Après avoir perdu sa boussole, la CAQ navigue désormais à vue, ayant perdu également son capitaine, François Legault, qui a annoncé sa démission le 14 janvier dernier.
Malgré ce qu’il continuait de marteler sur toutes les tribunes avant le congé des Fêtes, M. Legault a dû se rendre à l’évidence : il n’était plus l’homme de la situation.
Ce n’est pourtant pas d’hier que le navire de la CAQ prend l’eau. Fustigé par l’opposition et par les groupes de la société civile, le gouvernement de François Legault s’est enlisé dans une inquiétante dérive autoritaire depuis son dernier remaniement ministériel, pourtant censé relancer son parti.
Pendant que des milliers de ménages peinent à se loger et à joindre les deux bouts, le gouvernement a préféré gérer à courte vue, laissant les inégalités se creuser.
— Caroline Senneville, présidente de la CSN
Après des mois à s’attaquer aux contre-pouvoirs avec, au premier chef, les organisations syndicales, le gouvernement était certain qu’il ferait bouger l’aiguille des intentions de vote en sa faveur. Or, lorsqu’on regarde les derniers coups de sonde qui placent la CAQ en troisième position, voire en quatrième position, derrière le Parti conservateur d’Éric Duhaime, le constat d’échec est encore plus retentissant.
Déconfiture et déconnexion
Cette sinistre déconfiture met aussi en lumière la déconnexion totale de ce gouvernement à l’égard des besoins réels de la population. Crise du logement hors de contrôle, explosion du coût de la vie, cafouillage en immigration avec la fin du Programme de l’expérience québécoise. Les signaux d’alarme se sont multipliés, sans jamais provoquer un véritable changement de cap. Pendant que des milliers de ménages peinent à se loger et à joindre les deux bouts, le gouvernement a préféré gérer à courte vue, laissant les inégalités se creuser.
La course à la succession de François Legault n’a cependant rien de rassurant. Le duel qui s’annonce entre Christine Fréchette et Bernard Drainville se déroule dans un climat de surenchère et de calcul politique, bien loin des préoccupations des travailleuses, des travailleurs et de la société en général.
Le cas de Drainville est particulièrement révélateur : à force de vouloir flatter les bas instincts, il verse dans un populisme élémentaire, n’hésitant pas à relayer de fausses informations pour discréditer le mouvement syndical. L’épisode de l’ambulance prétendument vandalisée lors d’une récente manifestation à Québec – alors qu’elle était destinée à la ferraille – illustre jusqu’où peut aller cette dérive quand on est prêt à tout pour nourrir ses ambitions personnelles.
Faire front, tant qu’il le faudra
Heureusement, devant un tel mépris, la CSN, de concert avec ses alliés de la société civile, continue de faire front. Le 29 novembre dernier, nous étions plus de 50 000 personnes dans les rues de Montréal pour dénoncer cette déconcertante dérive de la CAQ et exiger un véritable changement de direction. Ce rassemblement mémorable n’était pas un point final, mais bien un point de départ. Notre campagne Faire front se poursuit et s’intensifiera au cours des prochains mois.à
Au menu : escalade des moyens de pression et renforcement de nos alliances avec nos partenaires des mouvements sociaux pour converger autour du 1er mai, moment fort de la mobilisation. Nous porterons également plusieurs revendications sur la place publique afin d’interpeller l’ensemble des formations politiques pour connaître leur positionnement. À l’approche des élections d’octobre 2026, il est urgent d’adresser à tous les partis politiques un message clair : ils doivent écouter la société civile, y compris les syndicats, et exiger des engagements concrets de la part de celles et ceux qui aspirent à diriger le Québec.
Mais dans l’intervalle, en attendant de connaître celui ou celle qui reprendra la barre de ce gouvernement en fin de piste, une chose est certaine : la CSN ne baissera pas les bras et continuera à se mobiliser… tant qu’il le faudra.
Petit S.O.S. afin d’éviter le naufrage : persister dans la même veine de confrontation avec les organisations syndicales ne sera jamais payant. La seule chose sensée à faire dans les circonstances est d’abandonner les projets de loi liberticides, à commencer par le projet de loi 3.










