C’est d’abord la similarité des préoccupations syndicales qui sautent aux yeux des trois invités latino-américains. Fernando Vivaldo, délégué de la Central Única dos Trabalhadores du Brésil, explique que les enjeux relatifs aux services publics, à l’intelligence artificielle et aux droits syndicaux se trouvent également au cœur de leurs préoccupations.
Mais c’est la question de l’impérialisme états-unien qui prend une place prépondérante dans la discussion. « Comme Mexicains, le sujet de la souveraineté nationale est au centre de nos inquiétudes », explique le délégué du Frente Auténtico del Trabajo, Benedicto Martinez Orozco.
Les trois invités internationaux proviennent de pays indépendants depuis plusieurs siècles, mais leur inquiétude concerne la capacité effective de leurs nations à se gouverner sans ingérence étrangère. Comme le « point Godwin » de la politique contemporaine, la question de Trump arrive très rapidement dans la discussion.
Fréquemment perçue comme la cour arrière des États-Unis et appartenant à la zone d’influence naturelle du pays, l’Amérique latine a trop souvent été le théâtre de coups d’État dont les ficelles étaient tirées depuis Washington.
Ivan Gonzalez Alvarado, vénézuélien d’origine et délégué de la Confederación sindical de trabajadores y trabajadoras de las Américas, est concerné au premier chef par cet impérialisme, mais, comme militant, c’est la navigation politique des syndicats qui l’habite.

Pour les trois invités, le climat politique actuel est tel qu’il pourrait être facile de perdre de vue la raison d’être des syndicats : défendre les travailleuses et les travailleurs, sur tous les fronts. S’ils prennent part à la joute politique à un niveau plus important que le font les centrales québécoises – les appuis à des candidats ou à des partis politiques ne sont pas rares –, ils insistent sur l’importance de rester indépendants et de ne pas devenir l’appareil d’un parti politique, par exemple.
Les trois invités peuvent compter sur des gouvernements de gauche dans leurs pays de résidence respectifs – la Confédération des travailleuses et des travailleurs d’Amérique est établie en Uruguay. Ils insistent sur l’importance que la société civile soit présente pour appuyer et justifier les réformes critiquées par la droite. Du même souffle, ils ajoutent qu’ils doivent aussi être en mesure de faire des critiques constructives de certains projets de loi, sans aller jusqu’à demander le remplacement des différents gouvernements progressistes qui demeurent leurs alliés naturels.
Les centrales syndicales ont l’avantage de pouvoir se tenir au-dessus de la mêlée partisane et d’examiner les enjeux politiques sur le long terme. Pour les trois invités venus tisser des solidarités, c’est le meilleur moyen de défendre les travailleuses et les travailleurs contre les attaques de l’extrême droite, dont la progression ne semble pas connaître de frontières.