Point de départ

La dégelée

Ne recueillant que 37 % des voix, force est de constater que près des deux tiers des électeurs ont voté pour un autre parti que la CAQ. Dans l’histoire du Québec, il s’agit de l’un des plus bas taux de participation menant à la formation d’un gouvernement majoritaire.
Par Jacques Létourneau
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Le mot du président

C’est toute une dégelée que le Parti libéral a subie le 1er octobre dernier. Jamais, depuis 1867, les troupes libérales n’avaient récolté un si bas score électoral. La population a clairement renvoyé les libéraux dans l’opposition, qui n’ont qu’eux-mêmes à blâmer : après des années de scandales sentant la collusion et la corruption à plein nez, les politiques d’austérité mises en place par le gouvernement Couillard ont exacerbé le dégoût de la population.

Bien entendu, plusieurs d’entre nous auraient tout de même préféré un résultat électoral différent. La CSN doit néanmoins prendre acte de l’élection d’un gouvernement majoritaire de la Coalition avenir Québec, un parti qui s’est clairement campé à droite au cours des dernières années. Des craintes, des inquiétudes, nous en avons et elles sont légitimes. Mais avant de prendre la rue, attendons de voir les premiers signaux qu’enverra le prochain premier ministre. Déjà, lors de la formation du Conseil des ministres, nous aurons un meilleur aperçu de l’orientation que François Legault entend donner à son gouvernement. Le discours inaugural qu’il livrera lors du retour des députés à l’Assemblée nationale nous indiquera également les politiques et les projets de loi qu’il souhaite mettre de l’avant.

François Legault devra de son côté prendre acte d’un certain nombre de considérations.

Ne recueillant que 37 % des voix, force est de constater que près des deux tiers des électeurs ont voté pour un autre parti que la CAQ. Dans l’histoire du Québec, il s’agit de l’un des plus bas taux de participation menant à la formation d’un gouvernement majoritaire. Ceci démontrant cela : il y a urgence de réformer notre mode de scrutin. Il est aberrant, en 2018, que le vote d’un citoyen, isolé dans le château fort de tel ou tel parti, soit totalement gaspillé. Il est tout aussi aberrant qu’un parti ne recueillant même pas 40 % des voix puisse gouverner en toute liberté, pendant quatre ans, sans même devoir chercher l’appui des députés des autres partis. Certains seraient tentés de voir dans l’élection de la CAQ le résultat d’une certaine division du vote. Nous croyons plutôt qu’il s’agit ici d’une réelle pluralité des voix et des options politiques. Une autre raison pour laquelle ce mode de scrutin d’une autre époque doit être revu.

Le rejet du « stop-and-go »
François Legault devra également reconnaître que sa victoire est à la hauteur de la dégelée subie par les libéraux. Au risque de me répéter, la population québécoise a nettement rejeté les politiques d’austérité auxquelles le parti de Philippe Couillard nous a habitués. Le cynisme des électeurs a atteint son apogée l’an dernier lorsqu’ils ont constaté la hauteur des surplus budgétaires et la distribution des bonbons électoraux. Les citoyennes et les citoyens ne sont pas dupes et ont bien vu que la stratégie du « stop-and-go » en matière de finances publiques ne répondait qu’aux besoins financiers des puissants et ceux, électoralistes, du parti au pouvoir.

La population a également écarté les réformes centralisatrices du gouvernement précédent, notamment celle mise de l’avant par Gaétan Barrette (pas étonnant qu’on l’ait si peu vu au cours de la campagne) dans le secteur de la santé et des services sociaux. Une mise en garde importante pour François Legault : ce n’est pas en mettant en place une énième réforme du secteur de l’éducation, que ce soit en abolissant les commissions scolaires ou en voulant imposer la maternelle quatre ans partout au Québec, que nous mettrons l’avenir de nos enfants au coeur de nos priorités.

Au terme d’une campagne où François Legault a clairement tenté de séduire une partie de l’électorat avec des engagements très ciblés, il doit aujourd’hui gouverner pour l’ensemble du Québec. Pour ce faire, il doit instaurer un véritable dialogue social avec l’ensemble des groupes de la société civile. Quand nous pourrons nous entendre, nous nous entendrons. À défaut, c’est toute la CSN qui se fera entendre.

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