PERSPECTIVES CSN
Enjeux

Congrès des conseils centraux

Ce qui nous distingue et ce qui nous unit

Photo : Michel Giroux
Ces questionnements sur nos façons de faire et de concevoir le syndicalisme d’aujourd’hui ont donné lieu à des débats animés, desquels ont émergé un consensus : le syndicalisme est bien vivant et toujours d’actualité à travers tout le Québec.
Par Katerine Desgroseilliers
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Au printemps dernier, les militantes et les militants de la CSN de partout à travers le Québec ont profité des congrès des conseils centraux pour dresser un bilan de l’action syndicale des trois dernières années et débattre des orientations pour leur région respective. Rencontres triennales où se côtoient les luttes du premier et du deuxième front par le biais de conférences, de débats et de rassemblements militants. Ces congrès, fortement ancrés dans les réalités régionales, ont enthousiasmé les membres venus par centaines.

Un retour sur l’importante lutte contre l’austérité menée par la CSN et ses divers partenaires était à l’ordre du jour de tous les congrès. Dans un premier temps, les conseils centraux ont dressé un bilan des multiples actions auxquelles ont participé les militantes et les militants dans le cadre de la campagne confédérale Refusons l’austérité. Puis, des conférences sur les différentes facettes de l’austérité ont nourri les débats et les exercices de réflexion.

Invitée par le Conseil central de l’Estrie, Aurélie Lanctôt, journaliste et auteure de l’essai Les libéraux n’aiment pas les femmes, est venue discuter avec les congressistes des conséquences catastrophiques des politiques d’austérité sur les femmes qui se trouvent à subir deux fois plutôt qu’une les contrecoups des compressions : une première fois en tant que travailleuses majoritaires dans les réseaux de l’éducation et de la santé et des services sociaux et une deuxième fois en tant que principales utilisatrices des services publics.

Aurélie Lanctôt, auteure de l’essai Les libéraux n’aiment pas les femmes, entretient les congressistes des conséquences des politiques d’austérité sur les femmes.Photo : Chu Anh Pham
Aurélie Lanctôt, auteure de l’essai Les libéraux n’aiment pas les femmes, entretient les congressistes des conséquences des politiques d’austérité sur les femmes.
Photo : Chu Anh Pham

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, c’est par l’axe de la privatisation du système de santé et de services sociaux qu’on a abordé le thème de l’austérité. Avec des intentions à peine cachées de déconstruction de l’État, les libéraux affament les réseaux publics à coup de compressions majeures pour ensuite dénoncer les ratés desdits réseaux et vanter les mérites du privé. Une stratégie sournoise, bien illustrée par la présentation d’Anne Pineau, adjointe au comité exécutif de la CSN.

Depuis quelques années, les politiques d’austérité font aussi des ravages ailleurs sur la planète. Particulièrement touchés par d’importantes vagues de compressions budgétaires, plusieurs pays d’Europe ont vu naître de grands mouvements citoyens et des coalitions politiques se sont formées pour défendre les missions de l’État. Invité par le conseil central de Montréal, Manuel Espinar Anonuevo, membre du parti politique Podemos, est venu partager avec les militantes et militants de la CSN les réflexions et les moyens d’action du parti progressiste espagnol qui a obtenu plus de 20 % des voix aux dernières élections générales. Un nouvel éclairage fort à propos sur la lutte pour une société plus juste.

Syndicalisme d’aujourd’hui et de demain

Il n’y a pas que les radio-poubelles qui remet­tent en question la pertinence du syndicalisme en 2016. Le vent de droite qui souffle sur le Québec depuis quelques années participe à la construction d’un discours antisyndical qui prend de plus en plus de place dans l’espace public. Invité à titre de conférencier dans plusieurs régions, Gérald Larose, président de la CSN de 1983 à 1999, a livré un vibrant plaidoyer pour un mouvement syndical fort. Selon M. Larose, la conjoncture demande plus que jamais que les membres occupent le terrain et travaillent à déconstruire l’argumentaire néolibéral qui nuit aux travailleurs.

Gérald Larose, président de la CSN de 1983 à 1999, livrant son plaidoyer pour un mouvement syndical. Photo : Michel Giroux
Gérald Larose, président de la CSN de 1983 à 1999, livrant son plaidoyer pour un mouvement syndical.
Photo : Steve Lynch

Sollicité aussi par plusieurs conseils centraux, Christian Nadeau, professeur titulaire au département de philosophie de l’Université de Montréal, a quant à lui abordé le thème de la démocratie syndicale. Est-ce un mythe ou une réalité? La base militante se sent-elle partie prenante des stratégies syndicales ? M. Nadeau a donné quelques pistes de réponse en suggérant, par exemple, de multiplier les espaces de discussions libres afin de permettre à toutes et à tous de développer des compétences politiques. Toujours selon M. Nadeau, ce sont ces compétences qui permettront un renforcement des pouvoirs citoyens, vecteurs de transformation sociale.

À l’intérieur de nos rangs aussi, des militantes et militants critiquent les pratiques syndicales actuelles et se demandent à quoi pourrait ressembler un syndicalisme renouvelé. C’est sur cette base que le polémiste Marc-André Cyr, chargé de cours en sciences politiques à l’UQAM, est venu discuter avec les membres des Laurentides. Son intervention en faveur d’un syndicalisme plus combatif a suscité diverses réactions auprès des congressistes, preuve qu’il y a là matière à réflexion pour les années qui viennent.

Ces questionnements sur nos façons de faire et de concevoir le syndicalisme d’aujourd’hui ont donné lieu à des débats animés, desquels ont émergé un consensus : le syndicalisme est bien vivant et toujours d’actualité à travers tout le Québec.

Le développement régional au cœur de l’action syndicale

La décision du gouvernement Couillard, à l’automne 2014, d’abolir les centres locaux de développement (CLD) et les conférences régionales des élus (CRÉ) a eu des répercussions importantes sur la vie régionale. En plus des pertes d’emplois, ces fermetures ont entraîné d’importantes difficultés de financement et de concertation pour les organismes des régions. De plus, certaines régions, comme l’Abitibi-Témiscamingue et la Côte-Nord, ont été frappées de plein fouet par la chute des prix des matières premières. Ce ralentissement mondial amène aujourd’hui les régions à envisager une transition du modèle économique basé sur les richesses naturelles et manufacturières vers une économie de services.

C’est d’ailleurs pour souligner l’importance du secteur public pour l’économie des régions ressources que le Conseil central Côte-Nord a invité le professeur au Département de relations industrielles de l’Université Laval, Jean-Noël Grenier. M. Grenier a rappelé aux congressistes que le gouvernement est souvent le plus gros employeur d’une région, comme c’est d’ailleurs le cas sur la Côte-Nord. Les revenus gagnés par ces travailleuses et ces travailleurs sont ensuite dépensés dans les commerces locaux, qui à leur tour embauchent des gens du coin. Un cycle qui fonctionne et qui influence positivement l’économie régionale.

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Un moment d’émotion pour la présidente du Conseil central du Bas-Saint-Laurent.
Photo : Steve Lynch

Au Bas-Saint-Laurent, le développement régional a été abordé via le développement des arts et de la culture. Shanti Sarrazin, coordonnatrice à la culture et aux communications pour la MRC Rimouski-Neigette, est venue présenter aux membres de la région des pistes de solution pour contrer la dévitalisation des communautés. Selon Mme Sarrazin, une activité culturelle dynamique et la mise en valeur du patrimoine contribuent à la construction d’une identité régionale forte, facteur d’attraction et de rétention pour les citoyennes et citoyens.

Le nécessaire virage écologique

Les enjeux environnementaux ont aussi fait l’objet de discussions fort intéressantes. Invité par le Conseil central de Québec–Chaudière-Appalaches, Steven Guilbeault, cofondateur et directeur principal d’Équiterre, a tenu à rappeler l’importance pour le mouvement syndical de contribuer activement à la lutte aux changements climatiques en travaillant à la nécessaire transition vers les énergies renouvelables, que ce soit par un soutien aux actions locales ou par une participation aux concertations régionales et nationales sur le développement durable.

Plusieurs conseils centraux ont porté une attention particulière à l’empreinte écologique de leur congrès. La rencontre triennale du Conseil central de l’Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec a d’ailleurs reçu la certification « Congrès Vert ». Pour ce faire, l’organisation a travaillé avec une OBNL de la région, le groupe ÉCOcitoyen, qui a évalué le congrès en se basant sur une norme environnementale qui prend en considération plusieurs éléments tels l’origine des objets promotionnels, la nourriture et les sources d’énergie. Les congressistes ont aussi reçu des arbres et des semences de fleurs afin de compenser les émissions de gaz carbonique résultant de leurs déplacements.

Parmi les autres initiatives en matière de protection de l’environnement, soulignons la remise du prix SPHERE (le prix Syndical et Paritaire pour Honorer un Engagement et une Réalisation Environnementale) par le Conseil central du Cœur du Québec. Ce projet pilote a été mis sur pied afin de souligner les initiatives écologiques des militantes et militants de la région. Pour sa première édition, le concours a été remporté par le STT Mitchel-Lincoln, syndicat d’une entreprise d’emballage, où les employé-es ont mis en place une politique de récupération des courroies de plastique.

Sur le deuxième front

Parmi les enjeux sociaux qui préoccupent les membres à travers tout le Québec, la lutte à la pauvreté tient une place prioritaire. Plusieurs organisations qui travaillent à la réduction des inégalités de revenus concentrent aujourd’hui leurs efforts à promouvoir la revendication pour un salaire minimum à 15 $ l’heure. Cet enjeu a été discuté sur le plancher de plusieurs congrès, et quelques conseils centraux ont adopté une proposition à l’effet de soutenir cette lutte pour un salaire décent. À Montréal, Alex Han, représentant du Service Employees International Union, a rappelé aux membres présents les racines de cette revendication, née aux États-Unis en 2012 avec la campagne Fight for 15, menée par les travailleuses et les travailleurs des chaînes de restauration rapide.

Du pain sur la planche

Les militantes et les militants s’entendent pour dire que les prochaines années ne seront pas de tout repos. Le gouvernement de Philippe Couillard restera au pouvoir au moins jusqu’en octobre 2018, date de la prochaine élection provinciale, et poursuivra vraisemblablement son travail de destruction de l’État québécois. La lutte aux politiques d’austérité demeurera donc une priorité dans toutes les régions du Québec.

Parmi les autres enjeux priorisés par les membres des conseils centraux, on trouve la concertation régionale. Que ce soit par la création d’une coalition progressiste dans les Laurentides, par des démarches concrètes de collectivisation des luttes en Estrie ou par la mise en place d’espaces de consultation publique dans la région de Lanaudière, les moyens sont multiples et les intentions de se solidariser clairement exprimées.

Les congressistes se sont aussi engagés à poursuivre régionalement diverses luttes menées nationalement par la CSN. La promotion des campagnes Un réseau qui fait grandir, contre le démantèlement des services de garde éducatifs et Le droit fondamental de négocier, qui dénonce les changements législatifs du pacte fiscal (PL110), occupera les militantes et les militants au cours des prochains mois.

Des projets particuliers seront aussi à surveiller dans plusieurs régions. Le colloque sur les transports, qui sera organisé par le Conseil central de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, pourrait avoir des échos dans d’autres régions, de même que le Sommet social régional, mis sur pied par le Conseil central du Saguenay–Lac-St-Jean.

Ce que les présidentes et présidents ont dit…

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Photo : Alain Décarie
Ce qui est sorti de notre congrès, c’est que le conseil central doit travailler à renouveler le syndicalisme en innovant dans ses pratiques, que ce soit auprès des membres, des médias, des jeunes. Nous devons aussi prendre une place encore plus importante sur la scène régionale.
Giacomo Bouchard, Abitibi-Témiscamingue–Nord-du-Québec
Une semaine teintée par une grande solidarité régionale. Avec les militantes et les militants, nous avons échangé et débattu afin de nous permettre de travailler à l’avenir de nos syndicats et de notre région et de nous projeter encore un peu plus loin dans l’avenir.
Nancy Legendre, Bas-Saint-Laurent
Ce congrès marquait le 20e anniversaire de notre conseil central. Nous en avons profité pour inviter les anciens présidents, nous souvenir de tout le chemin parcouru et nous projeter dans l’avenir.
Paul Lavergne, Cœur du Québec
Les délégué-es se sont bien appropriés les enjeux présentés. Conscients de l’impact positif qu’ils ont sur la région, les syndicats sont repartis du congrès prêts à jouer leur rôle sur la Côte-Nord.
Guillaume Tremblay, Côte-Nord
Les présentations diversifiées et les riches échanges ont permis aux membres, qui composaient la plus forte délégation jamais enregistrée à un congrès du CCSNE, de prendre le pouls de la conjoncture régionale et nationale et de déterminer nos grandes orientations pour les années à venir, orientations basées sur le développement de nos solidarités estriennes.
Denis Beaudin, Estrie
La concertation régionale, le maintien des services de proximité, l’organisation d’un colloque sur les transports et la protection du Saint-Laurent par la revendication de centres d’interventions d’urgences maritimes auprès de nos gouvernements, seront nos priorités pour le prochain mandat. Ces enjeux contribueront à notre développement social, environnemental et économique.
Jacques Mimeault, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine
Parmi nos orientations pour les prochaines années, un engagement à mener, avec les syndicats affiliés au conseil central, une réflexion sur les valeurs véhiculées par la CSN soit l’autonomie, la démocratie et la solidarité et le lien à faire avec nos responsabilités syndicales.
Francine Ranger, Lanaudière
Le congrès nous a permis de réfléchir à des stratégies pour nous rapprocher des syndicats et redynamiser la vie syndicale. Un congrès innovateur et dynamique.
Annette Herbeuval, Montérégie
Les délégué-es se sont entendus sur la nécessité de poursuivre nos mobilisations, entre autres, en élargissant nos solidarités sur une base plus locale, tant pour renforcer la lutte contre l’austérité que pour soutenir les luttes syndicales. Il s’est également avéré important de prioriser la lutte contre les inégalités sociales, notamment par l’entremise de la syndicalisation et par la revendication de la hausse du salaire minimum à 15 $.
Dominique Daigneault, Montréal métropolitain
Nous souder à l’ensemble des groupes sociaux pour appuyer les mouvements qui cherchent à transformer la société pour que personne ne soit laissé de côté. Voilà le sens de plusieurs de nos résolutions, dont celle qui vise à rehausser le salaire minimum.
Michel Quijada, Outaouais
Un congrès mobilisant qui nous a permis de faire le point sur les enjeux et défis dans notre région. Les personnes conférencières ont rappelé l’importance du travail d’un conseil central sur le plan social et combien les conditions de travail et les conditions sociales sont indissociables.
Ann Gingras, Québec Chaudière-Appalaches
Nous sortons de ce congrès avec de nouveaux chantiers à explorer. La démocratie municipale, l’élargissement de l’action en développement territorial et l’acceptabilité sociale seront de nouveaux terreaux où nous pratiquerons le syndicalisme à la manière CSN.
Engelbert Cottenoir, Saguenay–Lac-Saint-Jean
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