Après avoir fermé coup sur coup ses succursales des Galeries de la Capitale et de Laurier Québec, toutes deux en grève depuis un an et demi, Renaud-Bray doit maintenant se défendre devant le Tribunal administratif du travail (TAT). Le propriétaire de Renaud-Bray, Blaise Renaud, sera appelé aujourd’hui à la barre des témoins.
Dans leur recours, la CSN et le syndicat des employé-es reprochent à son entreprise d’avoir fait preuve d’entraves et de représailles antisyndicales en fermant ses deux magasins en grève, en plus de ne pas avoir respecté son obligation de négocier de bonne foi. Un geste qui contrevient aux articles 3, 12, 14, 15 et 53 du Code du travail en vigueur au Québec, précise la plainte.
Ces fermetures doivent être mises en contexte avec les changements de bannière des magasins Archambault Lebourgneuf et Place Ste-Foy, également propriétés de l’homme d’affaires Blaise Renaud. Ces établissements, situés à proximité des magasins en grève, affichent dorénavant la marque de commerce Renaud-Bray.
« Un dollar de plus que le salaire minimum : c’est ce que demandaient les employé-es de Renaud-Bray. Plutôt que de négocier, Blaise Renaud a préféré fermer ses magasins, pourtant rentables, pour ouvrir de nouvelles bannières de l’autre côté de la rue. De tels gestes d’intimidation et de telles représailles sont contraires à la loi et doivent être sanctionnés », affirme la présidente de la CSN, Caroline Senneville.
La porte-parole du syndicat, Isabelle Nadeau, souligne que Renaud-Bray n’a donné aucun signe de vie après avoir forcé la tenue d’un scrutin l’été dernier, au cours duquel les travailleuses et les travailleurs avaient rejeté à 93 % les plus récentes offres patronales. « Malgré nos nombreuses tentatives de relancer les discussions et malgré les relances de la conciliatrice, Renaud-Bray n’a jamais voulu se rassoir à la table de négociation. Mais pour nous, il n’était pas question de rentrer travailler dans les mêmes conditions de misère. »
Pour la présidente du Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches–CSN, Barbara Poirier, les récentes fermetures dépassent l’entendement. « On connaît l’antisyndicalisme primaire de Renaud-Bray, qui a maintes fois été condamné par les tribunaux : entraves et ingérence antisyndicales, usage de briseurs de grève, négociation de mauvaise foi… Mais jamais Blaise Renaud n’était allé jusqu’à fermer un magasin, voire deux, parce que ses employé-es avaient osé lui tenir tête. Un geste inhumain, totalement inacceptable, qui doit être condamné. »
La CSN demande au TAT de condamner Renaud-Bray à verser 250 000 $ au syndicat à titre de dommages moraux et punitifs.
« Renaud-Bray avait amplement les moyens financiers de répondre aux demandes de ses salarié-es. C’est par pure cupidité que Blaise Renaud préfère fermer deux magasins plutôt que de respecter ses employé-es », d’ajouter le président de la Fédération du commerce–CSN, Serge Monette.
Ce n’est pas la première fois que Renaud-Bray est poursuivi devant le tribunal pour avoir enfreint les dispositions du Code du travail. Dans une décision datée du 5 août 2024, le TAT avait déclaré la direction des succursales de Laurier Québec et des Galeries de la Capitale, coupable d’avoir entravé les activités syndicales et manqué à son obligation de négocier de bonne foi. Le 6 décembre 2024, une ordonnance provisoire émise par le Tribunal interdisait au groupe Renaud-Bray d’utiliser des briseurs de grève, après avoir conclu à la présence d’au moins trois d’entre eux dans les succursales en conflit. En février dernier, une nouvelle décision du TAT condamnait Renaud-Bray à verser 7000 $ au syndicat à titre de dommages moraux et punitifs pour avoir eu recours à des briseurs de grève, enfreignant ainsi la loi.
À propos
La convention collective des 60 employé-es des librairies Renaud-Bray de Laurier Québec et des Galeries de la Capitale est échue depuis le 31 décembre 2023. En grève depuis le 22 novembre 2024, les employé-es des Galeries de la Capitale et de Laurier Québec se sont prononcés en juillet dernier à 93 % contre les dernières offres de l’employeur, après que celui-ci eut demandé au TAT d’ordonner un tel vote. Depuis, aucune offre de négociation n’a été déposée par l’entreprise de Blaise Renaud.
Le Syndicat des travailleuses et travailleurs de Librairie Renaud-Bray–CSN est affilié à la Fédération du commerce–CSN et au Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches–CSN. Forte de ses 330 000 membres, la Confédération des syndicats nationaux est présente dans l’ensemble des régions du Québec et ailleurs au Canada.



