société, des critiques peu constructives sont émises sur leur expérience, leur maturité et la pertinence de leur présence sur la scène médiatique et politique. Nous avons notre place à prendre et nous avons tous un rôle important à jouer, mais pour cela nous devons prendre nos responsabilités, jeunes et moins jeunes. Tous devraient pouvoir se reconnaître dans la société et une représentation adéquate des jeunes au sein des instances de prise de décision serait déjà un bon point de départ pour que la réalité des jeunes soit comprise.

Nous suivons de près les « débats » électoraux, mais retrouvons peu de propositions pour répondre aux problèmes des jeunes travailleuses et travailleurs. Sur le marché du travail, plus du tiers des jeunes occupe un emploi précaire. Les nouveaux statuts d’emploi rendent plus difficile l’accès à une retraite décente et les jeunes sont plus victimes du chômage que les autres tranches de la population. Personne n’en parle. On nous accuse plutôt de paresse, de ne vouloir qu’une « belle vie » sans stress, au détriment de la productivité. Pourtant, en 1976, le taux d’emploi des jeunes travailleurs était de 67,2 % et voilà que, 30 ans plus tard, il est de 79,3 %. Peut-on prétendre que les jeunes sont moins travaillants ?

C’est en prenant nos responsabilités, notamment en votant, que nous agirons concrètement. La crise sociale, marquée par la forte participation des jeunes, doit aussi se canaliser vers les urnes pour que nos voix puissent être entendues. Le taux de participation des jeunes électeurs est certainement inquiétant ; toujours plus bas que le taux de participation des plus âgés et en constante chute depuis le dernier référendum. Il nous faut agir maintenant si nous voulons cesser d’être ignorés et, même pire, infantilisés. Autrement, nous nous retrouverons dans un cercle vicieux qui ne pourra prendre fin. Voter n’est pas un geste insignifiant. Nous, jeunes travailleuses et travailleurs, allons voter pour revendiquer plus de mesures en environnement, plus d’équité sociale, et ainsi s’assurer d’un emploi stable, d’une rémunération décente et d’un horaire conciliable. Bref, il faut voter pour espérer être bien représenté !

Alors, nous devons remplir les urnes de « votes jeunes » : c’est notre responsabilité ! Établissons une solidarité intergénérationnelle autre que sur le remboursement de la dette ; celle d’un projet de société commun. Par contre, il incombe à nos partis politiques de solliciter notre vote. Nous irons voter, mais que nous proposez-vous ?

Jean-Thomas Courchesne, Marisol Durand, Anick Ferland, Mathieu Lafleur et Alexandre Roy, membres du Comité national des jeunes de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Pour plus d'information, contacter la CSN.