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Les États généraux en une du Devoir

  • 18 Nov 2013

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  • Au lendemain des États généraux de l'action et de l'analyse féministes, le Devoir a publié en une l'article États généraux - Une image unie du mouvement féministe qui fait le bilan de l'événement.

Au lendemain des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, Le Devoir a publié en une l’article États généraux – Une image unie du mouvement féministe qui fait le bilan de l’événement. Le Devoir

États généraux – Une image unie du mouvement féministe La question de la laïcité a été largement évacuée d’un Forum aux rares voix discordantes

Éric Desrosiers

Les États généraux sur le féminisme se sont conclus par une démonstration d’unité derrière ce qui doit servir de grandes orientations au mouvement pour les vingt prochaines années, et qui se veulent une meilleure reconnaissance des « réalités complexes et diversifiées » des femmes.

Le Forum de quatre jours, qui venait couronner plus de deux ans de réflexion dans le cadre des États généraux de l’action et de l’analyse féministes, s’est terminé, dimanche, à l’Université du Québec à Montréal, par une plénière où plus d’une trentaine de propositions ont été adoptées par d’imposantes majorités, voire à l’unanimité, par les quelque 500 participantes présentes. Si plusieurs dizaines d’autres propositions n’ont pas pu être adoptées, ce n’est pas parce qu’elles ont été défaites, mais parce qu’il y en avait trop pour le temps alloué et que les discussions de procédures ont pris beaucoup de place durant la journée.

« C’est la confirmation qu’on est proche des femmes dans toutes les régions et de tous les milieux et qu’on a trouvé des propositions qui ont du sens pour elles pour l’époque où nous vivons », a déclaré au Devoir l’une des organisatrices de l’événement, Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec. « Quand on voit la grande diversité des femmes présentes ici, on voit que, pour une rare fois, toutes ont pris part à la démarche, a ajouté la co-porte-parole des États généraux, Delice Mugabo. C’est la grande réussite de ce week-end. »

Présentés par leurs organisatrices comme un événement historique, ces premiers États généraux du féminisme en plus de vingt ans au Québec ont porté sur une grande diversité d’enjeux, dont la conciliation travail-famille-études, la violence faite aux femmes, le sort réservé aux autochtones, aux immigrantes et aux lesbiennes, la pauvreté, l’éducation, l’accès aux postes décisionnels, les normes sociales, la marchandisation du corps de la femme, le colonialisme, l’environnement et même les accords commerciaux. Voulant rester sur les grands principes et sachant le mouvement féministe divisé sur la question, les propositions n’abordaient pas directement l’une des questions de l’heure, c’est-à-dire la charte de la laïcité québécoise du gouvernement du Parti québécois.

Cette question a tout de même fait l’objet d’ateliers de discussions et de formation au début du week-end bien qu’elle ne se soit pas rendue jusqu’à la plénière finale, a précisé la co-porte-parole des États généraux, Isabelle Picard. « Si on a fait les choses comme cela, c’est qu’on pense qu’on a encore besoin de se nourrir, de s’enrichir, d’apprendre ensemble, et ce serait difficile pour moi de me prononcer là-dessus aujourd’hui. Je crois que ce sont des choses qui restent à venir et à regarder. »

« Intersection des oppressions »

Les États généraux se voulaient aussi une occasion de reconnaître les changements intervenus dans nos sociétés et la nécessaire adaptation de la pensée et des modes d’action féministes. Reconnue sous l’appellation de l' » intersection des oppressions « , cette approche vise à prendre acte du fait que des femmes peuvent être victimes de plusieurs dynamiques liées non seulement à leur sexe, mais aussi à leur statut d’immigrantes ou de membres d’une minorité visible, à leur orientation sexuelle, à un handicap, à leur religion, ou à toutes autres caractéristiques personnelles.

Utilisée depuis longtemps dans le reste du Canada, cette approche permet de mieux cerner les problèmes vécus par de nombreuses femmes qui se sentaient incomprises et abandonnées par le mouvement féministe québécois, explique Delice Mugabo. Cela permet aussi de montrer certaines de ses contradictions, comme voir que l’amélioration des conditions de vie de la professionnelle peut être liée aux mauvaises conditions de travail de l’immigrante qui lui sert d’aide ménagère.

Unité de façade

« Tous ces beaux discours sont très vertueux, mais leurs conséquences pourraient l’être beaucoup moins », a lancé à l’assemblée l’une de ses rares voix discordantes.

Entourée d’une toute petite garde rapprochée, Michèle Sirois est venue à quelques reprises au micro pour mettre en garde les autres participantes, entre autres contre le danger de vouloir tellement respecter le droit de chacune de décider ce qui est bon pour elle qu’on en vienne à perdre de vue les intérêts collectifs des femmes.

 » Ce n’est quand même pas normal que le vote le plus serré [69 % de oui] ait porté sur une proposition condamnant les proxénètes, parce qu’on a peur d’avoir l’air de juger les femmes qui se prostitueraient par choix ! », a déploré ensuite au Devoir la sociologue, anthropologue des religions et présidente d’un nouveau groupe féministe appelé Pour les droits des femmes du Québec (PDF-Q).

Lancé jeudi, après presque un an de réflexion, le nouveau groupe dit vouloir défendre le droit des femmes à l’égalité et à la dignité qui « transcende l’opposition entre droits des femmes et droits culturels et religieux véhiculée par les tenants du relativisme culturel ».

« La voie empruntée par les États généraux risque de fragmenter le mouvement féministe, martèle Michèle Sirois qui estime, elle aussi, parler pour une majorité de féministes et de Québécoises. Toutes celles qui ont essayé de corriger sa trajectoire ont été systématiquement écartées ou ignorées. C’est pour cela qu’elles ne sont pas venues au Forum en fin de semaine.

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