Syndicalisation à l’Accueil Bonneau

De quoi bâtir un mouvement

Photo : Mathieu Murphy-Perron
L’Accueil Bonneau existe depuis plus de 140 ans, mais il n’y a jamais eu de syndicat. Tout était à gagner.
Par Mathieu Murphy-Perron
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L’Accueil Bonneau est dorénavant un milieu de travail syndiqué. Une première pour cette institution fondée en 1877 et un bouleversement radical dans un milieu historiquement frileux face à la syndicalisation.

Vincent Masson, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs de l’Accueil Bonneau, est toujours porté par un élan enthousiaste depuis la signature de leur toute première convention collective en septembre 2018. « Tout était à faire. Nous avions une page blanche devant nous. Bien que l’Accueil Bonneau existe depuis plus de 140 ans, il n’y a jamais eu de syndicat. Alors, tout était à gagner. Maintenant, c’est un nouveau modèle, une nouvelle réalité, de nouveaux termes. »

Parmi les priorités définies pour la négociation, on comptait l’établissement de clauses d’ancienneté, l’ajout de ratios minimaux du nombre de salarié-es sur le plancher et, surtout, l’instauration de mesures favorisant une participation active dans les instances de l’organisme et la création de comités paritaires pour assurer un climat de travail serein, sécuritaire et démocratique.

« Vivre l’expérience d’une première syndicalisation, c’est impressionnant. Tu commences seul dans ton coin et tu essaies de faire un move pour améliorer ton sort. Mais plus ça avance, plus il y a de monde qui s’ajoute. Parce que c’est beau d’avoir une table de négociation, mais il faut que les membres suivent. Et les membres, ils nous ont fortement appuyés tout le long du processus. C’était une vraie boule de neige. Plus ça avançait, plus les gens se mobilisaient », souligne le président.

Frédéric Morin, secrétaire du syndicat et membre du comité de négociation, poursuit : « Si la syndicalisation n’avait pas marché, je pense que j’aurais tout laissé tomber. Ça m’a pratiquement donné l’effet d’un antidépresseur. Ça fait du bien savoir qu’on peut bâtir un projet commun. »

De nouveaux canaux de communication
Force est d’admettre que la pauvreté et la misère auxquelles les utilisateurs de l’Accueil Bonneau et d’autres groupes communautaires font face figurent parmi les raisons pour lesquelles plusieurs travailleuses et travailleurs du milieu communautaire éprouvent un malaise à se lancer dans un processus de syndicalisation. Pourtant, l’arrivée d’un syndicat à l’Accueil Bonneau a permis aux salarié-es de tisser de nouveaux liens avec les communautés auprès desquelles ils assurent des services.

« Quand les gars apprenaient que nous souhaitions nous syndiquer, ils nous approchaient pour nous parler de leurs expériences antérieures dans le monde syndical », relate le président. « Le Québec étant l’endroit le plus syndiqué en Amérique du Nord, il y a de bonnes chances que nos gars aient déjà connu des conflits de travail ou de beaux moments de solidarité syndicale. Notre syndicalisation a créé de nouveaux canaux de communication avec ces personnes que nous fréquentons au quotidien. Au bout du compte, ç’a été plus bénéfique qu’autre chose. »

Frédéric Morin poursuit : « Les gars étaient vraiment contents d’observer notre démarche. Ça démontre que si on veut, on est capable de s’organiser et de s’émanciper. Ce message-là leur parle beaucoup. Certains sont même venus nous dire qu’ils souhaitaient se monter un comité des usagers de l’Accueil Bonneau. Le concept de se rassembler, de passer au vote, de faire rentrer un peu de démocratie dans la place, c’est un concept très signifiant pour eux. »

Un chemin commun
Le syndicat de l’Accueil Bonneau s’ajoute à d’autres syndicats du milieu communautaire représentés par la CSN, incluant le Comité social Centre-Sud, le Centre Saint-Pierre, Stella et la Maison Répit Oasis, un autre syndicat ayant récemment reçu son accréditation.

« Tranquillement pas vite, le communautaire se syndique. Et si ces différents syndicats se mettent à se parler, ils peuvent peut-être trouver un chemin commun pour les futures négociations et coordonner leurs moyens de pression. Il y a véritablement de quoi bâtir un mouvement », conclut le secrétaire.

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