La Confédération des syndicats nationaux (CSN) et ses fédérations affiliées œuvrant en santé et services sociaux dénoncent le parti pris de la CAQ en faveur du privé dans les services de soutien à domicile, sans aucun égard à l’expertise des équipes du réseau public, notamment celle des auxiliaires aux services de santé et sociaux (ASSS).
La politique qui vient d’être dévoilée par la ministre de la Santé et ministre responsable des aîné-es, Sonia Bélanger, ouvre toute grande la porte à la privatisation du soutien à domicile (SAD). Cette politique va ainsi à l’encontre des recommandations de nombreux experts. Dans une récente étude, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) démontre que la privatisation des services et l’imposition de méthodes de gestion propres au secteur privé (gestion centralisée, hiérarchique et autoritaire des services, production d’indicateurs quantitatifs de performance) dans le SAD sont des erreurs et qu’elles sont responsables de la dégradation de l’accès et de la qualité des services, des conditions de travail et de l’équité dans tous les pays où elles ont sévi au cours des dernières décennies.
« Le gouvernement choisit volontairement d’accélérer la déqualification de la profession d’auxiliaires aux services de santé et sociaux du réseau public, déplore le président de la Fédération de la santé et des services sociaux–CSN, Réjean Leclerc. L’absence de mention des ASSS lors du dévoilement de la politique et dans le document lui-même confirme le mépris de ce gouvernement envers les 7 000 ASSS formées qui sont le cœur du soutien à domicile au Québec. « Le gouvernement préfère sous-traiter des services aux entreprises privées et d’économies sociales en aide à domicile (EÉSAD) et aux entreprises privées de soutien à domicile, dont le personnel ne possède pas la formation requise », ajoute M. Leclerc.
Le gouvernement sous-traite déjà des actes cliniques octroyés par la Loi aux ASSS du réseau, détentrices d’un diplôme d’études professionnelles, à du personnel non qualifié provenant du privé et formé de façon accélérée en moins de 140 heures. Le Commissaire à la santé et au bien-être a d’ailleurs recommandé que les interventions des EÉSAD soient renforcées par des formations et par un accroissement du contrôle de la qualité. Pour l’instant, rien dans la nouvelle politique ne semble prévu pour remédier à ces problèmes.
« Plus il y a d’intervenantes et d’intervenants, plus cela rend les suivis compliqués, et plus on perd de l’expertise sur le terrain, note pour sa part la présidente de la Fédération des professionnèles–CSN, Jessica Goldschleger. Nos équipes le constatent déjà sur le terrain et cette politique met encore plus à risque le continuum de soins et leur coordination. Ultimement, ce sont les usagères et les usagers qui paieront le prix de cette valse entre les prestataires de services privés et les équipes multidisciplinaires des CLSC. Une difficulté qui n’existe pas lorsqu’on priorise les équipes du réseau public. »
D’ailleurs, l’IRIS calcule que le remplacement du modèle québécois actuel de SAD, largement privatisé, par un modèle basé sur une prestation entièrement publique des services et une gestion de proximité permettrait, à terme, de réaliser des économies de plusieurs milliards de dollars à l’échelle du réseau tout entier. Pour la CSN, c’est dans un tel modèle que le rôle des CLSC se trouverait véritablement revalorisé et non en tant que chef d’orchestre de la privatisation.
Ressources au mauvais endroit
« La solution réside dans le renforcement des équipes du secteur public, sans exclure complètement une certaine collaboration avec le personnel des entreprises privées et d’économies sociales en aide à domicile », rappelle Réjean Leclerc. Ces dernières devraient concentrer leur offre dans les services de soutien pour les activités de la vie domestique (AVD). Ces services comprennent, entre autres, l’entretien ménager, la préparation de repas, la lessive, etc. « Malheureusement, le regroupement des EÉSAD trahit une entente historique en s’offrant comme substitut bon marché au personnel du public pour dispenser des soins. La population fera les frais de cette approche au rabais. Nous intensifierons nos actions pour que le Québec continue de construire sa capacité publique de répondre aux besoins de la population.
« Force est d’admettre que le gouvernement a préféré poursuivre la privatisation du soutien à domicile au détriment de la qualité des soins et du bien-être des usagères et des usagers, soutient la présidente de la CSN, Caroline Senneville. La CAQ n’apprend visiblement pas de ses erreurs, elle qui tente de se sevrer du recours aux agences et autres prestataires de services privés dans le reste du réseau, termine Mme Senneville.
À propos de la FSSS–CSN
La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN), affiliée à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), est la plus grande organisation syndicale en santé et services sociaux et services de garde éducatifs à l’enfance. Force reconnue du syndicalisme au Québec, elle compte plus de 140 000 membres, dont 80 % sont des femmes, répartis dans plus de 260 syndicats se trouvant sur l’ensemble du Québec.
À propos de la FP–CSN
La Fédération des professionnèles (FP–CSN) représente près de 11 000 professionnèles, techniciennes et techniciens œuvrant dans les secteurs de la santé et des services sociaux, de l’éducation, des organismes gouvernementaux, de l’économie sociale et de l’action communautaire, ainsi que dans le secteur privé.
À propos de la CSN
Fondée en 1921, la CSN est une organisation syndicale qui œuvre pour une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. À ce titre, elle s’engage dans plusieurs débats qui intéressent la société québécoise. Elle regroupe plus de 330 000 travailleuses et travailleurs réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans 8 fédérations, ainsi que sur une base régionale dans 13 conseils centraux, principalement sur le territoire du Québec.







