Changer l'agenda mondial par la syndicalisation des femmes

21 novembre 2013

Des nouvelles de la conférence mondiale des femmes à Dakar

La 2e Conférence mondiale des femmes vient de se terminer à Dakar. Sur le thème Changer l'agenda mondial par la syndicalisation des femmes, ce forum organisé par la Confédération syndicale internationale regroupait plus de 300 militantes d'une centaine de pays. Affiliée à la CSI, la CSN participe à cet événement d'envergure qui a débuté le 19 novembre. La responsable des relations internationales de la CSN, Nathalie Guay, était sur place et nous livre ici un compte-rendu des ateliers et conférences auxquels elle a participé.

La 2e Conférence mondiale des femmes vient de se terminer à Dakar. Sur le thème Changer l’agenda mondial par la syndicalisation des femmes, ce forum organisé par la Confédération syndicale internationale (CSI) regroupait plus de 300 militantes d’une centaine de pays. Affiliée à la CSI, la CSN participe à cet événement d’envergure qui a débuté le 19 novembre. La responsable des relations internationales de la CSN, Nathalie Guay, était sur place et nous livre ici un compte-rendu des ateliers et conférences auxquels elle a participé.

La violence contre les femmes au travail

L’un des enjeux majeurs pour les femmes au travail est la violence dont elles sont victimes. La CSI lance une campagne pour enfin faire adopter une convention de l’Organisation internationale du travail ( OIT) contre la violence envers les femmes au travail.

Selon les statistiques de l’ONU, une femme sur trois sera victime de violence au cours de sa vie. La violence à l’égard des femmes constitue d’ailleurs la violation des droits humains la plus répandue et la plus tolérée par la société.

Les organisations syndicales affiliées à la CSI exerceront des pressions sur les gouvernements pour qu’ils soutiennent cette convention et les efforts en ce sens. Les membres de la CSN seront tenus informés des démarches qui seront entreprises.

Les femmes dans la société : violence, discrimination, exclusion

Une syndicaliste égyptienne est intervenue pour souligner la contribution des femmes à ce qui est désormais connu comme le printemps arabe. Le processus conduisant au mouvement a été très nourri par les mobilisations des travailleuses avant qu’éclate cette violence avec plus d’ampleur. Encore aujourd’hui, les femmes continuent de multiplier les actions de mobilisation, dont la préparation de la Journée internationale des femmes, le 8 mars. Cependant, plusieurs ont dénoncé avec raison la violence dont elles ont été victimes : des femmes attaquées ou tuées (on présente une photo d’un Frère musulman qui met sa main sur la bouche d’une femme qui proteste).

Les femmes égyptiennes revendiquent un salaire minimum et un maximum, un salaire égal, l’inclusion de toutes les femmes (dont les travailleuses domestiques et agricoles) dans les lois du travail, un congé de maternité, un réseau de garderies, etc. Elles veulent aussi que l’on rende visible la participation économique des femmes dans les statistiques, une protection contre le harcèlement sexuel, qui est très répandu, mais non dénoncé en raison des craintes légitimes de perdre leur emploi. Les militantes ont souligné la nécessité de tisser des liens de solidarité avec les autres organisations. Le 8 mars est une excellente occasion pour ce faire.

Pour une syndicaliste algérienne, les femmes arabo-musulmanes sont toujours les premières à se mobiliser. Bien qu’elles demeurent à l’avant-garde des processus de transformation, elles n’en profitent jamais, étant continuellement mises de côté. Le dernier congrès de l’Union générale tunisienne de travail (UGTT) dans une Tunisie secouée par un mouvement de transformations, n’a élu aucune femme, causant une immense déception.

Plusieurs sont intervenues pour dénoncer la violence subie au quotidien par les femmes musulmanes. Vivant dans des sociétés misogynes, victimes d’une violence qui est à la racine des inégalités, ces femmes doivent recevoir l’appui solidaire de la 2e Conférence mondiale qui doit adopter une résolution ferme.

Enfin, pour les syndicalistes canadiennes, l’un des enjeux majeurs pour les travailleuses est l’accès à un réseau universel de garderies, ce qui manque toujours, sauf au Québec où l’on dénote toujours des lacunes. Au Canada, il en coûte très cher d’envoyer ses enfants dans une garderie, parfois autant qu’une hypothèque. Elles lancent une campagne Rethink childcare qui dressera un portrait de la situation, proposera d’autre choix possibles en terme de garderies, mais aussi de mesures de conciliation entre le travail et la vie personnelle. Les syndicalistes canadiennes souhaitent aussi qu’un réseau de garderies accessibles devienne un enjeu lors de la prochaine campagne électorale fédérale.

Les travailleuses dans le secteur de l’économie informelle

Actuellement, 40 % des emplois de l’économie globale sont dans le secteur dit informel. Cette réalité existe aussi dans les pays du G20, où ce sont surtout des femmes jeunes, migrantes, qui œuvrent notamment dans le secteur domestique. Une militante italienne a souligné que les travailleuses de son pays doivent être solidaires de celles qui œuvrent dans le secteur domestiques. Il importe de leur permettre de travailler décemment, de défendre le droit qu’elles ont à la famille et de continuer de militer pour faire adopter la Convention 189 de l’OIT sur le travail décent.

La crise mondiale a un impact aggravant, en Inde notamment. Cette année l’OIT va se pencher sur la question du travail informel lors de la conférence internationale qu’elle tiendra en juin 2014. L’objectif étant la création d’une recommandation axée sur une transition de l’économie informelle vers l’économie formelle.

Les femmes dans les directions syndicales

es débats de cette 2e Conférence mondiale des femmes ont touché aux moyens visant à accroître la présence des femmes au sein des directions syndicales. Il a notamment été question de la campagne de la CSI Comptez avec nous qui vise à ce que 100 organisations affiliées à la CSI adhèrent à la campagne, que 80 % des membres du conseil général comptent au moins 30 % de femmes dans leurs instances de prise de décision d’ici le 4e congrès de la CSI en 2018, et que les organisations syndicales participantes augmentent de 5 % le nombre de femmes membres d’ici la même échéance.

Des femmes se sont dites excédées de donner tant à leurs organisations, alors que ces dernières refusent toujours qu’elles prennent leur place dans les fonctions de direction. Souvent les époux empêchent la femme de participer aux activités du syndicat, ou iront même jusqu’à l’accompagner. Plusieurs considèrent que des quotas sont essentiels pour assurer une présence conséquente des femmes, mais dans tous les cas, des stratégies doivent être développées et accompagnées de plan d’action : il faut que les efforts soient soutenus et constants, et cela ne doit pas se faire en dressant des femmes les unes contre les autres. Le militantisme doit aussi tendre à préserver son rôle politique.

Cette nécessité d’augmenter la présence des femmes au sein des organisations syndicales exige des ressources pour la formation. Il importe aussi de soutenir les conditions qui font que les femmes accroissent leur confiance en elles. Enfin, un bilan de la situation doit être dressé et il faut démasquer les stéréotypes qui empêchent les femmes d’avancer. Évidemment, on facilitera la participation syndicale des femmes si des mesures de conciliation sont en place pour favoriser le travail des femmes : congés de maternité et parentaux, garderies, revenu égal.

Il ne faut pas non plus réduire l’intégration des femmes à un retour sur investissement, cela est une autre manifestation de la marchandisation des femmes.

Une proposition concrète a été déposée par la secrétaire générale de la FGTB (Belgique), Anne Demelenne : que 50 % des projets de coopération syndicale mis de l’avant visent l’émancipation des femmes, leur embauche, avec des femmes comme gestionnaires de ces projets dans toutes les organisations participantes.

Selon certaines, il y aurait des limites à vouloir la parité : nous sommes dans la phase de la militarisation de la mondialisation, comme dernière étape de la mainmise des pays occidentaux sur les ressources des pays dominés, soit la convoitise des richesses des économies subsahariennes alors que les vieilles économies (celle des pays occidentaux) sont en crise. Si cette guerre économique contre le mouvement ouvrier ne fait pas de cadeaux aux femmes, elle frappe aussi les hommes qui peinent à se trouver des emplois.

Pour d’autres, c’est la vision du leadership elle-même qui est problématique, en particulier sa définition très hiérarchique. Une nouvelle vision d’un leadership partagé doit nous guider pour créer de véritables espaces de discussions.

Des campagnes Diverses campagnes ont été présentées, à la fois pour les secteurs formel et informel.

Celle de L’ ITF (fédération internationale des transports) qui mène une campagne de syndicalisation depuis 2011 sur l’ensemble de la chaîne de valeur de la pêche, du pêcheur à la tablette d’épicerie, en passant par le transport et la transformation. Elle touche quelque 160 millions de travailleurs, environ 117 000 syndiqués, et recherche l’adoption de la Convention 188 de l’OIT. Plusieurs enjeux en découlent : des femmes victimes de harcèlement sexuel ; un taux de mortalité annuel très élevé ; des conditions de quasi-esclavagisme ; une santé-sécurité déplorable, par exemple des sacs de plastique sur la tête comme seul équipement ; des personnes vivant plus de 21 mois en mer sans contacts ; des travailleuses qui doivent payer pour leur équipement de sécurité.

Le SEWA, un syndicat indien qui regroupe 1,7 million de femmes, organise des femmes qui travaillent à la maison. En Inde, 93 % des emplois sont dans le secteur de l’économie informelle, représentant la moitié du PIB et 39 % des exportations. Le travail des enfants est aussi très important en Inde. Les travailleuses du secteur de l’économie informelle manquent de visibilité et de reconnaissance. Il n’y a aucune données, pas de protection ni d’accès au marché ou à l’information. Les stratégies de SEWA sont basées sur les besoins des travailleuses et visent à ce qu’elle se reconnaissent comme telles : décentralisation, contacts porte-à-porte, formation de coopératives, liens avec la sécurité sociale. À court terme, le SEWA cherche à obtenir la parité salariale avec les travailleurs, des augmentations de salaire et des clauses de protection sociale. À long terme, on vise la ratification de C177, un système de sécurité sociale nationale.

Dans les Amériques, on a insisté sur une campagne sur la ratification de la convention 189 de l’OIT sur les travailleuses domestiques, qui a été adoptée en 2011. Jusqu’à maintenant, 14 pays l’ont ratifiée, dont 9 dans les Amériques.

Aux États-Unis, l’ AFL-CIO a modifié ses structures et déploie des campagnes pour rejoindre les travailleurs plus précaires, comme ceux œuvrant chez Walmart. Les femmes qui y travaillent doivent détenir deux ou trois emplois pour survivre et elles reçoivent un salaire moindre que celui des hommes, soit 5220 $ par an. Des grèves ont été déclenchées dans des centaines de magasins l’an passé, et ils recommenceront cette année.

Les Workers centre peuvent maintenant affilier des membres. Des ressources sont dédiées à la recherche et à la mise en œuvre de campagnes stratégiques. Ils recrutent et forment des organisateurs immigrants. Une nouvelle forme d’adhésion individuelle est disponible : Working america  Ils vont développer des partenariats avec les Fédérations internationales syndicales pour l’action dans les entreprises multinationales. Ils ont syndiqué plus 10 000 travailleuses domestiques.

Au Congo, en collaboration avec la CSI, les syndicats ont réussi à mener une campagne et faire adopter une loi pénalisant la violence contre les femmes, prévoyant une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans d’emprisonnement.

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Fondée en 1921, la CSN est une organisation syndicale qui œuvre pour une société solidaire, démocratique, juste, équitable et durable. À ce titre, elle s'engage dans plusieurs débats qui intéressent la société québécoise. Elle est composée de près de 2000 syndicats. Elle regroupe plus de 300 000 travailleuses et travailleurs réunis sur une base sectorielle ou professionnelle dans huit fédérations, ainsi que sur une base régionale dans treize conseils centraux, principalement sur le territoire du Québec.