PERSPECTIVES CSN
Enjeux

En route vers le 65e Congrès

Débattre d’un plan d'action

Photo : Raynald Leblanc
Une des raisons pour lesquelles le plan d’action est important, c’est que les élections approchent rapidement.
Par Chu Anh Pham
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Alors que la CSN s’apprête à tenir son 65e Congrès, une petite révolution est en cours dans l’organisation de cet événement triennal, puisqu’on a mis de côté l’approche traditionnelle et classique où la direction de la CSN soumet des propositions qui seront par la suite débattues au congrès. Coup d’œil sur cette transformation qui sera mise à l’épreuve du 5 au 9 juin prochain, au Palais des congrès de Montréal.

À la blague, le président Jacques Létourneau soutient qu’il pourrait déposer des projets de loi et réécrire trois budgets sans problème. « On a tout voté à la CSN », lance-t-il avec un grand sourire. N’empêche, c’est avec beaucoup de sérieux et de volonté qu’il souhaite apporter au prochain congrès un vent de renouveau. « On veut éviter un débat de virgules et de positions parfaites. On veut un débat sur un plan d’action concret. »

Pour ce faire, la direction s’y est pris six mois plus tôt qu’à l’habitude. Donc, depuis l’automne dernier, la CSN a proposé cinq grandes orientations à ses syndicats membres : sécuriser le revenu tout au long de la vie, développer l’économie et créer des emplois de qualité, lutter contre les changements climatiques, consolider les services publics et renforcer la démocratie. Les syndicats de la CSN ont été invités à se prononcer sur divers sujets en répondant à un questionnaire ; 25 % d’entre eux ont répondu à l’appel. Un taux de participation très satisfaisant, selon Jacques Létourneau, étant donné qu’il s’agit d’une première et que cette consultation a coïncidé avec le vote d’allégeance syndicale dans le secteur de la santé et des services sociaux.

Ainsi, 97 % des répondants souhaitent une réforme majeure de la Loi sur les normes du travail, en commençant par le salaire minimum, les congés pour responsabilités familiales et les congés de maladie. Quelque 97 % d’entre eux soutiennent également le droit à la formation continue et au perfectionnement tout au long de la vie. Parmi les recommandations ayant obtenu un taux un peu plus faible de réponse, on trouve l’octroi d’une aide financière publique adéquate et la mise en place de mesures réglementaires pour assurer la production d’une information de qualité et diversifiée au Québec (86 %), et l’élaboration d’un plan d’action crédible visant l’élimination de notre dépendance aux hydrocarbures dans une perspective de transition juste (85 %).

À partir de ces réponses, un manifeste sera rédigé et présenté au comité précongrès et ensuite aux syndicats lors d’une tournée régionale en mai. Les participants n’auront jamais été aussi bien mis au parfum avant le congrès. « Ça ne sera pas tant un congrès d’orientation que de tactiques et de moyens à mettre en branle. Les militantes et militants seront mieux préparés que jamais à débattre, et c’est tant mieux, parce qu’on aime ça, les débats ! », soutient celui qui présidera l’événement pour une deuxième fois. Le congrès laissera donc toute la place nécessaire à l’adoption d’un plan d’action relatif au manifeste.

Une des raisons pour lesquelles le plan d’action est important, c’est que les élections approchent rapidement. En 2018 au provincial et l’année suivante au fédéral. « Alors que le dernier congrès avait été marqué par les conditions de travail des travailleuses et des travailleurs non syndiqués, je crois que l’enjeu majeur de ce congrès sera le danger de l’austérité permanente, de l’américanisation de la société québécoise et de la détérioration du déficit social », prévoit l’économiste et adjointe au comité exécutif, Josée Lamoureux.

« Dans un contexte de corporatisme et d’individualisme, la question politique est plus que jamais importante. Notre pari est de démontrer qu’il y a un lien très étroit entre la politique et la condition générale des travailleurs et des travailleuses. Avec la gang au pouvoir actuellement, le salaire minimum à 15 $ l’heure ne verra pas le jour avant… 2029 ! Si les libéraux sont réélus, ils vont continuer à mettre de la pression constante sur les réseaux publics et les sociétés d’État. Ils n’ont pas bougé d’un iota de leur plan de match initial même s’ils ont quelques milliards en surplus. Ils sont orientés de la même manière », renchérit avec vigueur Jacques Létourneau.
Lors du congrès, qui devrait accueillir plus de 2000 participants, la CSN lancera officiellement son manifeste. « C’est un document qui se veut une déclaration politique et syndicale. Bien sûr, on souhaite que chaque parti se prononce et se commette sur les thèmes du manifeste, mais celui-ci aura une vision au-delà des élections. Ça ne sera pas juste des attaques contre les libéraux », explique Josée Lamoureux.

Ultimement, le président de la CSN espère que les syndicats transposeront quelques priorités du congrès dans leurs propres assemblées générales afin qu’ils s’approprient des actions politiques. « Il faut aller dans les milieux de travail. Il faut parler davantage de politique, pas juste de convention collective. Même si tu as un contrat de travail en béton, comment peut-il résister et survivre si tout l’environnement autour est austère et moribond ? Pas de création d’emplois, pas de développement, pas d’investissement dans les services sociaux et les services publics ? Il faut que les syndicats, dans chaque région, puissent être capables d’interpeller les élus ou les candidats — de tout parti politique — sur des enjeux qui les touchent directement, mais qui interpellent aussi l’ensemble des travailleurs et des travailleuses. »


Consultations précongrès

Sécuriser le revenu tout au long de la vie

L’un des principaux enjeux est la Loi sur les normes du travail qui est entrée en vigueur en 1980 et qui est aujourd’hui mal adaptée aux enjeux du monde du travail d’aujourd’hui. À 10,75 $ l’heure en travaillant à temps plein, un salarié se trouve quand même sous le seuil de faible revenu. Même si la loi s’adresse d’abord aux travailleuses et travailleurs non syndiqués, elle a aussi un impact sur les conditions des travailleurs syndiqués.

Développer l’économie et créer des emplois de qualité

La CSN est toujours en attente d’une politique industrielle cohérente alors que le secteur manufacturier a perdu plus de 160 000 emplois entre 2002 et 2015. Alors que les emplois atypiques prennent de l’ampleur (37 % des emplois en 2015) et que près de 75 % des employé-es dans le secteur privé ne sont pas syndiqués, toute personne doit pouvoir rehausser son niveau de qualification pour élargir ses perspectives d’emploi, soit par l’accès à l’éducation soit par la formation continue.

Lutter contre les changements climatiques

L’abandon des énergies fossiles aura des répercussions sur les emplois existants. Toutefois, le virage vert peut aussi être créateur d’emplois puisqu’il exigera la mise en place de nouvelles technologies et de nouveaux procédés. L’État doit intervenir pour que cette transition soit juste et encourager les entreprises à devenir des précurseurs de la lutte contre les changements climatiques.

Consolider les services publics

À l’heure où les besoins de réinvestissement sont criants dans tous les secteurs, la CSN croit que le Québec doit tourner le dos à l’austérité. Toute baisse d’impôt pour les entreprises et les particuliers, particulièrement les plus riches, doit être écartée. La consolidation des revenus à long terme est aussi nécessaire, notamment en intensifiant la lutte contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux et en ajoutant des paliers d’imposition pour les plus fortunés.

Renforcer la démocratie

Alors que la population est de plus en plus désabusée envers la classe politique et que le taux de participation aux élections demeure faible, la CSN croit que la mise en place d’un mode de scrutin proportionnel mixte permettrait de mieux refléter la volonté de la population. De plus, pour assurer une vitalité démocratique, la population doit avoir accès à une information de qualité et diversifiée. L’État doit donc intervenir dans ce contexte de concentration des médias et de domination des géants technologiques à l’ère numérique.

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