Transport sur la Côte-Nord

Qu’attend le gouvernement pour agir ?

Photo : Patrick Sicotte
« Comment expliquer qu’au 21e siècle, une région comme celle de la Côte-Nord ne possède pas de lien fixe avec le reste du Québec ? »
Par Noémi Desrochers
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Ça ne peut plus continuer ainsi : il faut dès maintenant trouver des solutions aux effets néfastes engendrés par l’isolement de notre région, plaide Guillaume Tremblay, président du Conseil central Côte-Nord–CSN.

Les élu-es régionaux et les préfets ainsi que la Coalition Union 138, à laquelle prend part le Conseil central Côte-Nord–CSN, réclament au gouvernement des moyens pour désenclaver le territoire. Ils estiment que la construction d’un pont entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac ainsi que le prolongement de la route 138 de Kegaska à Blanc-Sablon viendraient atténuer plusieurs problèmes. « Comment expliquer qu’au 21e siècle, une région comme celle de la Côte-Nord ne possède pas de lien fixe avec le reste du Québec ? » souligne à grands traits Guillaume Tremblay.

Des impacts majeurs
À l’heure actuelle, accéder à la Côte-Nord nécessite presque obligatoirement un passage en bateau, que l’on vienne de l’ouest ou de la rive sud. Ces passages obligés ont d’importants impacts sur l’économie, la sécurité et l’environnement. « La construction d’un pont entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac ainsi que le prolongement de la route 138 de Kegaska à Blanc-Sablon viendraient atténuer plusieurs problèmes », explique Guillaume Tremblay.

« Les liens d’une rive à l’autre ne sont pas fiables, car ils sont tributaires de la météo. De plus, nous ne sommes jamais à l’abri d’accidents tragiques, comme celui de l’été dernier à Tadoussac, ou encore de bris mécaniques. Qu’on pense au F.-A. Gauthier ! », ajoute-t-il. Avec les travaux et l’achalandage qui s’intensifient durant l’été, la sécurité serait aussi améliorée. « Une centaine de voitures quittent les traversiers plusieurs fois par jour. En période estivale, pendant les travaux routiers notamment, les risques d’accident augmentent. Permettre une circulation mieux répartie viendrait diminuer ces risques. »

Compte tenu de la situation, les déplacements requièrent plus de temps ; le coût des marchandises augmente et leur disponibilité diminue. À Fermont et à Schefferville, un produit peut se vendre jusqu’à trois fois le prix payé dans les grandes villes du Québec.

Les Nord-Côtiers aussi subissent les contrecoups des difficultés liées aux déplacements. Guillaume Tremblay enchaîne : « Nous devons souvent nous rendre à l’extérieur de la région, si on veut visiter nos familles ou avoir accès à certains services de santé ou d’éducation. »

Les difficultés de transport constituent aussi un obstacle important ; les touristes qui visitent la région doivent d’ailleurs s’armer de patience, car il n’est pas rare, durant les mois d’été, que les gens doivent attendre jusqu’à une heure et demie pour effectuer la traversée entre Charlevoix et la Côte-Nord. « Il en va de même pour nos familles qui viennent nous rendre visite », précise le président du conseil central.

Enfin, quelque 40 000 traversées se font bon an, mal an entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac. Or, le fjord est un endroit prisé par les baleines et les bélugas pour la présence de nourriture. La construction du pont, dont les piliers seraient érigés sur les rives, permettrait aux mammifères de bénéficier du fjord en toute quiétude.

Sourde oreille de la CAQ
Le consensus des élu-es régionaux de la Côte-Nord sur la question ainsi que l’action de la coalition avaient porté leurs fruits avant les élections de 2018. L’ex-ministre responsable de la Côte-Nord, Pierre Arcand, était venu annoncer la création d’un bureau de projet pour mener une étude de faisabilité d’un pont au-dessus de la rivière Saguenay. « Depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir, tout est freiné », note Guillaume Tremblay. En effet, le ministre des Transports, François Bonnardel, n’a toujours pas accepté de rencontrer les élu-es et les porte-parole de la coalition. « Il est temps que la Côte-Nord réalise son plein potentiel. Ça fait 40 ans qu’on en parle, il faut y voir. » En attendant que le ministre ouvre les portes de son cabinet, les groupes et les individus concernés maintiendront la pression.

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