C’est maintenant clair, Domtar menace de fermer au moins une usine, probablement celle de Kénogami, même si la multinationale ne donne aucun échéancier précis. Aujourd’hui même, Domtar en remet une couche en annonçant à tous ses employé-es au Canada, par visioconférence, un plan pour aller chercher pas moins de 600 M$ de flux de trésorerie supplémentaire par rapport à 2025 au Canada et aux États-Unis.
« Malgré toute cette pression exercée par Domtar, Québec doit résister. Nous avons des leviers entre les mains pour forcer ce géant industriel à s’assoir et à trouver la meilleure solution d’avenir pour le Québec et pour nos travailleuses et nos travailleurs », affirme la présidente de la CSN, Caroline Senneville. Elle rappelle par ailleurs que, si Domtar ne respecte pas les conditions prévues à la loi 50, à savoir les investissements et l’ouverture des usines, le gouvernement pourrait résilier les baux des barrages et des centrales et prendre possession des installations. Rappelons aussi que Domtar compte non seulement sur l’eau de nos rivières, mais aussi sur le bois de nos forêts publiques pour faire rouler ses usines. « On peut et on doit se faire respecter. Un homme d’affaires étranger comme Jackson Wijaya doit tenir compte du territoire où il souhaite mener des affaires et pas seulement presser le citron à distance », ajoute la présidente.
Rencontre d’urgence
La CSN demande donc une rencontre avec le premier ministre actuel du Québec et Jackson Wijaya, le propriétaire indonésien de Domtar. Notons que ce dernier a récemment été convoqué au parlement fédéral, mais qu’il a préféré y envoyer un haut dirigeant de son entreprise.
Des obligations qui remontent à la nationalisation de l’électricité
Rappelons que Domtar dispose d’une autorisation à opérer des centrales électriques privées au Saguenay, malgré la nationalisation de l’électricité en 1963. Ce privilège venait et vient toujours avec des obligations, notamment celle de continuer à utiliser cette énergie pour faire rouler les usines régionales. Le renouvellement des baux hydrauliques, chaque 25 ans, venait aussi avec des obligations d’investissements.
Le transfert des titres des centrales par Domtar à une société qui appartient à son propriétaire ne change pas la donne sur le fond. L’entreprise a changé de mains et de nom plusieurs fois depuis 1963 et l’obligation a été maintenue pendant tout ce temps. La réforme de la gouvernance énergétique de l’ancien ministre Fitzgibbon, laquelle permet maintenant la vente d’électricité par des centrales privées de 100 MW ou moins, ne devrait pas servir de prétexte pour contourner ces engagements historiques.
« Nous demandons aux candidats au poste de premier ministre, Mme Fréchette et M. Drainville, de prendre position rapidement et d’exiger de Domtar qu’elle respecte ses obligations. Nous demandons également aux partis qui aspirent à diriger le Québec de prendre position dans le même sens, avant que le mal ne soit fait et que l’énergie ne soit vendue à une autre entreprise », lance le président du Syndicat national des travailleurs et des travailleuses des pâtes et papiers de Kénogami–CSN, Gilles Vaillancourt. Ce dernier estime que Domtar doit sécuriser les emplois et s’engager dans un plan d’avenir prometteur soutenu par des investissements.
Politique industrielle manquante
« Le cas des usines d’Alma et de Kénogami illustre le laisser-aller de nos gouvernements du Québec et du Canada quant à la nécessaire transformation de l’industrie forestière. On laisse notre forêt publique et nos rivières à des industriels lointains qui se fichent trop souvent des emplois, de la forêt et de l’avenir de cette industrie importante dans plusieurs régions. Les tarifs de Trump sur le bois d’œuvre mettent plus que jamais en lumière l’absence de plan de diversification et de modernisation. On ne devrait pas continuer à donner libre accès à nos ressources naturelles sans une meilleure contrepartie exigée à l’industrie, et à Domtar en particulier », explique le président de la FIM–CSN, Kevin Gagnon.
Nombreux appuis au Saguenay–Lac-Saint-Jean
« Nous sommes fiers de constater que le Saguenay–Lac-Saint-Jean en entier ne se laisse pas faire par une multinationale étrangère. De plus en plus d’acteurs régionaux comprennent que les centrales privées de la région ne peuvent pas devenir de simples vaches à lait pour l’entreprise qui les opèrent aujourd’hui », affirme la présidente du Conseil central des syndicats nationaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Manon Tremblay.
Notons que des représentants du PQ, du PLQ et de députés caquistes de la région ont donné leur appui à la démarche de la CSN afin de sauvegarder des emplois en région. Le maire de Saguenay, Luc Boivin, et le préfet Yanick Baillargeon, qui préside aussi Alliance forêt boréale, ont également donné un appui moral aux travailleuses et aux travailleurs de Domtar en danger. Ajoutons à cette liste l’association des retraité-es de Résolu (maintenant Domtar), qui compte plus de 4 000 membres et qui se préoccupe du maintien de ses obligations par le propriétaire actuel de la plus grande entreprise forestière du Saguenay–Lac-Saint-Jean.
À propos
La CSN est composée de près de 1600 syndicats et regroupe quelque 330 000 travailleuses et travailleurs réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans 8 fédérations, ainsi que sur une base régionale dans 13 conseils centraux, principalement sur le territoire du Québec.
La Fédération de l’industrie manufacturière (FIM–CSN) rassemble plus de 25 000 travailleuses et travailleurs réunis au sein de 320 syndicats, partout au Québec. Elle représente notamment les usines de Kénogami et d’Alma.
Le Conseil central des syndicats nationaux du Saguenay–Lac-Saint-Jean–CSN regroupe quelque 160 syndicats de la région et représente 16 000 membres issus de tous les secteurs d’activité.







