Au Québec, le projet de la Révolution tranquille visait, entre autres, à offrir l’égalité des chances en matière d’éducation à tous les enfants québécois, peu importe leur origine ou leur lieu de résidence. Après la publication du célèbre rapport Parent au milieu des années 1960, le gouvernement entreprend un vaste chantier d’organisation du système d’éducation, de la maternelle à l’université, accessible à toutes les familles.
Or, à la demande du clergé, le gouvernement favorisera la liberté de choix des parents, ce qui permettra à l’enseignement privé subventionné de se tailler une place dans le système scolaire. Pour Christophe Allaire Sévigny, ce libre choix nous a menés tout droit à ce qu’il appelle aujourd’hui la « ségrégation scolaire », une expression formulée à l’époque par le regretté sociologue, Guy Rocher.
L’idée de retracer l’origine de cet idéal d’égalité des chances et d’en tracer un historique naîtra d’une lettre d’opinion signée Rocher, membre de la commission Parent. L’auteur rencontrera du personnel enseignant, des élèves et des chercheurs. La forme originale du balado, Distances sociales, sera retenue au départ, à la suite duquel il procèdera à la rédaction de son essai.
Sous forme d’enquête, l’argumentaire solide du sociologue, enseignant au cégep de Sherbrooke, est brillamment construit sur des faits, des écrits et des exemples concrets. L’ensemble nous fait comprendre que ce que d’autres nomment « l’école à trois vitesses » au Québec existe bel et bien et que ce modèle reproduit des inégalités systémiques qui stigmatisent le développement scolaire jusqu’au dernier diplôme obtenu.
Pour appuyer sa thèse, l’ouvrage aborde également l’histoire de la ségrégation raciale dans les écoles primaires de Topeka, dans le Kansas des années 1950, et les luttes populaires et judiciaires menées jusqu’en Cour suprême des États-Unis afin d’y mettre un terme. Malgré un jugement unanime déclarant la ségrégation inconstitutionnelle, une résistance massive s’organisera afin de maintenir en place les privilèges systémiques ségrégationnistes des blancs, appuyée par la fausse doctrine du Séparés mais égaux.
Selon les données disponibles, le maintien du libre choix au Québec fera de notre système d’éducation le plus inégalitaire au Canada. Ce constat brutal n’est pas sans conséquences : le modèle hiérarchique du privé subventionné et des programmes sélectifs au public, dit régulier, discrimine les enfants dès le départ selon leurs origines socioéconomiques, leur culture et les moyens financiers des parents. Sans surprise, les cheminements réguliers offrent moins d’activités culturelles et scolaires enrichissantes, restreignent considérablement l’accès aux études supérieures et, conséquemment, aux emplois les mieux rémunérés.
Appuyé par les thèses économiques néolibérales, Allaire Sévigny explique que l’origine religieuse de la liberté confessionnelle en matière d’éducation sera reprise par les défenseurs du marché déréglementé, forçant la marchandisation de l’éducation ; une concurrence malsaine entre les écoles et le maintien d’un libre choix économique discriminatoire.
Cet important ouvrage, qui a reçu le prix Pierre-Vadeboncœur de la CSN en décembre dernier, expose une réalité injuste que vous ne verrez plus jamais de la même manière.
Séparés mais égaux
Christophe Allaire Sévigny
Lux
À écouter : Distances sociales en balado
https://baladoquebec.ca/distances-sociales-carnet-dun-sociologue-ambulant
Par Martin Petit











