1 novembre 2002

La démesure de la mesure

Palmarès des écoles publié par la revue Actualité

La démesure de la mesure

” La qualité de l’enseignement dans nos écoles et celle de notre système d’éducation devraient se mesurer par les résultats obtenus globalement au Québec, notamment en terme de réussite scolaire et de lutte au décrochage”, a déclaré le président du Conseil central du Montréal métropolitain (CCMM-CSN), Arthur Sandborn, qui a pourfendu le palmarès des écoles secondaires publié par la revue Actualité.

Le CCMM-CSN s’oppose à ce genre d’opération qui vise d’abord et avant tout à influencer l’opinion publique en faveur de l’introduction d’un libre marché en éducation et de la privatisation du système d’éducation. “Les organismes qui commanditent ce fameux bulletin des écoles secondaires, l’Institut Fraser de Vancouver et l’Institut économique de Montréal, sont financés par le secteur privé et prônent ouvertement la privatisation des services publics et la libéralisation des marchés. Comment pourrait-ils arriver à d’autres conclusions que les écoles publiques tirent de la patte, en comparaison avec les écoles privées, et que la compétition entre les écoles est nécessaire ?”, a expliqué Arthur Sandborn. Ces instituts s’inscrivent dans une stratégie agressive de marketing des milieux d’affaires conservateurs qui, grâce à leurs grands moyens financiers, inondent les médias d’un grand nombre d’études aux méthodologies discutables mais dont l’effet est de façonner l’opinion publique dans leur sens car les études dans d’autres sens sont moins nombreuses, n’ayant pas les mêmes moyens. Selon Arthur Sandborn, les intervenants d’une école de milieu défavorisé ont raison d’être satisfaits d’une hausse du taux de réussite scolaire et de l’obtention de diplôme même si elle se retrouve, pour cette raison, en bas du palmarès. “Plusieurs écoles privées qui sont en tête du palmarès font passer des examens d’entrée et font de l’écrémage, une pratique qui consiste à renvoyer les élèves jugés moins performants dès le secondaire III pour pouvoir demeurer en tête, a soutenu le porte-parole. Ces derniers se retrouvent dans le réseau public, qui doit avoir comme objectif de les accompagner et de les appuyer jusqu’à l’obtention du diplôme, tout en lui assurant des services psycho-éducatifs nécessaires.” Le palmarès des écoles secondaires s’appuie sur une mesure fabriquée à partir des résultats des élèves (la moyenne de l’école) aux examens du ministère de l’Education de secondaire IV et V, pondérés de différentes façons selon des variables choisies par les auteurs. Ils en arrivent à hiérarchiser ainsi les écoles de façon linéaire de 1 à 474. Leur mesure, qui s’inspire d’une approche client, ne considère que des “output” (les résultats) et ne tient absolument pas compte de la sélection des élèves à l’entrée ni de leur arrière-plan familial ni des facteurs économiques. Or, toutes les études en éducation depuis plusieurs années démontrent que ce sont ces facteurs qui font la différence. Il y a même une étude récente de l’OCDE (l’étude PISA) démontrant que l’écart entre les résultats des élèves du privé et ceux du public disparaît quand on tient compte des facteurs socioéconomiques des élèves. Pour le CCMM-CSN, un tel palmarès nie donc toute la complexité de l’éducation, fait très mal aux élèves, à leurs parents et aux personnels dont les écoles sont mal classées et n’améliorent en rien la qualité des écoles. Il peut même participer à l’augmentation du décrochage scolaire en convainquant les décrocheurs potentiels qu’il ne sert à rien de continuer puisque de toutes façons, ils fréquentent une école de piètre qualité. Ce palmarès ne fait que renforcer la différence entre les écoles et participe à la fracture sociale. Ainsi, la moyenne de revenus des parents des 20 dernières écoles du palmarès de 2000 pour la région de Montréal est de 34 000 dollars, alors que celle des 20 premières écoles est de 66 000 dollars. Dix-huit de ces 20 écoles sont des écoles privées. Il n’est pas étonnant que ce palmarès soit publié à la veille de la date des inscriptions dans les écoles privées.

(Source: CCMM-CSN 01-11-02 — Pour information : Arthur Sandborn, président, (514) 598-2008 ou téléavertisseur (514) 331-6100, poste 1000)

   


← Précédent La CSN se porte à la défense des chômeurs 31 octobre 2002
Suivant → CSN - Menace de grève chez SICO 2 novembre 2002
Partager

URL de ce document :

https://www.csn.qc.ca/actualites/la-demesure-de-la-mesure/
Logo de la CSN

Confédération des syndicats nationaux

www.csn.qc.ca

1601, avenue De Lorimier
Montréal (Québec) H2K 4M5
Téléphone sans frais : 1 866 646-7760

Fondée en 1921, la CSN est une organisation syndicale qui œuvre pour une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. À ce titre, elle s'engage dans plusieurs débats qui intéressent la société québécoise. Elle est composée de près de 2000 syndicats. Elle regroupe plus de 300 000 travailleuses et travailleurs réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans huit fédérations, ainsi que sur une base régionale dans treize conseils centraux, principalement sur le territoire du Québec.