Se blesser pour sauver une vie

La ronde de négociation 2023 du secteur public est lancée. Pour cette ronde, la CSN, la CSQ, la FTQ et l’APTS unissent leur force et travaillent en Front commun pour défendre les travailleuses et les travailleurs. Apprenez-en plus.

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Droits des travailleurs

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Se blesser pour sauver une vie

Blessée lors d’une intervention d’urgence, une préposée aux bénéficiaires obtient finalement gain de cause contre son employeur qui a osé contester sa demande de réclamation.

C’était le jeudi 14 mars 2019. Une dame âgée accompagne son mari pour un rendez-vous à l’hôpital de Joliette. Elle pousse le fauteuil roulant de son mari dans les méandres des corridors du centre hospitalier pendant de longues minutes en tentant de trouver l’endroit où ils doivent se rendre. Chaque virage débouchant sur un nouveau cul-de-sac ou un interminable couloir fait grimper encore un peu plus leur frustration et leur désarroi. Ils doivent éventuellement se rendre à l’évidence et constater qu’ils sont complètement perdus. Poussée dans ses derniers retranchements par la panique et l’effort physique considérable que représente pour une personne de son âge le fait de pousser un fauteuil roulant sur une aussi longue distance, la dame se met soudainement à ressentir un malaise.

Cette histoire aurait pu très mal se terminer si un « ange gardien » du nom d’Annie n’avait pas croisé leur chemin, par hasard. Tout en dirigeant le couple vers la bonne salle pour le rendez-vous, la préposée aux bénéficiaires remarque l’état de l’aînée, bien mal en point. Elle s’empresse alors d’aller chercher un fauteuil gériatrique au département d’oncologie, d’y faire asseoir la patiente et de parcourir la moitié de l’hôpital en poussant ledit fauteuil jusqu’à l’urgence.

Le hic, c’est que même si ces fauteuils gériatriques possèdent des roulettes, ils ne sont pas faits pour ce genre de déplacement. Ils sont larges, lourds et se manipulent difficilement. Celui-ci encore plus, puisqu’il est vieux et que les roulettes sont usées.

« Ce sont des fauteuils qui ne sont presque jamais utilisés, a expliqué plus tard notre bonne samaritaine. C’était tout ce que j’avais sous la main à ce moment-là. »

Une fois rentrée chez elle, le soir venu, alors que son adrénaline est redescendue, Annie ressent une douleur à l’épaule gauche qui continue de s’aggraver au fil des jours. Si bien que, le lundi suivant, la douleur est insoutenable et Annie est incapable de terminer son quart de travail. Elle déclare alors l’incident du jeudi précédent à son employeur, cesse de travailler et consulte un médecin. Celui-ci lui diagnostique une tendinite à l’épaule gauche, ce qui pousse Annie à faire une réclamation à la CNESST.

Or, quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre que la CNESST lui refusait cette réclamation, prétextant que le délai de déclaration de l’incident avait été trop long. Ce faisant, la Commission acceptait donc l’argument de l’employeur selon lequel on ne pouvait présumer d’une lésion professionnelle, puisque les symptômes de la travailleuse ne se sont pas manifestés immédiatement durant son quart de travail, mais plutôt le soir chez elle.

Heureusement pour Annie (et pour la justice), cet argument a été complètement démoli par le juge du tribunal administratif, Daniel Pelletier, qui a infirmé la décision de la CNESST le mois dernier. « Le fait que la douleur s’aggrave avec le temps semble compatible avec un processus inflammatoire qui s’installe progressivement à la suite d’un effort ayant sollicité l’épaule. Dans ce contexte, il est fort plausible que la travailleuse n’ait pas ressenti de douleur immédiate, mais uniquement dans la soirée alors que le processus inflammatoire prend un certain temps à s’installer et s’aggrave dans les jours qui suivent. »

« [L] a preuve démontre que la travailleuse a été exposée à des circonstances particulières exigeant qu’elle réagisse rapidement à une situation d’urgence. Elle a dû manipuler un équipement désuet et inadapté qui a exigé des efforts importants de ses membres supérieurs », a également écrit le magistrat.

Bien qu’elle ait obtenu gain de cause, Annie n’a toujours reçu aucune prestation à ce jour. Pendant que le processus judiciaire suivait son cours, elle a dû aller se faire soigner dans une clinique privée afin de pouvoir retourner au travail le plus rapidement possible.

Et sa patiente, dans tout ça ?

« Après que je l’ai amenée à l’urgence, elle a été transférée à Montréal presque immédiatement, relate Annie. L’infirmière en chef m’a dit « Bravo, Annie. Tu as sauvé une vie. J’étais bien contente. »

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