Les entreprises privées ou encore d’économie sociale jouent déjà un rôle dans le soutien à domicile. À l’origine, la contribution de ces entreprises devait être complémentaire aux soins du réseau public, offerts par les ASSS. Mais au fil du temps, ces organisations ont pris de plus en plus de place. On leur confie davantage de responsabilités qui devraient revenir aux ASSS, beaucoup mieux formées et surtout, complètement intégrées aux équipes multidisciplinaires en soutien à domicile.
« Nous avons suivi une formation professionnelle rigoureuse sur plus d’un an, explique Alexandra. Le personnel externe reçoit un enseignement qui se donne sur trois mois. C’est le temps que ça prend juste pour le bloc concernant le déplacement sécuritaire des patients ! C’est nous, les ASSS du CLSC, qui sommes appelées à compléter la formation des employées externes, parce qu’elles ne peuvent faire face à toutes les situations ».
La loi confie aux ASSS des actes médicaux autrefois réservés au personnel infirmier. Leur travail comporte également une forte dimension sociale alliant écoute et conseils, tant pour les bénéficiaires eux-mêmes que pour leurs proches et leur famille. « Parfois, on doit intervenir dans des situations de crise. Nous avons été formées pour faire face à toutes sortes de conditions psychosociales. Ce n’est pas nécessairement le cas des intervenantes du privé. »
La plus grande valeur ajoutée des ASSS dans le réseau, c’est qu’elles sont complètement intégrées à l’équipe multidisciplinaire du CLSC. « On collabore étroitement avec toutes les personnes professionnelles. Chaque semaine, on fait le point avec toute l’équipe. On échange sur les besoins de chaque bénéficiaire et on s’entend sur une marche à suivre. On développe des connaissances cliniques. Ce n’est pas le cas du personnel externe », déplore Alexandra Charland.
Les gens en perte d’autonomie peuvent recevoir une allocation de l’État, à dépenser auprès d’une entreprise pour recevoir de l’aide à domicile. Initialement, leur rôle devait se limiter à de l’aide domestique, comme l’entretien ménager ou la préparation de repas. Avec le temps, et le manque d’investissement dans les services publics, le rôle du privé s’est considérablement élargi. Aujourd’hui, l’apport du privé ne se limite plus au ménage et aux repas : il englobe aussi les soins fournis aux bénéficiaires. Or, ce ne sont pas toutes les usagères et tous les usagers qui ont les moyens de se payer ces services.
Alexandra note d’ailleurs que les problèmes socio-économiques sont de plus en plus criants pour une grande part de la clientèle, dont les besoins sont fréquemment plus lourds qu’avant. « On observe plus de pauvreté, plus de détresse sociale. On relève plus souvent des milieux de vie insalubre. Clairement, en misant sur le concept d’utilisateur-payeur, de plus en plus de gens auront de la difficulté à débourser pour les services requis. »
Le 29 janvier, le gouvernement de la CAQ a dévoilé une nouvelle politique nationale de soutien à domicile. Il entend miser, plus que jamais, sur les entreprises privées ou d’économie sociale pour offrir les services, y compris des soins à la personne, au détriment des services publics déjà existants dans les CLSC, grandement sous-financés. Pour la CSN, le gouvernement fait fausse route : il faudrait bien davantage renforcer le rôle des CLSC et miser notamment sur les 7 000 auxiliaires aux services de santé et sociaux, mieux formées et complètement intégrées aux équipes pluridisciplinaires, qui assurent un véritable continuum de soins.










