L’avenir des forêts du Québec doit se décider à plusieurs voix. La forêt est à la fois un territoire de droits, un écosystème vivant, un milieu de vie, un moteur économique et un lieu d’usages multiples : sa modernisation est un vrai projet de société, non un simple dossier sectoriel.
Depuis un an, une démarche collective inédite, réunissant Premières Nations, syndicats de travailleuses et travailleurs, groupes environnementaux, gestionnaires de territoires fauniques, acteurs récréotouristiques et, plus récemment, entrepreneurs forestiers, travaille de façon structurée à élaborer des pistes d’actions pour une modernisation du régime forestier.
Au terme du Dialogue national sur la forêt, auquel nous avons pris part cette semaine à l’Université Laval, nous entendons la volonté partagée du milieu forestier de se parler et d’agir. La main tendue, nous souhaitons poursuivre le dialogue avec tous les acteurs.
Notre demande est simple. Nous invitons chaque parti politique à s’engager formellement à poser deux gestes concrets pour que s’ouvre une véritable concertation nationale. Nous proposons que le prochain gouvernement mette sur pied dans les 100 premiers jours :
- Un Conseil national de «gouvernements à gouvernement», entre les Premières Nations et le gouvernement du Québec, chargé de co-construire le prochain régime forestier.
- Une Table nationale des partenaires, menée par une présidence indépendante, réunissant l’ensemble des acteurs de la forêt et du milieu forestier et ayant pour mandat de conseiller le gouvernement dans la préparation d’un nouveau régime forestier.
Ces deux instances composeront les assises d’un chantier structuré pour mener, dans un délai raisonnable, une modernisation juste, durable et rassembleuse du régime forestier. Une réelle concertation menée en amont permettra à tous les acteurs de la forêt et du milieu forestier d’exprimer leurs attentes et leurs craintes afin de trouver ensemble les solutions les plus convergentes possibles.
Dans un contexte d’incertitude économique et de tensions commerciales persistantes, la recherche de solutions durables et consensuelles devient plus essentielle que jamais. Avec une telle approche, il est selon nous possible de réactualiser le régime forestier et de l’arrimer de manière efficace à une nouvelle politique industrielle du bois, sans avoir à perpétuellement recommencer le travail faute d’adhésion. C’est seulement ainsi que pourront se rétablir un climat social sain et un environnement d’affaires prévisible dans les forêts du Québec.
Sur le fond, nos priorités sont déjà connues : nous avons détaillé en juin, dans une lettre ouverte, nos cinq grands chantiers pour une modernisation juste et durable, que nous porterons à ces instances dès leur création.
La forêt est un patrimoine collectif; son avenir aussi. Des voies de passage existent, et c’est ensemble que nous les trouverons.
Signataires
Francis Verreault-Paul, Chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador,
Alice-Anne Simard, Directrice générale de Nature Québec
Alain Branchaud, Directeur général de la SNAP Québec
Martin Vaillancourt, Directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec
Daniel Cloutier, Directeur québécois d’Unifor
Kevin Gagnon, Président de la Fédération de l’industrie manufacturière – CSN
Nicolas Lapierre, Directeur québécois du Syndicat des Métallos
Luc Vachon, Président de la Centrale des syndicats démocratiques
Guillaume Ouellet, Président de Zecs Québec
Dominic Dugré, Président-Directeur général de la Fédération des pourvoiries du Québec
Normand Fiset, Président de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique
Pierre Gaudreault, Directeur général d’Aventure Écotourisme Québec et de l’Association des parcs régionaux du Québec
Benoît Lasalle, Président de l’Association québécoise des entrepreneurs forestiers