Nouvel Observatoire québécois

Inégalités sous surveillance

Le prix Nobel d’économie 2001, Joseph Stiglitz, en compagnie du directeur général de l’Observatoire, Nicolas Zorn. // Photo : , Julie Soto, OIT
Cette toute nouvelle organisation tentera d’expliquer pourquoi les inégalités progressent au Québec.
Par Thierry Larivière
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Même si le Québec est plus égalitaire que le reste des Amériques, les inégalités étaient plus importantes en 2016 qu’en 1996.

Selon les chiffres de l’Institut de la statistique du Québec, le coefficient de Gini, qui sert à mesurer le niveau d’inégalité, a progressé de 35,1 à 36,6 en 20 ans. Précisons qu’un indice de 0 correspond à une égalité parfaite où toutes et tous ont le même revenu et qu’un indice de 100 à une inégalité totale où tous les revenus sont accaparés par une seule personne.

« Ce n’est pas une grosse augmentation, mais l’indice ne dit pas tout », soutient Nicolas Zorn, directeur général du tout nouvel Observatoire québécois des inégalités. Ce dernier estime notamment que les politiques qui ont favorisé l’intégration des femmes au marché du travail ainsi que l’endettement ont permis d’atténuer la hausse des inégalités au Québec. « Ce sont des éléments qu’on ne pourra pas reproduire », fait cependant remarquer Nicolas Zorn. Il ajoute que, de 1978 à 2000, le revenu de 99 % de la population du Québec était à peu près au même niveau, après une baisse dans les années 80 et 90 et une remontée à partir de 1998. Ainsi, le spécialiste estime que, depuis le milieu des années 2000, l’essentiel de la population a le même revenu que 30 ans auparavant.

Pour remédier à cette inégalité, la hausse des salaires est une des pistes privilégiées puisqu’elle augmente les revenus des travailleuses et travailleurs et fait diminuer le revenu des actionnaires, dont plusieurs se retrouvent dans le 1 %.

« Les pays scandinaves performent bien sur la question des écarts de revenus, sur le bonheur de la population et au niveau économique », souligne par ailleurs Nicolas Zorn, pour montrer qu’il est possible d’être plus égalitaire, tout en améliorant les autres indicateurs sociaux importants. Selon différentes recherches internationales, les facteurs clés qui contribuent à plus d’égalité sont : un taux élevé de syndicalisation, une fiscalité plus progressive et plus importante, des services publics plus accessibles et des régulations du travail, des biens et des services qui sont à l’avantage de la majorité de la population.

Favoriser la baisse des inégalités
Cette toute nouvelle organisation, lancée le 14 mars dernier, tentera d’expliquer pourquoi les inégalités progressent au Québec. « L’Observatoire va évaluer, éclairer et éveiller », explique Nicolas Zorn. L’organisation est soutenue par une multitude de partenaires, dont la Fondation Chagnon et des organismes du monde syndical, gouvernemental et universitaire.

« On veut favoriser la baisse des inégalités lorsqu’elles sont trop élevées », explique le directeur général, qui compte s’appuyer sur des « données scientifiques » et souhaite collaborer avec l’ensemble des chercheuses et chercheurs du Québec qui s’intéressent à la question. Une quinzaine de disciplines universitaires sont ciblées.

Dans un premier temps, l’Observatoire veut répertorier tout ce qui se fait déjà sur ce sujet d’étude, mais il prévoit aussi mener des projets de recherche pour combler les « trous » dans notre connaissance des inégalités au Québec.

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