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  • « On ne se demande plus si on va attraper la COVID, mais plutôt quand on va l’attraper. »

Comme l’illustre bien l’hécatombe qui a lieu dans les résidences pour aîné-es au Québec, contenir la propagation d’une maladie dans un milieu de vie fermé n’est pas une mince affaire, même si on peut difficilement imaginer un milieu plus cloîtré qu’un centre de détention. Pourtant, avant l’éclosion de la COVID-19 qui a surgi il y a quelques semaines à l’établissement de détention de Montréal, communément appelé « prison de Bordeaux », on faisait très peu de cas des risques qu’encourent, dans l’ombre, les agentes et les agents de la paix en services correctionnels du Québec.

Claude, qui travaille de soir à Bordeaux depuis plusieurs années, a accepté de nous parler sous le couvert de l’anonymat pour jeter un peu de lumière sur ce que vivent les agentes et les agents qui sont au front pendant la crise.

« J’ai des collègues sur mon quart de travail qui sont tombés malades. Je n’ai pas été testé. Je crois que seuls ceux qui ont des symptômes sont testés, donc c’est possible qu’on ait des collègues qui sont asymptomatiques et qu’on continue de se transmettre le virus entre nous, s’inquiète Claude. On ne se demande plus si on va l’attraper, mais plutôt quand on va l’attraper. »

Comme si la crainte constante de tomber malade et l’angoisse de voir des collègues tomber au combat ne suffisaient pas à faire grimper le niveau de stress, les agentes et agents doivent également se méfier de certains détenus que les circonstances difficiles ont rendus hostiles, voire agressifs.

« Les agents dans le secteur C ont travaillé avec l’équipement d’intervention d’urgence – casque, plastron, jambières, visières, etc. – pendant cinq jours parce qu’ils se faisaient lancer des liquides, des batteries ou des bouts de cadrage de fenêtre à travers les judas, explique-t-il. Je n’avais jamais vu des agents travailler avec cet équipement pendant une semaine. C’est un équipement encombrant et, en plus, on n’est pas toujours capable d’avoir de l’équipement à notre taille, ce qui rend chaque manœuvre encore plus difficile. »

Si les nombreux tests qui ont été faits sur les personnes incarcérées ces derniers jours ont quelque peu aidé à faire redescendre la tension à l’intérieur des murs, d’autres facteurs continuent toutefois à compliquer les conditions de travail des agents, notamment le manque d’effectifs engendré par la quantité d’agentes et d’agents retirés de la rotation pour cause de maladie ou de retrait préventif.

« On est en sous-effectif pas mal tous les jours depuis les dernières semaines. Il manque au moins 10 agents par jour, précise Claude. On doit discuter entre nous et avec les gestionnaires pour déterminer quelles tâches sont prioritaires et quelles tâches ne pourront pas être faites. »

Composer avec un manque d’effectifs est difficile dans les meilleures circonstances, mais ça devient encore plus complexe lorsque de nouvelles mesures de protection forcent les employé-es à revoir complètement leur façon de travailler.

« Les détenu-es des secteurs infectés vont généralement manger à la cafétéria, mais maintenant, puisqu’ils doivent être isolés 24 heures sur 24, ils doivent manger dans leur cellule. Or, il n’y a pas d’ascenseurs dans ces secteurs et il n’y a pas de passe-plats aux portes des cellules. Les agents doivent donc monter les repas à la main au troisième étage, puis entrer dans les cellules pour déposer les repas », explique Claude.

Au milieu de toutes ces embûches, Claude espère au moins que des leçons seront tirées de l’expérience vécue par les agentes et agents de Bordeaux.

« Oui, on maintient l’ordre, mais dans quelles conditions ? Ce ne sont pas nos conditions habituelles. On est habitués à faire face au stress, mais là, il y a une grosse coche de plus que d’habitude. Chaque fois qu’on doit faire quelque chose, il faut qu’on se casse la tête pour trouver une nouvelle façon sécuritaire de procéder. J’espère que ce qui se passe ici peut aider les autres à se préparer, parce que ça pourrait aussi arriver à Rivière-des-Prairies ou à Trois-Rivières », a-t-il conclu.

  • Santé et sécurité au travail, Secteur public
  • Agents correctionnels, Coronavirus
  • Fédération des employées et employés de services publics (FEESP–CSN)

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