Discours inaugural

De l’audace, vraiment ?

Une élection qui chamboule, un Conseil des ministres nommé. On attendait d’abord et avant tout des indications du nouveau gouvernement quant à ses réelles intentions et au menu législatif qu’il entend mettre de l’avant.
Par François L'Écuyer
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Voilà pourquoi le discours inaugural du nouveau premier ministre, prononcé le 28 novembre dernier par François Legault, était attendu par plusieurs. Maintenant, qu’avons-nous appris ?

Pour quiconque a suivi la dernière campagne électorale, peu de choses. Sinon que le premier ministre entend mettre « l’audace » au service des Québécoises et des Québécois.

« De l’audace, ç’aurait d’abord été de confirmer le respect des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 ! », indique d’emblée le président de la CSN, Jacques Létourneau. La première véritable annonce de ce gouvernement aura été de renier cet engagement, sous le prétexte que les libéraux se seraient traîné les pieds. On a déjà joué dans ce film d’une nouvelle équipe ministérielle qui tombe par hasard sur un gouffre des finances publiques. Il y a un consensus au Québec quant à l’urgence d’agir pour mettre en œuvre les solutions nécessaires à la crise climatique. Le nouveau gouvernement doit travailler avec l’ensemble des acteurs concernés afin que nous puissions respecter nos objectifs.

La CSN voit néanmoins d’un bon œil le désir du nouveau gouvernement de faire de l’éducation une réelle priorité nationale, de valoriser l’ensemble du personnel de l’éducation et de mieux le rémunérer. Peu d’informations ont toutefois été partagées concernant l’enseignement supérieur. Le meilleur arrimage souhaité entre les collèges, les universités et les entreprises inquiète la centrale syndicale en ce qui a trait à une éventuelle remise en question de la mission fondamentale de nos institutions d’enseignement supérieur.

En matière de services à la petite enfance, la CSN se réjouit de l’intention de revenir à un tarif unique. Mais certaines déclarations du premier ministre l’inquiètent. Il est faux de dire qu’une petite proportion des enfants de quatre ans fréquente un CPE. C’est près de 70 % de ces enfants qui bénéficient d’un service de garde régi. Malgré l’intention du gouvernement de créer des maternelles quatre ans de façon complémentaire au réseau de services de garde, la CSN est toujours préoccupée d’un éventuel affaiblissement du réseau de services de garde régis, en CPE et en milieu familial.

Sur le plan économique, la CSN accueille favorablement l’idée de créer des pôles d’innovation dans l’ensemble des régions du Québec. Néanmoins, elle estime que « la protection de l’emploi local ne peut se résumer à exiger 25 % de contenu local lors d’appels d’offres. Après les mauvaises nouvelles qui s’accumulent depuis quelques semaines [voir l’édito en page 2], nous sommes d’avis que le gouvernement doit responsabiliser les entreprises établies sur notre territoire. Nous réitérons notre invitation au premier ministre de convoquer les organisations patronales et syndicales pour trouver des solutions à long terme qui nous permettront de conserver au Québec les emplois à 25 $, 30 $ l’heure qu’il désire promouvoir. »

« Créer de la richesse afin de financer nos services publics, nous en sommes, indique Jacques Létourneau. Toutefois, le gouvernement devra s’attaquer aux problèmes des écarts de richesse. Se mettre au service de la classe moyenne ne peut se résumer à réduire les tarifs pour remettre de l’argent dans les poches des citoyennes et des citoyens. Le gouvernement doit également s’assurer que la richesse créée soit équitablement redistribuée. »

La CSN aurait aimé voir le premier ministre prendre des engagements clairs quant au financement du réseau de la santé et des services sociaux et à la valorisation de son personnel. « La grande inconnue demeure le financement du réseau, déplore Jacques Létourneau. Nous saluons la décision de François Legault de protéger le réseau de l’éducation, mais dans notre esprit, cette annonce aurait également dû s’appliquer à la santé. »

Enfin, la CSN prend acte de l’intention de M. Legault de respecter son engagement à revoir le mode de scrutin, dès la première année de son mandat. « Il y a également un consensus parmi la population à cet égard. Le premier ministre ne doit pas attendre l’unanimité de tous les partis pour légiférer en ce sens. Et il peut compter sur l’appui de la CSN pour aller de l’avant », conclut le président.

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