Pour une première fois dans l’histoire du Québec, un gouvernement est venu modifier le droit du travail sans consulter les principaux intéressés : les travailleuses et travailleurs et leurs représentants. Selon Dalia Gesualdi-Fecteau, professeure titulaire à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et directrice du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail (CRIMT), les syndicats et leurs membres doivent reprendre l’offensive afin que les lois correspondent à leurs besoins.
« Le droit du travail s’est forgé par du temps et des luttes ouvrières », a lancé d’entrée de jeu Mme Gesualdi-Fecteau. Mais depuis quelques années, le gouvernement impose sa propre vision en la matière, en opposant droits collectifs et droits individuels. Elle invite ainsi les congressistes et la CSN à repenser la législation du travail afin de se doter d’une vision ambitieuse et de revendiquer de nouvelles avancées.
« La loi 14 permet au gouvernement d’intervenir dans les conflits de travail. Le projet de loi 3, quant à lui, introduit la conception de cotisation facultative, par laquelle on vise à limiter la capacité des syndicats à intervenir dans les débats démocratiques et dans les luttes sociales. Or, c’est ce que les syndicats ont historiquement fait ; c’est une fonction essentielle du syndicalisme », croit-elle.
Selon la professeure, le droit du travail sert, d’une part, à réduire les risques économiques et en matière de santé, à assurer un encadrement, mais aussi à aménager des espaces d’autonomie et des cadres où peut s’exprimer une voix collective.
Il ne s’agit pas que d’un droit individuel : lorsque les travailleuses et travailleurs disposent de conditions dignes, c’est la qualité de vie globale qui est rehaussée.
En plus de défendre nos acquis et de vouloir aller chercher ce qu’on a perdu au cours du dernier mandat de la CAQ, il faut que le droit du travail réponde aux enjeux d’aujourd’hui et de demain : transformation technologique et numérique rapide – intelligence artificielle –, crise climatique, crise tarifaire, concurrence des intérêts nationaux, protectionnisme, populisme, etc.
« Quand on veut réagir face à ces transformations, il faut penser aux compétences et aux conditions de travail. Nous devons saisir les occasions quand elles se présentent », affirme Dalia Gesualdi-Fecteau.
Un dialogue démocratique
Au Québec, nous avons des lieux de dialogue qui font rougir de jalousie le reste du Canada : le Comité consultatif du travail et de la main-d’œuvre, la Commission des partenaires du marché du travail et des comités au sein de la CNESST. Mais ces structures doivent rester mobilisées en tout temps, pas seulement quand ça plaît au gouvernement. Vu la rapidité des transformations dans nos milieux de travail et dans la société en général, ces canaux doivent demeurer ouverts en permanence.