PERSPECTIVES CSN
Chronique Santé et sécurité

Santé et sécurité

Nos hormones perturbées par des imposteurs invisibles

Illustration : Alain Reno
Éliminer le danger à la source reste la principale avenue pour préserver l’intégrité physique et psychologique des travailleurs et de la population.
Par Isabelle Ménard
Partager

L’avènement de l’ère industrielle, suivi de celui de la société de consommation, a profondément transformé nos modes de vie. Cette période a entraîné la prolifération de substances chimiques dans les produits de consommation courants.

Depuis peu, une centaine de substances chimiques sont considérées et reconnues comme des perturbateurs endocriniens (PE). Mais qu’est-ce qu’un perturbateur endocrinien ? Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il s’agit d’une substance ou d’un mélange extérieur qui, une fois absorbé par notre corps, interfère avec notre système hormonal et l’influence négativement.

Les hormones naturelles sont sécrétées par des glandes comme l’hypophyse, l’hypothalamus, la thyroïde, le pancréas, les surrénales, les ovaires et les testicules. Elles émettent des messages chimiques et interviennent sur la croissance et la puberté, la température corporelle, le métabolisme des graisses, la faim et la satiété, le sommeil, la libido, le contrôle de l’humeur ou le rythme cardiaque. Certaines actions des PE leur permettent d’imiter les hormones naturelles ou de les bloquer à la surface d’une cellule appartenant à un organe, et elles diffèrent selon que le PE s’attaque à un fœtus, à un enfant, à un adulte féminin ou masculin.

Sources d’exposition

L’exposition professionnelle et environnementale aux PE ne date pas d’hier et certains de leurs effets sur la santé et les écosystèmes sont connus. Par exemple, le suivi médical de travailleuses et de travailleurs agricoles exposés à des pesticides, dont le Mirex utilisé pour lutter contre les fourmis dans les cultures de tabac, ou à d’autres employés pour les cultures de bananes et d’agrumes en Virginie aux États-Unis, dans les Antilles et en Espagne, a permis de démontrer qu’ils ou elles souffraient d’infertilité, de cancer de la prostate, de malformation de leur système reproducteur, d’une féminisation des hommes ou d’une masculinisation des femmes.

Plusieurs centaines de substances sont considérées comme des PE et sont inscrites sur la liste du REACH depuis 2016. Plusieurs produits de consommation sont fabriqués à partir de PE qui se retrouveront dans l’environnement une fois périmés. Les PE peuvent être constitués de plastiques (bisphénols A et phtalates), de déchets dangereux (BPC), de textiles d’ameublement (retardateurs de flamme bromé), de produits cosmétiques (parabènes) ou de pesticides (atrazine), et leurs principales portes d’entrée dans notre corps sont les voies cutanées, le système digestif (l’eau et l’alimentation) et le système respiratoire.

Problèmes potentiels de santé

D’après l’OMS et le Centre international de recherche sur le cancer, les PE pourraient être responsables de plusieurs types de cancer hormono-dépendants qui touchent plusieurs organes du système reproducteur de la femme, de l’homme, des enfants et des fœtus, et de la thyroïde (ce type de cancer est en augmentation depuis une trentaine d’années). Ils sont de plus en plus soupçonnés d’être à l’origine de dysfonctionnement des systèmes reproducteur et immunitaire, d’anomalies congénitales et d’infertilité, et d’effets neurologiques.

L’importance de la prévention

Éliminer le danger à la source reste la principale avenue pour préserver l’intégrité physique et psychologique des travailleurs et de la population. Au Québec, il n’y a ni réglementation ni étiquetage spécifique pour informer les travailleurs ou les consommateurs des risques. En s’impliquant syndicalement, et en s’informant adéquatement, il devient possible d’intervenir pour obtenir des changements. Pour nous, travailleurs et citoyens, et pour les générations futures.

← Précédent Obtenir des conditions minimales d’emploi 18 juillet 2017
Suivant → Un premier rendez-vous fédérateur 18 juillet 2017